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INTERVIEW – Pierre Raynaud : "Je suis probablement le dernier directeur d’une ère décentralisée"

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 21/06/2010 à 00:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 15:53

Depuis quatre ans, il dirige d'une main de maître l'Institut Français de Barcelone, où ses actions ont contribué à la renommée de l'établissement. Pour sa dernière année, Pierre Raynaud conserve des projets plein la tête, avec pour seul objectif de faire rayonner notre belle culture auprès des plus jeunes. Rencontre

Lepetitjournal.com : Pour commencer, pouvez nous expliquer simplement ce que représente pour vous cet Institut ?

Pierre Raynaud : L'Institut Français sert à renforcer l'empathie intellectuelle, artistique et culturelle du pays d'accueil envers la France. Son rôle est aussi de renforcer la francophonie en général. Nous sommes le nuage qui enveloppe les échanges et nous travaillons sur la réputation de toute une culture.

Quel est votre rôle en tant que directeur de l'Institut ?
Mon rôle est chaque année d'enrayer la perte des élèves. Il a fallu travailler sur un projet de reconstruction de l'offre culturelle qui soit en lien avec les cibles que nous voulons toucher. Il s'agissait de développer une réputation plus axée sur la jeunesse, comme la tranche des 12/25 ans et les jeunes adultes. Il s'agissait aussi de réunir au-delà des adhérents historiques de l'Institut. Cela passe par la rationalisation notre offre de cours et la restructuration de l'Institut en entier, afin de le mettre en phase avec un contexte économique compliqué. Il faut savoir que 95% des recettes propres de l'IFB sont générées par la vente des cours. Ce n'est donc pas anecdotique pour nous.

Quelles sont vos priorités ?
Elles sont financières dans un premier temps. Diriger une entreprise comme ça, cela veut dire manoeuvrer un budget de 3 millions d'euros, avec peu de subventions. Heureusement d'ailleurs que Paris nous laisse ce bâtiment à disposition, car si on devait payer le loyer ce serait beaucoup plus compliqué. Mais notre priorité, c'est également de se mettre à la page, avec par exemple les cours en ligne que nous mettons en place... Cela dit, pas facile de se projeter avec le contexte espagnol actuel. Par ailleurs, étant donné que je fais 95% de mon chiffre d'affaire au mois de septembre, j'ai besoin d'attendre. Si je fais une bonne rentrée, j'ai les moyens. Si c'est une "cata", ce sera plus compliqué. Et tous ces moyens dépendent des inscriptions, qui elles même dépendent de la réputation de la maison, de notre capacité à mettre notre théorie en adéquation avec le monde du travail. Les gens qui viennent apprendre le français chez nous le font pour des motifs professionnels. La Catalogne est le premier partenaire espagnol de la France.

Comment qualifieriez-vous les relations entre Français et Catalans ?
Elles sont excellentes, empathiques, affectueuses. Elles sont confiantes. Dans ce cadre, promouvoir la langue française à l'étranger est capital. Aussi avons-nous développé les classes européennes où, dans les établissements catalans, les élèves pourront suivre par exemple des cours de maths en français. Et ca marche très bien auprès de nos jeunes apprentis, qui comprennent que la relation est très voisine, même si le contexte économique est morose. En matière d'éducation, en interne, nous cherchons par ailleurs à développer des pôles médias et à intégrer le contenu de nos manifestations au programme pédagogique. C'est-à-dire faire en sorte que nos élèves participent à nos évènements. Nous travaillons aussi sur de nouveaux outils pédagogiques, comme des tableaux blancs interactifs. En dehors de ça, je crois que les relations entre la France et la Catalogne n'ont jamais été aussi construites et structurées qu'aujourd'hui. C'est une vraie belle relation dont il faut attendre de voir comment elle va pousser.

Quelles seront les missions de votre successeur ?
Nous sommes dans une réforme du système diplomatique français en termes de coopération culturelle. En 2011, le paysage aura beaucoup changé, notamment concernant les organigrammes. Je suis probablement le dernier directeur d'une ère décentralisée. Je pense que le prochain responsable de l'Institut Français sera plus lié à Madrid que je ne l'étais. L'essence de mon projet était très local et cela va peut être changer. Puis nous sommes tous de sensibilité différente et de fait nous écrivons des projets différents. Mais au lieu de se nuire les uns aux autres, ces projets s'additionnent. Mon prédécesseur était plus axé sur une culture de la langue très puissante, très forte, et qui a probablement contribué à renforcer l'enracinement de la classe intellectuelle barcelonaise. Moi, j'ai préféré travailler sur une nouvelle forme de rencontre démocratique et plus m'ouvrir sur la jeune population. J'aimerais aussi que ce soit une femme qui me remplace et qui prenne les reines d'une maison toujours aux mains des hommes. Ce n'est évidemment pas moi qui nomme mon successeur. Peu m'importe à vrai dire. Je veux juste laisser la maison avec des comptes en ordre et un organigramme efficace, des relais dans la société civile forts. On ne fait pas ce métier pour être gravé dans la roche, on passe juste.

Quels sont vos projets pour cette année à venir ?
Les projets de l'Institut sont multiples mais au vu du succès, du triomphe de nos journées philosophiques et le mot est léger, nous allons évidemment recommencer. Je pense à l'automne 2010, où nous ferons venir Jacques Roncière, très grand philosophe français. Nous recommencerons autours du thème la philosophie et l'art. Nous allons aussi préparer une fête d'hiver qui devrait rester dans les mémoires barcelonaises.

Quel est votre sentiment à un an du départ ?
Mon sentiment à un an du départ est plutôt mitigé. Vous êtes payé pour faire ce que vous faites et vous êtes payé pour un temps donné, donc c'est comme une voiture qui a le plein d'essence. Quand vous n'avez plus d'essence, il faut changer de métier ! Cette année en plus va me permettre de finir ce que j'ai engagé. Je vais faire un petit plein ! Il faut que j'écrive une partie du projet que je n'avais pas prévu. Une année en plus représente des évènements en plus, des formations en plus.

Quels sont vos meilleurs souvenirs ?
Mes bons souvenirs passent par les gros évènements de l'Institut, à savoir les grandes fêtes de saison où on attire entre 2.000 et 3.000 personnes. Ce sont des gros moments, à la fois lourds à organiser mais très émouvants à regarder. Il y a eu la transformation de l'appartement du directeur en résidence d'artiste qui était un moment important de ma vie ici. Il y a aussi eu de grandes rencontres intellectuelles, notamment dernièrement avec Slavoj Zizeck et 400 personnes qui, au lieu d'être devant leur télé pour le Mondial, font le choix de se déplacer à l'Institut pour un moment de philosophie.

Quels sont vos moins bons souvenirs ?
Les temps un peu plus difficiles viennent quand, pour des raisons économiques, vous êtes obligé de vous séparer de personnel qui est là depuis longtemps, ce n'est jamais agréable.

Et si vous n'en aviez qu'un seul ?
Si je n'avais qu'un seul souvenir, ce serait le premier printemps francophone en mars 2007, quand à la fin de la fête, les danseuses tahitiennes se mettent à danser sous 300 kg de confettis devant les portes de l'Institut et qu'il s'est mis à neiger. C'était dément ! Les flocons mêlés aux confettis volaient au dessus des danseuses en bikini ?Cela reste une image marquante et c'était surtout le premier évènement que je pilotais, c'était mon bébé !

Isabelle MATERA (www.lepetitjournal.com - Barcelone) lundi 21 juin 2010


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