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Table ronde sur les réfugiés « entre autonomisation et installation »

Par Rédaction LPJ Beyrouth | Publié le 21/10/2018 à 13:16 | Mis à jour le 24/10/2018 à 09:33
idraac

COMMUNIQUE

 

Dans le cadre d'une table ronde organisée par l'Institut pour le Développement, la Recherche et les Soins Appliqués (IDRAAC) lors du congrès annuel de l'hôpital St Georges Centre Hospitalier Universitaire et intitulée «Soutenir un Environnement Favorable pour les Réfugiés: Entre Autonomisation et Installation » Mme Mireille Girard, représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) au Liban , a déclaré que 88% des réfugiés syriens au Liban souhaitent retourner dans leur pays d'origine, expliquant que leur hésitation n’est pas liée au contexte politique ou à la reconstruction de leur pays, mais à des "obstacles pratiques", notamment, leur droit de propriété, leurs documents d'identité, d'état civil ainsi que leur situation au regard de la loi dans leur pays d’origine.
 

Le professeur Richard Mollica, directeur du programme de l’université de Harvard pour les traumatismes des réfugiés (HPRT) et l'un des principaux chercheurs internationaux sur la santé mentale des survivants de violences et de traumatismes.
 

La discussion a été animée par le Dr Elie Karam, psychiatre, chercheur en santé mentale et président d’IDRAAC. Elle a principalement porté sur la situation des réfugiés au Liban, y compris leur santé mentale, les moyens d'améliorer leur qualité de vie, l’impact de leur présence sur la communauté libanaise et leur intention de retourner dans leur pays d'origine.

 

Le Dr Karam a lancé la réflexion autour de questions telles que l’aisance dont pourrait bénéficier les réfugiés dans le pays d'accueil. « Lorsqu’ils n’ont pas été invités et qu’un bon nombre d’entre eux représentait, à bien des égards, d’anciens ennemis ou qu’ils soient obligés de rester sans date limite et sans aucune possibilité de retourner dans leur pays d’origine, ou qu’ils considèrent son régime politique actuel comme étant leur ennemi... Tous ces facteurs de risques ne facilitent pas l’intégration. Le fait que des réfugiés quittent vers l’Europe ou les États-Unis et voient dans ces pays, une destination permanente où ils prévoient de s'intégrer, de se développer et de prospérer malgré les énormes différences culturelles, est un phénomène qui souligne l’importance des facteurs de risque précités comme étant une entrave à l’intégration, comme est le cas de plusieurs réfugiés au Liban ».
 

Karam a également noté que « l’expérience libanaise avec les réfugiés arméniens représente un énorme succès de diversité, qui a enrichi le Liban. On ne peut hélas pas en dire autant de la présence palestinienne qui non seulement est associée à l'érosion du pouvoir de l'État libanais mais aussi, aux guerres du Liban qui ont ruiné le pays. En vue de ces expériences, nous sommes donc appelés à examiner nos positions quant à l'afflux massif des réfugiés Syriens".

Le Dr Karam a conclu en souhaitant la bienvenue au professeur Mollica et à Mme Girard et en les remerciant de participer à une discussion qui « rapprochera le public de la vérité ».

Mme Girard a commencé son discours en déclarant que : « le monde est confronté à un nombre sans précédent d'urgences humanitaires résultant de conflits armés et de catastrophes naturelles. Le nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur de leur pays n'a pas été aussi élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a actuellement 68,5 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur pays ou dans d'autres pays. "
 

« Les expériences de déplacement provoquées par un conflit armé, la persécution et les catastrophes exercent un poids psychologique et social extrêmement lourd sur les individus, les familles et les communautés. La façon dont les réfugiés vivent et réagissent face aux pertes, à la douleur, aux perturbations et à la violence varie considérablement et peut, de diverses manières, affecter leur santé mentale et leur bien-être psychosocial ou encore accroître leur vulnérabilité à développer des problèmes de santé mentale. "
 

Elle a également noté que : « les adultes et les enfants touchés par la guerre ainsi que les personnes déplacées sont affectées par diverses formes de maladies psychologiques, telles que le trouble de stress post-traumatique et d'autres ». En outre, « le cadre de vie des réfugiés contribue à une nouvelle détérioration de leur santé mentale en raison du déracinement, de l'abandon et du manque d'accès aux services sanitaires ».
 

