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Cachez-moi donc ce salon de beauté que je ne saurais voir…

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 11/11/2019 à 22:00 | Mis à jour le 11/11/2019 à 22:00
Photo : Le Secrétariat à Yangon
le Secretariat à Yangon en Birmanie

Après une vive polémique sur les réseaux sociaux et l’intervention contrainte et forcée du gouvernement de la région de Yangon, le salon de beauté et de massage Dé Béau Wellness Center va devoir fermer. Le luxueux établissement a le tort d’être installé dans le bâtiment dit du Secrétariat, une bâtisse coloniale construite entre 1889 et 1893 qui marque l’emprise et l’empreinte des Britanniques sur ce qui n’était pas encore la Birmanie, mais qui est aussi le lieu où le général Aung San a été assassiné, avec d’autres combattants pour l’indépendance, en 1947. La hampe qui trône au centre de la cour a accueilli le tout premier drapeau birman, lors de la déclaration d’indépendance du 4 janvier 1948. Désuet à partir de 2005 lorsque la capitale a été déménagée à Nay Pyi Taw, le Secrétariat vient de reprendre du service après avoir été rénové. En son sein, un musée, un centre culturel et un centre commercial.

Et c’est dans ce centre commercial que le salon de beauté et de massage Dé Béau Wellness Center s’est installé, se présentant comme un centre ultra-chic destiné aux riches. Les photos de son inauguration diffusées sur Facebook ont immédiatement suscité une levée de boucliers, chacun s’offusquant qu’un établissement de « ce genre » puissent ternir la réputation d’un lieu « sanctifié » par la part la plus nationaliste du pays. « Le secrétariat n’est pas un lieu pour ouvrir un salon de massage et de beauté. Je suis sidéré que les autorités laissent ce genre de service dans les bâtiments de notre patrimoine. #ShowRespect », pouvait-on lire sur un réseau social, un exemple parmi des milliers. Nul n’explique en revanche pourquoi un salon de beauté et de massage serait plus irrespectueux qu’un restaurant, qu’un vendeur de glaces ou qu’un marchand de chaussures, de téléphones ou de vêtements de grandes marques…

Mis en cause pour avoir laissé faire ce « crime de lèse-majesté », le gouvernement régional a réagi en affirmant que l’attribution des fonds de commerce dans le Secrétariat n’était pas de son ressort mais de celui du gestionnaire du lieu, le groupe Anawmar Art Group, qui appartient à la famille de U Tun Kyi, un ancien général de la junte longtemps au pouvoir. Anawmar Art avait obtenu en 2012 de la Commission des investissements en Birmanie les droits de gestion du Secrétariat en échange de la restauration du bâtiment et de son entretien, avec l’obligation d’y installer un musée d’histoire et un centre culturel. En 2015, la région de Yangon accordait officiellement un bail de 50 ans au groupe Anawmar Art, dont le directeur U Soe Thwin Tun, confiait alors son intention d’ajouter des commerces dans les lieux afin de couvrir les « énormes coûts de restauration et d’entretien ».

Et parmi les entreprises qui ont pris un fonds de commerce dans cet endroit emblématique, le salon de beauté et de massage Dé Béau Wellness Center. Une société provenant de Singapour dont la patronne explique sans détour « qu’elle a choisi le Secrétariat parce que c’est un lieu exceptionnel, qui attire les touristes et la clientèle de luxe qu’elle cible. En outre, c’est la ministre des Affaires étrangères de Birmanie elle-même, Daw Aung San Suu Kyi, qui a demandé aux Singapouriens d’investir dans son pays ». Et la femme d’affaires de conclure : « Je ne suis pas partie prenante dans cette polémique, je ne suis que la locataire d’un emplacement commercial situé dans un lieu propice au commerce ».

Le mal vient de plus loin. Les polémiques n’ont pas manqué depuis que Anawmar Art a obtenu les droits d’exploitation du Secrétariat. En 2015, la cour du bâtiment avait accueilli la fête d’anniversaire d’un membre de la famille, suscitant des critiques sur les réseaux sociaux, où nombreux furent ceux qui reprochèrent « à cette jeunesse ‘corrompue’ héritière des militaires son comportement irrespectueux des gens et de leurs sentiments ». Des militants politiques ont essayé sans succès qu’un musée en mémoire du soulèvement de 1988 y soit créé. En février dernier, c’est « Le Grand Bazar » pour promouvoir les liens avec les Etats-Unis qui était reporté « indéfiniment ». La raison ? La fête prévue sur deux jours présentait des vins californiens et italiens, et des alcools forts, ainsi que du fromage. Suffisamment pour remuer les tripes des Birmans les plus nationalistes…

En théorie, il existe depuis 2016 un Conseil de surveillance du Secrétariat, présidé par la ministre régionale de l’Electricité, du Transport et des Communications, Daw Nilar Kyaw. Mais jusque récemment, ses membres ne s’étaient inquiétés de rien et n’avaient pas vraiment protesté contre l’installation du salon de massage et de beauté. La polémique les a « réveillés de leur sommeil dogmatique » à grand frais, et voilà administrateurs, ministres du gouvernement régional, parlementaires régionaux qui communiquent à qui mieux-mieux qu’ils ne sont responsables de rien, que tout cela est anormal, qu’il faut faire quelque chose, et qu’ils vont s’en occuper… Tout cet affolement pour des cosmétiques…

Et ce petit monde a finalement trouvé un moyen de pression pour forcer Dé Béau Wellness Center à quitter le Secrétariat, en jouant sur l’autorisation d’exercer de l’entreprise, qui selon un des officiels régionaux, n’a pas été « enregistrée comme il le fallait auprès des autorités compétentes ». Peut-être parce que dans cette histoire, il n’était guère facile de trouver des autorités compétentes … Finalement, devant tout ce tohu-bohu, le groupe Anawmar Art a décidé de résilier le bail commercial le liant à Dé Béau Wellness Center, forçant de fait l’entreprise de Singapour à fermer.

Pour U Sun Oo, président du conseil des architectes de Birmanie, toute cette controverse « s’explique par l’absence de règles de conduites claires quant à l’utilisation du Secrétariat par son exploitant. Et cela est la faute et l’échec des autorités et des officiels car ils signent des baux sans réfléchir et sans vision à long-terme ».

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