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JARDINS COMMUNAUTAIRES BERLINOIS - "Il faut cultiver notre jardin" 

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 13/08/2014 à 22:00 | Mis à jour le 23/09/2015 à 14:56

Qu'il soient d'agréments, à finalité esthétique et poétique, ou encore aménagés, cultivés pour ses variétés de plantes jusqu'à celles, vivrières, des fruits et des légumes, aussi loin que remontent les traces de l'homme sédentaire, des jardins, répondant à un besoin mais également une envie de façonner son habitat extérieur naturel dans la culture utile et agréable, existent. Et comme le dit si bien Cicéron : « Une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ». Certains Berlinois l'ont bien compris et tentent depuis quelques années de se réapproprier des bouts de terrain publics afin d'allier nature et ville. Focus sur ces jardins communautaires de Berlin, de plus en plus présents

Depuis l'essor industriel et l'exode rural des campagnes vers les villes, les métropoles s'agrandissent et se développent laissant peu de place à un carré de verdure. Petit à petit, les politiques municipales et gouvernementales se sont appropriées la gestion de l'espace public dans une logique de rentabilisation de la surface disponible, excluant la nature des cités. Le jardin y devient un privilège. L'aménagement de parcs et de jardins publics par les plans d'urbanisation laissent celle-ci s'y développer, sous contrôle des agents d'entretien d'espaces verts, concédant aux citadins le luxe des promenades dominicales, du jogging sous les arbres ou des piques-niques sur les pelouses lorsque celles-ci ne sont pas interdites, mais ne permet en aucun cas le façonnement et la culture de ces jardins par l'individu citoyen.

Liz Christy Jardins, crédits photo : www.placematters.net

C'est suite au constat de cette triste évolution que, dans les années 70, Liz Christy, artiste new-yorkaise bientôt à la tête du mouvement les « Green Guerillas », instaure le concept de jardin communautaire, en lançant les fameuses Seed bombs, boules de terres contenant des graines, dans les terrains vagues, les plates-bandes de parking, tentant de se réapproprier l'espace public en faisant renaître la nature au sein des métropoles. Depuis, ce mouvement a pris de l'ampleur et, a conquis l'Europe. A Berlin, les espaces laissés à l'abandon sont nombreux depuis la réunification et, ces projets se popularisent ainsi dès les années 90. Il en existe alors depuis des centaines, d'initiative et de mode de fonctionnement différents, mais qui répondent dans leur globalité tous de la même logique : laissons la nature prend une place dans nos villes et dans nos vies, autrement dit : Wachsen Lassen ! 

 

Jardins communautaires du Tempelhof, Crédits : Wiederspielwert

Le jardin communautaire est avant tout un projet collectif. Il naît d'une initiative citoyenne, et non des municipalités ou des experts, induisant l'investissement de terrain au mépris parfois de la légalité, faisant fi des autorisations. Il participe d'un modèle d'auto-gestion, tout comme les squats ou les bars associatifs, pris en charge par une association. Il permet alors l'élaboration d'un espace voué au façonnement d'un jardin, autrement dit un espace de culture où il est possible d'y faire pousser plantes, fleurs, arbres et arbustes, pouvant également y instaurer l'élevage de fruits et de légumes ainsi que de plantes aromatiques.

Jardins communautaires Tempelhof, crédits photo : www.visle-en-terrasse.blogspot.de


Que d'étonnement lorsque l'on se promène sur l'immense espace de cet aéroport désaffecté bien connu des berlinois, le Tempelhof, et que l'on y découvre  un petit coin où se rassemblent caissons de bois et autres types de contenant, dans lesquels poussent citrouilles,  radis, carottes, salades, tomates et bien d'autres végétations autour desquelles s'affairent des jardiniers de tout âge, le sourire aux lèvres et plein d'énergie quel que soit le temps.

Quelle curiosité également lorsque, se promenant dans la Pannierstrasse, on distingue au-dessus d'une barrière des arbres dont les branches s'affaissent sous les poids des pommes, poires, prunes et oranges, rondeurs colorées et sucrées. Quelle impression encore près de Moritzplatz lorsque l'on entre dans ce lieu qui, derrière ses allures de terrain vague, laisse entrevoir des rangées et des rangées de bacs de culture en tout genre! Des ventes des produits récoltés sont même organisées! La possibilité de les déguster sur place vous est également donnée grâce au petit restaurant fondé sur ce terrain.

Jardins de Moritzplatz, crédits photo : Marco Clausen

Loin de se contenter d'être simplement un lieu de labeur, le jardin communautaire, comme son nom le laisse supposer, est un lieu d'échange. Échange de connaissances et de savoir-faire tout d'abord, qui se créent naturellement autour de l'activité, mais également partage de piques-niques et de barbecues pour lesquels l'Allmende-Kontor de Tempelhofer Feld a aménagé un espace au milieu de ces parcelles. Le Prinzessinnengärten de Moritplatz, d'une autre envergure, y organise des débats, réunions et projections de films ; le jardin passe du simple agrément à un lieu de rencontre, proposant des réflexions concernant l'agriculture des villes, la culture biologique dont toutes les parcelles en sont garantes, ou simplement de goûter les fraises et cerises des uns et des autres. Il devient le lien entre ville et campagne, entre individus, mais aussi entre l'Homme et sa nourriture.
Entretenir un potager redonne en effet un rôle au citadin dans le processus de son alimentation, plutôt que de n'être qu'un simple consommateur. Il lui donne la possibilité de reprendre contact avec sa nourriture, de connaître l'origine de ce qu'il mange, spécialement dans ce contexte particulièrement marqué par la remise en question des politiques agroalimentaires mondiales.

L'agriculture urbaine biologique et locale propose alors une alternative intéressante, soutenue par ces multitudes de projets collectifs qui fleurissent dans les villes. L'agriculture urbaine a-t-elle un avenir durable ? Son développement induit-il des solutions pérennes aux critiques faites au système agro-industriel ? Qu'en est-il des risques de pollution ?
Elle amène en tout cas à entrevoir d'autres possibilités même si pour l'instant elle ne permet qu'un rendement d'appoint, tout à fait sain par ailleurs car les plantations sont protégées au maximum par des barrières de verdure, des systèmes d'assainissement pour l'eau de pluie et la mise en bac des plants pour éviter la pollution des sols, le tout en collaboration avec des études régulières menées par l'université de biologie de Berlin. Reste maintenant à s'assurer de la longévité de ces petits paradis de verdure, pour certains encore en lutte avec la ville pour la légalité de leurs installations.

Chloé Thirion (lepetitjournal.com/Berlin) mardi 22 avril 2014

Savoir plus :

Pour plus d'informations sur les jardins communautaires, quelques sites de grandes associations allemandes :

http://www.stadtacker.net/SitePages/Homepage.aspx

http://www.will-pflanzen.de/start/

http://www.anstiftung-ertomis.de/berlin

Pour participer, envoyer simplement un mail aux associations en charge des jardins :

Liste des jardins communautaires de Berlin :
http://www.anstiftung-ertomis.de/urbane-gaerten/gaerten-im-ueberblick

Das Allmende-Kontor (Tempelhofer Feld) :

Der Prinzessinnengarten (Kreuzberg, Moritzplatz):

Pour approfondir :

Des cultures et des villes, Jean-Hugues Berrou, L'École AgroParisTech, 2013


« Un film documentaire sur le thème de l'agriculture urbaine construit sur des expériences françaises et internationales : Paris- Berlin - New-York ? Montréal » en français.


Des cultures et des villes von AgroParisTech

 

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