Deux militants kachin pour la paix jetés en Prison

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 08/09/2019 à 18:45 | Mis à jour le 08/09/2019 à 19:13
Photo : Seng Nu Pan (Gauche) et Pau Lu (Droite)
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Le 2 septembre dernier, Pau Lu et Seng Nu Pan ont été condamnés par le tribunal de Myitkyina à passer 15 jours en prison pour avoir organisé en juin dernier une performance de théâtre de rue dont l’un des sujets était le bombardement de villages Kachin par la Tatmadaw, le nom de l’armée birmane. Les acteurs étaient tous des jeunes kachins déplacés à cause de la reprise en 2011 du conflit armé entre la Tatmadaw et l’Armée kachine pour l’indépendance après la rupture du cessez le feu en place depuis 1994. La performance avait pour objectif de marquer le 8ème anniversaire de la reprise de ces affrontements. Les militants avaient déposé en temps et heure et en bonnes et dues formes tous les documents et demandes d’autorisations nécessaires afin de pouvoir jouer leur pièce en plein air et en public le 9 juin dernier.

Malgré cela, la police vint interrompre la performance en affirmant que la pièce n’était pas mentionnée dans les autorisations. Après discussion, dispute et altercation, la dramatique pu être présentée jusqu’au bout, mais dans un autre lieu du centre-ville. Le lendemain, les deux jeunes organisateurs étaient inculpés par la police pour infraction à la loi sur les manifestations et réunions pacifiques. S’en sont suivis 3 mois de débats judiciaires durant lesquels les deux militants devaient se présenter une fois par semaine au tribunal et une condamnation finale a une amende de 30 000 kyats (de l’ordre de 18 euros), que les deux ont refusés d’acquitter, considérant que « n’ayant rien fait de mal, ils n’avaient pas à payer car la condamnation était inique et prouvait simplement que la justice n’est pas indépendante au Myanmar ». Faute d’amende acquittée, ils ont alors été condamnés à 15 jours de prison.

Tant Pau Lu que Seng Nu Pan ont utilisé cette tribune qui leur était offerte pour dénoncer la répression contre les minorités ethniques et l’absence de liberté d’expression dans le pays pour les militants de ces mêmes minorités. Une affirmation soutenue par l’ONG birmane Athan qui estime qu’il existe bel et bien deux poids, deux mesures dans le pays, entre la manière dont le droit est mis en œuvre et la justice appliquée à Yangon et dans les régions ethniques. Athan relève que durant les six premiers mois de l’année, il y a eu plus de 70 cas de poursuites relevant de l’atteinte à la liberté d’expression ou de la discrimination ethnique, souvent en utilisant indûment certaines lois, une pratique également habituelle pour museler les médias dans le pays. Pour l’ONG, une reforme en profondeur du droit et des pratiques juridiques en Birmanie est nécessaire.

Alors qu’ils étaient conduits vers leurs cellules, Seng Nu Pan a déclaré qu’elle « ne reconnaissait pas la justice de l’état central car elle n’avait aucune confiance dans son impartialité et son indépendance » et Pan Lu a ajouté « sommes-nous vraiment coupables de parler des réfugiés et de demander la paix ? Mettre des militants ethniques en prison, c’est juste créer un obstacle de taille à la mise en place réelle d’un état fédéral et pacifique ».

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