Dimanche 20 septembre 2020

SOCIÉTÉ - Eden Ministry : une main tendue vers la rue

Par Lepetitjournal Birmanie | Publié le 24/05/2017 à 22:00 | Mis à jour le 24/05/2017 à 16:01

Une formation, un emploi et un nouveau départ, voilà ce qu'offre l'association Eden aux personnes qui ont fait l'objet d'un trafic sexuel en Birmanie, grâce à la création d'une entreprise internationale de bijoux. Elles sont des centaines de femmes, victime de la traite, à avoir retrouvé un semblant de dignité grâce à ce cadre associatif. Description de l'association avec Claire Steyn, conseillère administrative et marketing de Eden Ministry.

LPJ Birmanie - Eden Ministry est aujourd'hui présente dans de nombreux pays d'Asie. Quel a été le contexte de sa création ?
Eden a commencé d'une manière très simple : il y a déjà quatorze ans, deux femmes au foyer, qui un soir, ont eu envie de s'attaquer à la question de la traite des êtres humains. En se perdant dans les quartiers "chauds", elles ont créé des liens avec les acteurs de cette société nocturne. Aujourd'hui Eden a créé de nombreux abris dans les principaux centres de trafic en Asie, une bijouterie internationale et 500 filles ont été secourues. L'association est présente au Myanmar depuis trois ans. Le rapport de l'Ambassade des États-Unis sur la traite des personnes (TIP) en 2016 a placé le Myanmar au niveau 3, ce qui signifie que ce pays se situe parmi les mauvais élèves en matière de normes minimales pour réduire la traite ou encore d'efforts en vue d'améliorer la situation. Dans ce contexte, le projet Eden et les services qu'il fournit représente une réponse directe à ce problème croissant.

Qui sont ces jeunes filles touchées par le trafic ?
Ce sont des jeunes femmes et des jeunes filles touchées par la traite dans différentes villes d'Asie. Ici en Birmanie, par exemple, la plupart de ces personnes cherchent à venir travailler à Yangon et sont victimes de trafiquants qui leur font miroiter la perspective d'un emploi. Il y a au moins quatre centres de trafic à Yangon où les trafiquants attendent dans les terminaux d'autobus pour offrir ces "emplois" aux jeunes femmes vulnérables. Je me souviens d'une jeune birmane dans la périphérie de Mandalay qui cherchait un emploi pour aider sa famille. On lui a proposé de travailler dans une usine à l'étranger. Cette offre est perçue comme un cadeau quand on vit vient d'une zone rurale pauvre. Durant ces quatre années à l'étranger, cette jeune femme a été force à se marier. Elle a aussi été violentée, violée et même obligée à avoir un enfant. La famille de son mari avait donné de l'argent à la police en échange de son silence. Finalement, la jeune femme a pu s'échapper. Elle a contacté sa tante qui a elle-même contacté la police de la traite au Myanmar. Elle pensait être libre, mais au lieu de cela, elle a été emprisonnée quatre mois durant, faute de système effectif pour lui venir en aide. À sa libération, on lui a parlé de l'association. Depuis, elle a reçu une formation professionnelle et un travail. 

Extrait du témoignage de cette jeune femme :
?Il est difficile pour nous d'obtenir l'aide des autorités, d'avoir une voix, d'accéder aux services ou aux conseils juridiques. Je ne suis qu'un, juste un nombre dans plusieurs de vos rapports. En l'espace de quatre ans, j'ai perdu mon identité, perdu ma fille, perdu ma dignité et perdu ma liberté et j'ai été mise en prison comme une criminelle. Il y a des milliers et des milliers de mes s?urs birmanes qui sont encore exploitées. Il y a des milliers de mères qui ont été séparées de leurs enfants. Je parle en leur nom.?

Comment parvenez-vous à aider ces femmes après un tel traumatisme ?
Le projet Eden est conçu pour mettre en ?uvre un modèle de changement: trouver la personne, la sauver, la réhabiliter en luttant contre la traite des êtres humains grâce à des programmes de sensibilisation dans les centres de trafic.De plus, on fournit aux victimes de la traite des services de conseil et un environnement sécurisé pour vivre et récupérer jusqu'à ce qu'elles soient prêtes à être réintégrées dans leurs communautés et trouver un emploi stable. Les femmes font partie d'un programme conçu pour faciliter la guérison et la réhabilitation grâce à une thérapie cognitivo-comportementale ciblée. Nous offrons également des cours d'anglais ainsi qu'une formation en informatique et une formation d'accueil au Vineyard Café. Aussi, nous proposons des cours hebdomadaires de formation à la vie qui se concentrent sur quatre domaines de développement: L'éducation, la santé, la communauté et le revenu.

La sensibilisation passe aussi par la vente de bijoux, pouvez-vous nous en dire plus ?
Eden shop a ouvert en 2015, c'est une bijouterie qui vend les créations des femmes dans les programmes de réinsertion. Les clients d'Eden, en achetant ces produits, veulent de toute évidence changer les choses. Ils comprennent la valeur de toutes ces personnes. Ils voient une injustice et se sentent responsables pour parler à la place de ceux qui ne peuvent pas se défendre. Ils savent que de petites actions peuvent faire entraîner de gros changements. Nous vendons nos bijoux localement et à l'international à travers notre site web et nos militants. Nous avons des clients aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, à Hong Kong et en Europe.

Au-delà de la vente de bijoux, financièrement, quels sont vos soutiens ?
L'entreprise sociale est actuellement deux tiers autonome. Nous avons des partenaires qui financent nos programmes. Eden Myanmar est partiellement financé par le Fonds d'affectation spéciale sur les moyens de subsistance et les produits alimentaires (LIFT) exploité par l'UNOPS. Eden, tout comme cette nouvelle branche de vente de bijoux, se développent très bien au Myanmar. À l'avenir nous espérons pouvoir encore augmenter le nombre de femmes secourues et élargir nos programmes.
Site : http://edenministry.org
Facebook : https://www.facebook.com/EdenJewelry
Pauline Autin (www.lepetitjournal.com/BirmanieJeudi 25 Mai 2017

 

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