Conte birman: Monsieur Chance et Monsieur Labeur

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 03/02/2019 à 16:00 | Mis à jour le 03/02/2019 à 16:00
Lepetitjournal.com Birmanie vous propose de découvrir aujourd’hui Monsieur Chance et Monsieur Labeur

L’histoire birmane nous a transmis de nombreux contes, issus de tout le pays, qui transmettent une morale au travers d’une courte histoire. Guillaume Rebière, auteur passionné de la Birmanie, en a fait la traduction depuis l’anglais. Lepetitjournal.com Birmanie vous propose de découvrir aujourd’hui Monsieur Chance et Monsieur Labeur.

Monsieur Chance et Monsieur Labeur vivaient il y a bien longtemps dans le même village, mais ils possédaient tous deux des tempéraments fort différents. Monsieur Chance n’aimait pas travailler et croyait beaucoup en sa chance, alors que Monsieur Labeur passait son temps à travailler et ne croyait pas en la chance. Le premier restait toute la journée à la maison, alors que le second remontait fréquemment le fleuve Irrawaddy pour le redescendre avec des radeaux de bambous. Dès lors que le prix du bambou était très élevé dans la région, Monsieur Labeur était très riche et possédait de nombreux bétails.
Un jour arriva où Monsieur Chance fut battu pour ses parents, qui lui reprochaient sa paresse. Ils lui ordonnèrent d’accompagner Monsieur Labeur en amont de l’Irrawaddy pour travailler sur ses radeaux de bambous. Il expliqua à tous ses amis qu’il espérait tirer beaucoup de cette aventure grâce à sa chance. Mais, rien ne se passa lors du voyage aller et Monsieur Labeur se moqua de lui et lui demanda : “Alors, où est cette fameuse chance dont tu espérais tant dans ce voyage ?”. “La chance vient doucement mais sûrement”, répliqua Monsieur Chance.
Sur le chemin du retour, une grande tempête se leva et l’équipe du radeau de bambous fut obligée d’accoster pour se protéger. L’endroit où ils s’arrêtèrent était sauvage et désolé, et Monsieur Labeur ne put s’empêcher de provoquer Monsieur Chance : “ainsi, voilà l’événement chanceux que tu t’attendais à trouver lors de ton voyage?”. Tous les autres marins se gaussèrent. Monsieur Chance en ayant assez de leur moqueries, décida d’aller marcher le long de la rive. “Nous ne t’attendrons pas si tu vas trop loin”, lui cria Monsieur Labeur. “Si ma chance veut que je sois laissé derrière”, répondit Monsieur Chance, “je ne me plaindrai pas”.

Il marcha donc pendant un long moment et finit par trouver une mare dont l’eau était aussi claire que du cristal. Voulant se baigner dans l’eau claire, il plongea dans la mare. Il fut aussitôt transformé en singe. Mais il ne se plaignit pas. “Si ma chance veut que je finisse ma vie en singe, ainsi soit-il”, se dit-il à lui-même. Il marcha quelques mètres et trouva une mare d’eau boueuse. “Je ferais aussi bien d’essayer celle-ci”, se dit-il. Il sauta dans la boue et redevint immédiatement humain. Il trouva ensuite deux pots de terre à proximité, et remplit l’un avec l’eau claire et l’autre avec la boue. Puis, il retourna au radeau avec ses deux pots, qui continuait à s’abriter du vent le long du rivage. “Qu’as-tu là ?”, demanda Monsieur Labeur. “Seulement de l’eau”, répondit Monsieur Chance. “Quelle trouvaille merveilleuse pour un chanceux comme toi !”, se moqua Monsieur Labeur. “Deux pots d’eau alors que tu navigues sur un radeau au milieu de l’Irrawaddy !”. Monsieur Chance resta silencieux. La tempête finit par se calmer et l’embarcation poursuivit sa route. Quelques jours plus tard, le radeau fit escale dans un port et Monsieur Labeur se rendit en ville pour y rencontrer des marchands de bambou. Monsieur Chance resta assis sur le radeau, observant paresseusement un vendeur d’eau se baigner après avoir rempli ses deux jarres. Monsieur Chance eut alors une idée et, prenant avec lui ses deux pots de terre, se dirigea vers les deux jarres. Il choisit alors une jarre au hasard et, l’ayant vidée à moitié, y versa l’eau claire à l’intérieur. “Maintenant, voyons qui sera assez chanceux ou malchanceux en utilisant cette eau pour se laver”, ricana Monsieur Chance. Le vendeur d’eau revint et emporta ses deux jarres pour vendre son eau dans le reste de la ville.  Or, le roi de la ville avait une fille magnifique, et il arriva justement qu’il n’y avait plus assez d’eau au palais ce matin-là pour remplir le bain de la princesse. La princesse se mit en colère contre la servante négligente et lui ordonna d’aller remplir une jarre d’eau à la rivière. Tombant nez-à-nez avec le vendeur d’eau, la servante profita de l’occasion pour lui acheter une jarre d’eau, toute contente d’éviter ainsi une longue marche jusqu’à la rivière. Il se trouva que la jarre en question était justement celle dans laquelle Monsieur Chance avait versé de l’eau claire. Il ne faut donc pas s’étonner que la princesse soit changée en singe quand elle prit son bain ! Le roi envoya ses Héraults dans toute la cité pour annoncer qu’un mauvais sort avait transformé la princesse en singe et que tout magicien qui serait en mesure de la guérir recevrait sa main en mariage. Monsieur Chance entendit les annonces et se précipita au palais avec sa jarre d’eau boueuse. Il versa la boue sur la princesse qui reprit immédiatement sa forme humaine. Monsieur Chance épousa donc la princesse et monta sur le trône à la mort du roi.  

Une année plus tard, la malchance s’abattit sur Monsieur Labeur. Une tempête coula tous ses radeaux, on lui vola tout son argent et tout son bétail mourut à l’exception d’une seule vache. “Mon vieux, Monsieur Chance est maintenant roi", se dit-il, "si je me présente devant lui avec ma vache en lui expliquant qu’elle est tout ce qu’il me reste, il me donnera certainement de l’or et des bijoux par pitié”. Il se rendit donc au palais avec sa vache. Les gardes lui barrèrent la route et lui demandèrent pour quelle raison il souhaitait s’entretenir avec le roi. Monsieur Labeur perdit tout son courage à la vue des épées étincelantes des gardes du palais et ne sut quoi dire. L’un des garde le piqua avec la pointe de son épée en insistant : “allons, pourquoi veux-tu voir le roi ?”. Monsieur Labeur eut si peur qu’il s’enfuit en courant, abandonnant sa vache aux gardes et devenant ainsi plus pauvre qu’il ne l’avait jamais été.

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