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L'atypique virtuose Pierre Mounier

Par Inès de Belsunce | Publié le 24/07/2018 à 20:00 | Mis à jour le 24/07/2018 à 20:00
pierre mounter Birmanie

Il a une allure de jeune premier, des lunettes en écaille, un air de designer de mode parisien, rigoureux.  Chemise et pantalon bien coupés, les cheveux en arrière. Il vous reçoit avec un sourire derrière le bureau de l'entreprise qu'il a cofondé à Yangon et où il opère en tant que directeur créatif. Comment en est-il arrivé là ? Talent et travail, habilement alliés, pour faire de l'enfant de Bordeaux "dans la sciure et copeaux de bois du petit atelier de son grand père" le virtuose technique qu'est ce décorateur qui n'a pas encore 30 ans.

"Mon style ? perfectionniste"
Pierre fluidifie la matière, la simplifie et l'embellit. Il dessine puis calcule, dans la quête ultime de la proportion idéale, de "l'abolition du superflu au dépend d'un dessin juste et de lignes gracieuses". Sa préférence, le bois : "une histoire d'amour, [?] voir s'enrouler de si fins copeaux afin de redonner à un matériau noble une beauté nouvelle. Les essences, les parfums, les courbes naturelles me poussent toujours à créer". Il suffit de voir ses créations, jusqu' à la robe qu'il a coréalisée avec la designer Charlotte Barjou, pour comprendre qu'il plie le bois souple aussi facilement qu'une feuille de papier ou de soie, révolutionnant par-là l'élégance des choses les plus simples. Inspiré d'Art Nouveau et des maitres qui l'ont marqué (Majorelle, Iribe, Galle), tendance Art Déco; il faut, dit-il : "épurer les lignes, minimaliser les formes et apporter le détail dans la perfection du façonnage des pièces".

"Ma passion, mon métier"
Choisissant la formation d'ébéniste en obéissant à "une irrévocable évidence", l'adolescent Mounier se forme avec les Compagnons du devoir. "Très dure mais fascinante expérience", un parcours atypique en France, ou les métiers manuels sont souvent dévalorisés au profit de filières généralistes. Bien dommage, puisque selon une étude réalisée par l'université Dauphine, 90% des compagnons trouvent directement un emploi après obtention de leur diplôme. Après les Compagnons, "suite logique à ce premier apprentissage manuel", il choisit l'école Boulle, "le Berceau des plus grands, de ceux qui ont marqué les métiers de la création en France à travers les époques; des professeurs- conteurs passionnants, parfois même fous, une expérience de vie formidable". Diplôme de Métiers d'Arts spécialité Architecture intérieur et ébénisterie en poche,  une année passée à la direction d'un atelier sur le Viaduc des Arts de Paris, et Pierre est appelé à Yangon. 

"Je suis arrivé en novembre 2012, et ne suis plus reparti"
Etre éduqué par les compagnons du devoir, c'est concevoir le voyage comme principe créatif, source d'évolution et de perfectionnement, à travers les confrontations à différentes cultures et la transmission. Surtout qu'en Birmanie, l'inspiration ne manque pas : "multitude de motifs, de couleurs, de matériaux embellis par cette lumière dorée qui elle seule a le secret de redonner aux vestiges du passé toute leur magnificence". En 2012, il s'agit de gérer une usine de fabrication de mobilier de 60 ouvriers. De l'ébénisterie au travail du métal (acier, laiton, bronze) en passant par la tapisserie et le travail de pierres précieuses comme le marbre, la nacre ou la feuille d'or. Cela demande la réalisation de taches multiples et la passation de savoirs entre le jeune artisan et les équipes birmanes. Pendant un an, il apprend et enseigne: "Apprendre à comprendre un pays, sa culture, son mode de fonctionnement, et utiliser cette compréhension pour échanger autour d'un métier. J'ai enseigné mon artisanat avec passion et l'ai enrichi de nouveaux savoir-faire et méthodes de travail". 

"Un pari dont je suis fier"
Convaincu qu'il faut rester,  Pierre cristallise son expérience en juillet 2014 et co-crée sa propre société de design et architecture d'intérieure : Citizens ID,  "mon monde artistique français, allié aux pratiques locales sur le teck, le marbre, l'os, la feuille d'or ; le mélange d'un héritage européen judéo-chrétien et d'une terre asiatique bouddhiste". L'entreprise traite avec succès de multiples projets : rénovation de bâtiments anciens, construction de bateau, aménagement de bureau et cela n'est que le début. M. Mounier est décidé à imprimer sa marque en gardant : "le brin de folie et le goût pour l'aventure qui m'ont fait venir au Myanmar; la force et l'énergie d'un profil atypique, loin des dangers de la lassitude et de la monotonie". Si vous le chercher dans Yangon,  arpentez les ruelles sombres et les bâtiments abandonnés, guettez l'austère et l'imposant, du colonial. Vous le trouverez par la, les yeux ouverts, contemplant les décors, dans "un voyage au fil des étages à travers le rêve, l'imaginaire, l'hallucination et la réalité". 

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