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Birmanie ou Myanmar ? (Publié le 12/10/17)

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 26/07/2018 à 20:00 | Mis à jour le 29/07/2018 à 20:45
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En 1989, le gouvernement militaire décida de rebaptiser le pays en modifiant le nom anglais jusqu’alors utilisé : Burma devint Myanmar. D’autres noms de lieux ont connu une évolution comparable : Rangoon est devenu Yangon ; Moulmein, Mawlamyine ; Irrawaddy, Ayeyarwady ; et Maymyo, Pyin Oo Lwin ; etc.

Cette "birmanisation" poursuivait un triple objectif :
- Rompre définitivement le lien psychologique avec le passé colonial ;
- Inscrire le régime dans la continuité historique du "pays des premiers habitants", signification vernaculaire du terme Myanmar ;
- Affirmer indirectement la diversité de la nation, le terme Myanmar étant censé représenter une entité plus large que celle désignée par le mot Burma, formé par les Britanniques à partir du terme Bamar, désignant l’ethnie majoritaire.

Cette réforme n’a rien changé pour les Birmans eux-mêmes qui désignaient déjà en birman leur pays sous le terme Myanmar. Nombre d’ethnies qui coexistent en Birmanie disposent toutefois de termes propres pour désigner une entité nationale à laquelle leur culture et donc leur langue ne les rattachent pas nécessairement. Ainsi la plupart des minorités ethniques ne s’est pas reconnue dans le terme Myanmar, tant pour des raisons historiques liées au rôle jadis dévolu à certaines d’entre elles par les colons britanniques que pour des raisons politiques. C’est précisément autour de lignes politiques que s’est cristallisée à partir de 1989 la fracture entre ceux qui utilisent le nom Myanmar et ceux qui ont revendiqué le maintien du terme Burma en signe d’opposition au gouvernement. 

Ce débat terminologique a conduit à des clivages caricaturaux dont le compromis retenu par l’Union Européenne - qui désigne le pays dans tous ses documents officiels en anglais sous le terme de Burma/Myanmar - illustre à la fois la complexité et la relativité. Devenu idéologique, ce débat doit toutefois être replacé dans son contexte linguistique. Seul l’anglais est concerné. La réforme de 1989, qui ne concernait pas le birman, ne s’appliquait pas non plus aux autres langues étrangères. Et pour cause : elle n’avait ni la vocation ni l’ambition de procéder à une « birmanisation » universelle du nom du pays, aspiration qui eut été au demeurant irréaliste. Si certaines langues comme le japonais, qui utilisait traditionnellement le terme ビルマ, ont introduit une traduction phonétique du mot Myanmar (ミャンマー), la plupart continue à utiliser les termes d’origine à l’instar du chinois  ou du russe (Бирма).

C’est également le cas du français. Contrairement à ce que pensent certains, le fait de parler de la Birmanie n’est ni une prise de position idéologique, ni une méconnaissance des usages locaux, et encore moins un manque de respect à l’égard des institutions ou du peuple birman. Il s’agit simplement du reflet d’une constante dans la langue française qui veut que l’utilisation d’un mot d’origine étrangère - en l’occurrence Myanmar- ne s’établisse dans la durée qu’au terme d’un usage aussi large que régulier résultant d’un équilibre entre la phonétique, la pratique et la logique, étape qui n’a pas encore été franchie par le mot Myanmar comme l’illustre par exemple l’absence de dérivés. Ainsi nul n’a jamais entendu parler des "Myanmarais" pour désigner les habitants du pays. (De fait, parler du Myanmar pour désigner le pays, mais des Birmans pour qualifier ses habitants, comme le font la plupart de ceux qui utilisent en français le terme "Myanmar", n’est pas sans poser problème, notamment quand on se réfère à l’étymologie de chacun de ces termes.)

La Commission générale de terminologie et de néologie, organisme officiel français dont la vocation est de favoriser l’utilisation de la langue française, et de participer au développement de la francophonie, a consacré l’usage du terme Birmanie, question qui a fait l’objet d’un arrêté au Journal Officiel de la République Française en date du 4 novembre 1993 dans lequel le terme « Myanmar » est clairement désigné comme un exonyme. Ses conclusions ont été acceptées sans aucune difficulté par les autorités birmanes. L’Ambassadeur de France est ainsi accrédité auprès de la République de l’Union de Birmanie, et tous les documents officiels bilingues -français-birman-, notamment les accords inter-gouvernementaux, utilisent dans leur version française le terme Birmanie qui est à la fois la norme officielle et l’usage le plus répandu.

Le terme Myanmar n’en reste pas moins utilisé par certains francophones lorsqu’ils parlent dans notre langue. C’est notamment le cas de la communauté française installée dans le pays de longue date habituée à la mixité linguistique liée à la coexistence de l’anglais et du birman. Plus récemment, c’est également le cas des milieux d’affaires, plus enclins à utiliser l’anglais que le français comme langue de travail. Même si elle n’est pas conforme à la pratique officielle et à l’usage francophone –le terme Myanmar est un anglicisme en français – cette pratique n’en est pas moins admissible. En revanche, elle ne peut en aucun cas être considérée comme un "positionnement politique" qui n’a pas lieu d’être en français, et encore moins comme une prescription, la norme restant le nom Birmanie.

En résumé, si les deux termes - Birmanie et "Myanmar" - sont admissibles dans la langue courante, et ceci sans aucune connotation, seul le terme Birmanie appartient à la langue française, au même titre d’ailleurs que le nom Rangoun, par opposition à Yangon qui ne relève, pas plus que Rangoon, du registre francophone.

