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SOCIÉTÉ - Les métiers de rues insolites à Yangon, le retour

Par Lepetitjournal Birmanie | Publié le 29/03/2017 à 22:00 | Mis à jour le 29/03/2017 à 16:07

Alors que le soleil se lève sur Yangon, les taxis mettent leurs moteurs en route, les restaurateurs s'activent, les magasins hissent leurs rideaux de fer et au c?ur de toute cette agitation, il y a aussi des commerces insolites qui s'installent sur le bord des routes, au détour d'une rue ou à l'entrée d'un supermarché. Il est 5 heures, Yangon s'éveille. Lepetitjournal.com Birmanie vous propose de repartir à la découverte des métiers insolites à Yangon.

Louer de l'évasion
Ma Ohmae Myint a 31 ans et depuis août 2011, elle loue de la littérature en tout genre. Sous un abri en bois à l'entrée de sa maison, des dizaines de livres s'entassent sur des étagères. Les journaux de la semaine sont disposes en vrac sur son bureau au côté de magazines. On trouve aussi des boîtes remplies de DVD. Pour faire simple, dans cette caverne d'Ali baba pour littéraires ou cinéastes, tout est à louer. Un vieux roman déniché dans les greniers vous coûtera K50 la journée alors qu'un plus récent, acheté au marché, vous reviendra à K150. Le journal lui est également disponible 24 heures pour K150. Mais ce qui se loue le mieux ce sont les DVD. Justement, voilà un client qui se présente. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il paie K250 et repart avec un film d'action qu'il devra rapporter le lendemain.

 Si Ma Ohmae a choisit ce métier, c'est pour rester proche de sa maison et donc de ses enfants. Tout en gagnant sa vie, elle peut continuer à assumer son rôle de mère de famille. ?C'est rare de pouvoir combiner les deux en Birmanie, grâce à ce métier j'ai la chance de voir grandir mes enfants?, indique-t-elle. Sa fille fait justement son apparition à la porte du magasin lui glissant un sourire timide. Avec cette profession, la trentenaire est au c?ur de la vie de quartier, les habitants sont d'ailleurs ses premiers clients : ?Je sais généralement à qui je loue. Donc je sais que je peux compter sur eux pour rapporter le lendemain?, explique la femme d'affaire. Côté chiffre d'affaires, livres et journaux lui rapportent K4 000 par jour, les DVD quant à eux font un tabac et lui rapportent jusqu'à K8 000. Cependant, si le commerce semble fructueux, Ma Ohmae n'est pas optimiste pour l'avenir : ?Avec le développement d'Internet et des vidéos en ligne, le nombre de clients diminue?.

La chance au coin de la rue
Dans une impasse non loin du Dagon Center, une petite roulotte coincée entre une rangée de tea shop attire notre attention. Suspendus par des épingles de couleurs, des dizaines de billets de loteries sont en vente. La roulotte est fixe, ce qui est rare. Kyaw a 29 ans et depuis trois mois, pour compléter ses revenus en tant que serveur dans le tea shop voisin, il vend des billets de loterie. ?Ces séries de numéros, je les achète K480 et je les revends K550 l'unité. En moyenne j'ai trois clients par jour?, indique le jeune homme. Pour les jeux d'argent, en Birmanie,  il y a deux principaux fournisseurs: Moe Yan Shwe La Min / Myat Su Kaday et Shwe Myanmar. Chaque vendeur répartit équitablement l'offre entre ces deux marques. Le client a le choix entre des numéros fétiches et des symbols animaliers mis en avant sur les différents morceaux de papiers. ?Certains vont voir des astrologues qui leur indiquent quel est leur numéro porte-bonheur ce mois-ci et donc ils vont préférer un ticket où on trouve un multiple de ce numéro?, explique Kyaw, adossé contre sa cabine. Quand un client se présente, le vendeur note son nom et son numéro de téléphone, cela vaut pour preuve d'achat en cas de gain. ?C'est le gouvernement qui contrôle les grilles de numéros et qui indique les séries gagnantes, une fois par mois?. Les listes des tirages sont disponibles sur Internet ou auprès des vendeurs qui en possèdent toujours une version papier. ?Tous les mois, il y a les petits gains, autour de K50 000, mais il y a aussi les super loteries : le gain le plus élevé qui atteint les 100 milliards de Kyats. S'il n'est pas gagné, il est régulièrement remis en jeu d'un mois à l'autre. Dans mon entourage, deux personnes ont gagné K200 000?, se réjouit le vendeur, qui comme les autres tente sa chance de temps en temps.

Des vendeurs au beau milieu des embouteillages
En Birmanie, se déplacer en voiture est quotidien? Et très souvent fastidieux. Dès lors, les vendeurs à la sauvette, positionnés aux carrefours, vous sont familiers. Bouteilles d'eaux, fleurs de lotus, journaux, les produits sont nombreux et si l'envie vous prend d'acheter quelque chose, inutile de quitter votre véhicule : les vendeurs viennent à vous. Nous sommes à la mi-mars, à la veille donc du festival de l'eau (Thingyan). Htwe et Theingi ont respectivement 45 et 69 ans. Ils sont en couple. Sur le bord de la route, assis sur un carton, ils confectionnent des pots de fleurs miniatures agrémentées de "Padauk", des fleurs de saisons très appréciées lors du festival. Lui découpe minutieusement le polyester qui viendra épouser les courbes des timbales. Elle prépare des bouquets de ces fleurs jaunes en papier. La surface de la timbale est couronnée d'un cercle vert qui aspire à évoquer une matière naturelle. Les fleurs sont ensuite plantées une à une dans le polyester. ?C'est notre rituel chaque année. De février à avril, nous confectionnons ces decorations?, explique l'homme, toujours concentré sur sa découpe. Le reste du temps, le couple vend des bouteilles d'eau ou des chiques de noix de bétel toujours sur cette même artère où le feu tricolore rythme le commerce. 

Pour leur confection saisonnière, ils se fournissent aux marchés de Mingalar et de Thein Gyi. Vendues K2500 pièce, ces décorations attirent une vingtaine de client par jour. Il faut dire que niveau horaire, le couple n'est pas regardant : ?Nous commençons à 7h du matin et  regagnons notre domicile aux alentours de 20h?, raconte la femme. ?En ce moment, ce sont les vacances scolaires. Donc notre fils de 9 ans vient aussi nous donner un coup de main?, ajoute-t-elle, pointant en direction d'enfants qui jouent au bout de la rue.

Les rues de Yangon regorgent décidément de métiers insoupçonnés, tous plus ingénieux les uns que les autres. Location de journaux, pèse personne public, billets de loteries, salon de beauté sous les ponts, vendeurs à la sauvette?
Il suffit de flâner pour découvrir ! Jeudi 30 Mars 2017 (www.lepetitjournal.com/Birmanie) Pauline Autin

 

 

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