Mme Girard a également mentionné que : « malgré les différents programmes psychosociaux (10 partenaires non-gouvernementaux, 4 agences des Nations Unies) et les efforts récents pour améliorer les services de santé mentale au Liban, l'accès limité aux services et aux diagnostics formels reste un défi pour les réfugiés et les personnes vulnérables Libanaises. En 2017, nos partenaires ont dispensé 43 111 consultations en santé mentale, subventionnées alors, qu'en 2018, la moyenne des consultations en santé mentale était de 4 300 consultations / mois. "

Aussi, selon « une évaluation réalisée en 2017, sur l'ensemble des ménages interrogés, 2,5% ont déclaré avoir un ou plusieurs membres de la famille nécessitant des soins. Dans ce groupe, 38% auraient reçu les soins requis, contre 62% n'ayant rien reçu. "
 

Mme Girard a également ajouté : « Les services de santé et autres types d'assistance sont parfois perçus, dans le contexte actuel, comme un moyen de maintenir les réfugiés en exil au Liban et par conséquent de les dissuader de rentrer chez eux. Cela conduit à un débat sur la pertinence de combler les lacunes existantes dans le secteur de la santé mentale et d'autres secteurs au Liban, ou si celles-ci devraient au contraire être traitées dans le pays d'origine. "

« Quelques points pour notre discussion :  Les services de santé ne constituent pas une incitation pour les réfugiés à rester au Liban ou au contraire a leur retour...dans leur pays. D'autres considérations prévalent pour de telles décisions. « Le manque d'accès à la santé mentale peut au contraire être un facteur qui retarde les solutions. Les personnes affectées par les problèmes de santé mentale et leurs familles peuvent ne pas se sentir maîtresses de leur avenir et ...dépendantes de l’assistance ». Elle a également souligné que « résoudre les problèmes de santé mentale permet aux réfugiés de se projeter dans l'avenir et se prendre en charge. Selon l’expérience de l’UNHCR, les personnes vulnérables sont toujours les dernières à retourner dans leur pays. "

 

Dans le cadre de la discussion avec le public, Mme Girard a déclaré : « Trois quarts de la population de réfugiés syriens vivent sous le seuil de pauvreté (4 dollars par jour), et plus que la moitié de la population de réfugiés vit sous le seuil de pauvreté extrême qui signifie moins de 3 dollars par jour. Cependant, ils ont encore de l'espoir et 88% des réfugiés syriens veulent rentrer chez eux. Notre rôle est d'essayer de rendre ce souhait possible. "

« Les réfugiés au Liban paient en moyenne 200 dollars de loyer par mois. L'économie libanaise étant touchée par la guerre en Syrie, les possibilités d'emploi dans les secteurs non-qualifies sont insuffisantes. Par conséquent, lorsqu' un réfugié syrien a la chance de travailler, il travaille en moyenne deux semaines par mois, et gagne environ 170 dollars par mois, pas même assez pour le loyer. »

« Les soins de santé en Syrie sont subventionnés, donc ils sont beaucoup moins chers. Alors pourquoi les personnes trouveraient-elles les soins de santé au Liban attractifs ? Ils sont moins couteux dans leur pays et ils n’ont pas de loyer à payer. " Elle a également ajouté : "Plus les obstacles seront réduits, plus les réfugiés ici présents se sentiront en confiance pour rentrer chez eux".

