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PORTRAIT - Marie-Line Mounier: Maîtresse sans frontières

Par Lepetitjournal Birmanie | Publié le 12/03/2017 à 23:00 | Mis à jour le 13/03/2017 à 15:38

Il y en a dans ce monde pour qui transmettre, enseigner est une seconde nature. Il y en a dans ce monde pour qui le mot limite ne semble pas exister. Il y en a une en particulier, une maîtresse à l'école les Cahiers dorés, à Yangon : Marie-Line Mounier. Toucher, manipuler, jouer pour intellectualiser tel est son crédo. 

Pourquoi aller à la nuit tombante, essayer de comprendre comment Marie Line enseigne, à contre-sens avec un système français qu'elle dit aujourd'hui "cloisonné", à l'école les Cahiers dorés, à Yangon ? On est allé à sa rencontre en se posant cette question "Est-ce que ça tient pour un portrait ?" Quand il n'est pas question de notoriété, on cherche d'autres critères tels que le potentiel d'un artiste encore tapis dans l'ombre. Marie Line a la cinquantaine, elle est mariée, mère de trois enfants et grand-mère de trois petits-enfants. Elle ne cherche pas à sortir de l'anonymat et ne prétend pas non plus être à l'origine d'une découverte révolutionnaire : enseigner aux 4-5 ans ne relève pas de l'exploit. Pourtant, cette professeure a gardé le contact avec ses anciens élèves, l'une d'entre elle, une petite fille précoce va d'ailleurs lui rendre visite en Birmanie ; information qui nous intrigue. Il faut creuser. 

La femme caméléon
Autour d'un café, son incontournable après une journée de travail, Marie-Line nous fait très vite comprendre qu'institutrice, ce n'est pas chez elle une vocation. "J'ai commencé par des études d'infirmière mais un stage dans un service neurologique, service où mon grand-père est décédé, a été trop violent pour moi. J'ai eu mon diplôme et j'ai continué mon chemin". Sur la route de la vie, Marie-Line a été esthéticienne et a possédé son salon quatre années durant. "Je faisais les maquillages des défilés de mode, je me sentais peintre", se remémore-t-elle. Un tragique accident vient stopper net l'artiste dans son ?uvre. C'était en 1982. Elle revend son salon et sous la pression familiale passe un concours dans la fonction publique. "Je me suis retrouvée aux impôts où je me suis ennuyée, j'ai bien tenté de gravir les échelons mais je m'ennuyais toujours". Un tournant s'opère à la mise au monde de son troisième enfant. Demandeuse d'un congé parental, Marie-Line le sait, il est hors de question qu'elle retourne dans le monde des finances publiques. "À la même période, ma fille scolarisée est tombée sur une enseignante qui l'a terrorisé. Cela m'a révolté et j'ai décidé de profiter de cette année de disponibilité pour passer le concours d'enseignante". Elle se bat pour être bien classée et rester dans le département de la Gironde. À Bordeaux et ses environs, elle change souvent d'écoles mais se concentre sur les classes du primaire, de la maternelle au CM2. Mais quelque chose chagrine Marie-Line, elle ne s'épanouie pas complètement. "Le système scolaire français devenait de plus en plus contraignant et cela ne correspondait pas à la manière dont je souhaitais enseigner"

La renaissance d'une enseignante
À défaut d'un discours sur la bonne méthode à suivre, Marie-Line décide d'aller enseigner là où son raisonnement coule de source : en Birmanie. La Birmanie, elle y a un fils qui y travaille depuis presque quatre ans et c'est en lui rendant visite une première fois en famille puis une seconde fois seule que l'enseignante mûrit son projet. "J'ai adoré ce pays, j'ai adoré les personnes, je suis vraiment tombée amoureuse de la vie, la nourriture, tout me plaît en Birmanie", s'extasie-t-elle. C'est auprès de Valérie Legueux, directrice de l'école maternelle les Cahiers dorés  à Yangon, que Marie-Line  a "parlé de choses sérieuses". De retour en France, elle demande une disponibilité. "J'ai vu dans le fonctionnement des Cahiers dorés ce que j'aimerais mettre en place en France. Tout est mis en ?uvre pour que l'enfant soit épanoui et apprenne de manière sereine. J'ai vu dans cette école une opportunité et je l'ai saisie. Tant que j'en ai l'énergie, je fonce". 

L'accord parfait : les Cahiers dorés
Arrivée à Yangon en août 2016, elle prend en charge toute la partie pédagogique. Elle se réapproprie ce qui est bon à prendre dans le programme français mais complète le tout avec de nombreuses activités autonomes sans obligation de participation ni d'horaires fixes. "Si l'enfant veut jouer à plat ventre, il joue à plat ventre !" En France déjà, elle a tenté d'appliquer sa méthode douce mais les contraintes des inspections, d'une hiérarchie pas toujours compréhensive et des parents trop désireux que leurs enfants excellents et vite, ont eu raison d'elle. C'est d'ailleurs pour remotiver l'élève aux racines du système scolaire que Marie-Line s'est intéressée aux maternelles. "Je n'étais pas d'accord avec la pression endurées par les enfants en CP, ils avaient tellement été forcé à lire tôt qu'ils étaient complètement découragés". Une fois, un inspecteur a salué sa méthode : "il y a plusieurs façons d'interpréter un programme scolaire, cela n'empêche pas d'être intelligent dans son enseignement". "Si je fais des erreurs je reviens dessus. Si les enfants ne réussissent pas un exercice que je leur propose, ce n'est pas que tous les enfants sont mauvais, c'est à moi de me remettre en question"

Dans de petites classes de 14 élèves, Marie-Line est épaulée par deux assistantes d'éducation birmanes. La première parle anglais, la seconde français. C'est en effet une école multiculturelle où les profils sont tout aussi bien anglophones, francophones que birmans. Mais le français reste la langue d'enseignement principale. En accord avec les autres enseignants, un thème général est trouvé par année scolaire. Cette année, c'est le loup ! Telle la mère adoptive de Romulus et Rémus, cette louve enseignante donne des cours de soutien aux élèves en difficultés après ses heures de travail. "Je ne fais pas ça pour l'argent mais vraiment pour le plaisir de transmettre, il y a eu une demande et j'y ai répondu", explique-t-elle. Loin de renier son pays d'origine, à long terme, Marie-Line aimerait ouvrir une école privée "alternative" en France, où l'enfant serait au c?ur de l'enseignement. Dans son entourage, elle inspire. "Plusieurs amis enseignants sont curieux de mon mode de vie. Franchir le pas de l'étranger, ce n'est jamais facile. Je suis là pour leur dire que tout est possible". Merci maîtresse.


Pauline Autin (www.lepetitjournal.com/Birmanie)  Lundi 13 Mars 2017

 

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1 Commentaire (s)Réagir
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Oliviernea mar 13/03/2018 - 09:01

Merci pour nous avoir dévoilé les talens de cette femme d'exception.

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