Si renoncer à l’utilisation française du terme Myanmar, qui entrera peut être un jour dans les usages francophones, serait ridicule car elle correspond déjà à une réalité, marginaliser artificiellement le terme Birmanie serait tout aussi condamnable car totalement infondé et contraire à la pratique consacrée par le droit. Chacun est bien évidemment libre de choisir sa pratique, mais tous se doivent de le faire en connaissance de cause. Quant aux polémiques anglophones, notre langue n’a pas vocation à y contribuer, ce qui n’empêche pas la diplomatie française de se faire entendre en anglais lorsque cela est nécessaire, mais ceci est un autre débat.
Source : Thierry Mathou, ancien ambassadeur de France en Birmanie

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Dominique Causse mer 01/08/2018 - 07:16

Bonjour, Je souhaite participer au débat sur le nom « Birmanie » ou « Myanmar », et exprimer mon désaccord sur certains des points développés par l’ambassadeur Thierry Mathou. En premier, il n’est dit nulle part que le changement formel du nom du pays de Burma à Myanmar en 1989 ne devait s’appliquer qu’à l’expression en anglais. Si le gouvernement de l’époque a décidé le changement formel du nom du pays, notamment dans les instances internationales, c’était pour toutes les langues, sauf à considérer que français n’est plus une langue officielle, à l’ONU par exemple. D’autres modifications de noms de lieu intervenus à la même époque ne sont, pour la plupart que des transcriptions phonétiques de noms, autrement inchangés, comme Yangon/Rangoon ou Rangoun, le « r » et le « y » étant d’ailleurs en birman une seule et unique consonne. Le gouvernement birman venait en effet d’adopter une codification phonétique nouvelle, destinée à harmoniser et unifier l’écriture de leurs mots avec notre alphabet. A part Burma>Myanmar, l’autre véritable changement de nom est Maymyo>Pyin Oo Lwin, destiné à effacer la référence anglaise de Maymyo (la ville du colonel May), le militaire anglais qui avait développé cette station aérée et plus fraîche que le Mandalay voisin. Je partage l’avis de Thierry Mathou sur les raisons du changement intervenu, encore que l’origine du terme « Myanmar » ne soit pas établie avec certitude. Il est exact que la fracture entre ceux qui conservaient le terme Burma et les autres marquait pour beaucoup un choix politique d’opposition au gouvernement militaire. Que dire alors du choix similaire fait par les gouvernements étrangers ? Certains utilisent le mot Myanmar dans leur langue, comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Un petit nombre conserve Burma, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni et, avec des hésitations, l’Australie, ce qui est clairement un choix politique et non linguistique. Lorsque les autorités françaises ont décidé de continuer à utiliser Birmanie, c’était se placer de manière explicite dans le camp de l’opposition au gouvernement militaire, se privant par la même occasion d’un élément utile de contacts avec ce gouvernement, sans vraiment en retirer les bénéfices avec l’opposition d’Aung San Suu Kyi, ce qu’on a compris en 2016, dans une conférence organisée avec les ambassadeurs accrédités au Myanmar. L’un d’eux lui a demandé quel terme il convenait d’utiliser et elle a répondu que cela lui était indifférent. Il est vrai que le terme Myanmar pose quelques difficultés en langue française. D’abord, le « r » final ne doit pas être prononcé. Ce n’est qu’un code pour allonger la voyelle. Du coup, le choix de myanmarais comme adjectif ne peut pas être retenu, tout comme Myanmarese en langue anglaise que les Indiens ont pourtant plus ou moins adopté. Pourquoi ne pas se calquer sur l’adjectif qu’utilisent les Birmans eux-mêmes à savoir myanma, sans « r » (la syllabe est plus courte). C’est ce que l’on a fait pour trouver le terme adéquat pour nommer les habitants du Burkina Faso, à savoir burkinabé. Contrairement à ce qu’estime Thierry Mathou, les autorités birmanes ressentent notre usage officiel du mot Birmanie ou birman, comme un manque de courtoisie voire comme un signe d’arrogance, qui consisterait à prétendre dire aux myanmas comment s’appelle leur pays. Leur ambassade à Paris emploie d’ailleurs, en français, le mot Myanmar et non le mot Birmanie. La prétention à conserver Birmanie induit en outre des confusions dans des documents officiels pour les Français eux-mêmes, qu’il s’agisse des envois postaux, des transferts d’argent, des déclarations de résidence etc. Pour finir, si Thierry Mathou a raison de dire que les deux termes – « Birmanie » et « Myanmar » - sont admissibles dans la langue courante, le terme Myanmar devrait s’imposer dans la relation officielle. Il faut rappeler que le Myanmar n’est pas le premier pays à avoir changé son nom. Devrions-nous continuer de parler du Siam pour la Thaïlande, de Ceylan pour le Sri Lanka, de Formose pour Taiwan ou de la Haute Volta pour le Burkina Faso ? Dominique Causse Auteur de « Histoire du Myanmar »

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Umechan ven 13/10/2017 - 07:19

Puisque vous faites un article sur le français, pourquoi mettez-vous un A à ambassadeur, qui est un nom commun ?

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birmanie@lepetitjournal.com dim 08/04/2018 - 17:16

Bonjour Umechan, merci pour votre commentaire. Nous avons corrigé la coquille.

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