« Ils sont prêts à se reconstruire. Ce n'est pas le niveau de destruction qui retient les gens ici. Les personnes qui rentrent maintenant retournent dans des maisons détruites. Ils ne s'attendent pas à ce que leurs maisons soient reconstruites par une organisation humanitaire ; 88% des réfugiés syriens nous disent vouloir rentrer dans leur pays et, comme il est de notre responsabilité de contribuer a mettre fin aux problèmes de déplacements, nous leur avons demandé quelles étaient leurs préoccupations. Les obstacles qui empêchent un nombre de réfugiés de rentrer sont très pratiques. Il ne s’agit pas du contexte politique, ni de la reconstruction des maisons. Ils demandent : dois-je me battre si je rentre ? Est-ce que je récupérerai ma maison ? Ma maison est- elle toujours ma maison ? Vais-je être puni pour avoir été un réfugié ? Vais-je récupérer mes documents ? Telles sont les questions, et c’est exactement ce sur quoi nous travaillons avec les autorités Syriennes, mais ici aussi au Liban, pour obtenir des certificats de décès ou des certificats de mariage. »

Girard a conclu sa discussion en disant : « Au-delà du retour, un point crucial concerne également la réconciliation après le retour." 

 En ce qui concerne le professeur Mollica, il a déclaré que «des millions de réfugiés au Moyen-Orient et dans le monde attendent de rentrer chez eux». Ce qu'il faudrait a-t-il dit, c'est «une autre façon de réfléchir aux problèmes des réfugiés: nous devons dépasser l'approche basique relative à la nourriture, à l'eau et au logement, pour adopter une approche qui consiste à rétablir le bien-être des personnes après qu’elles aient été affectées par une violence terrible. Notre approche doit donc être une approche de restauration et non seulement visant à assurer les besoins de base. ”
Il a également ajouté que des études sur la santé mentale des réfugiés démontrent que: «dans toutes les communautés de réfugiés dans le monde, il y a 66% de dépression et 33% de Trouble de Stress Post-Traumatique.»

 

Il a présenté des études faites auprès de réfugiés en Turquie, en Jordanie et au Liban, ainsi que des réfugiés Palestiniens qui démontrent des traumatismes, des traumatismes de guerre, de Troubles post- traumatiques, de dépression et d’anxiété. Il a également noté "la relation entre les traumatismes de guerre, la violence et les maladies chroniques et le taux élevé de mortalité, ainsi que l'impact de la violence sur les maladies physiques et la mortalité.
 

Le professeur Mollica a ajouté que malgré le manque de recherche sur les résultats du rapatriement, certaines études ont montré que: «l'état de santé mentale des réfugiés s'est détérioré après leur retour dans leur pays d'origine avec un taux accru de troubles psychologiques en raison d’énormes difficultés qu'ils rencontraient au retour, comme le manque de travail ou de logement adéquat. "

«Les troubles mentaux sont particulièrement apparents chez ceux qui sont restés longtemps dans le pays d'accueil ou qui ont été forcés de rentrer chez eux.»

"D'autre part, d'autres études montrent une diminution des taux de troubles psychologiques chez les rapatriés, comparés à la période où ils étaient réfugiés."
 

Le Professeur Mollica a insisté sur le fait que "le rapatriement dans le pays d'origine des réfugiés est une règle d’or, mais malheureusement, le retour dans un environnement sûr est l'exception à la règle". Enfin, il a surtout présenté «un nouveau concept qui est celui du « Foyer » et qui constitue un principe d'organisation et de structure nouveau en matière de rapatriement, qui remplacerait les politiques et procédures opérationnelles standard.

«Un modèle dans lequel nous incitons les gens à se réaliser, à rentrer chez eux, à trouver un emploi, à acquérir des compétences… dès le premier jour et non pas après des années. »

Dans le cadre de la discussion, le professeur Mollica a insisté sur le fait que les réfugiés sont en fait « comme des invités chez vous. Ils ont l'obligation de respecter votre environnement et de bien vous traiter. » Il a exprimé qu'il serait très important pour le pays d'accueil et moins coûteux de faire en sorte que les réfugiés se sentent suffisamment bien afin de vouloir naturellement retourner dans leur pays d’origine plutôt que d'essayer de manière beaucoup plus coûteuse de leur rendre la vie difficile.

 

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Rédaction LPJ Beyrouth

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