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COUPLE FRANCO-CATALAN - Juliette et Leo : "Nous passons notre temps à nous déplacer entre les cultures"

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 décembre 2012

Juliette (31 ans) et Leo (35 ans) se sont connus il y a dix ans dans un train qui reliait Paris à Barcelone, leurs villes d'origine respectives. Lui est géographe, elle est traductrice. De leur amour est née une petite fille qui a aujourd'hui deux ans et demi ; et un projet professionnel, Olistis, relais linguistique pour les entreprises. Installés depuis 2008 à Barcelone, ils nous racontent leur vie de famille en Catalogne.



Quand et comment vous êtes vous rencontrés ? Dans quelle langue ?

Elle : Nous nous sommes rencontrés dans un train de nuit Paris à Barcelone en 2001. Il rentrait passer Noël chez lui et moi je partais faire du tourisme à Barcelone avec mon compagnon de l'époque. Il nous a généreusement invités à passer le réveillon avec lui et ses amis. Nous avons ensuite maintenu le contact par mails pendant un an avant de nous revoir, à Paris cette fois-ci. Quand on s'est connu, on parlait en castillan et on continue de parler en castillan.Lui : Dans un train d'Orléans à Barcelone. Moi je venais de passer quelques jours à Tours et je suis monté à Orléans, Juliette venait de Paris. Nous allions passer la fin d'année à Barcelone. Nous nous sommes connus en castillan et, même si depuis je parle français et elle catalan, nous continuons de parler dans la langue dans laquelle nous nous sommes rencontrés.

Pourquoi vivre en Catalogne et non pas en France ?

Elle : Nous avons vécu plusieurs années à distance (moi à Paris et Leo à Barcelone) puis ensemble à Toulouse pendant deux ans. Nous sommes ensuite venus nous installer à Barcelone car Leo a eu une offre de travail intéressante et en tant qu'indépendante, je pouvais aisément changer de pays et de résidence fiscale. Désormais, je considère le fait d'être ici comme un choix et pour l'instant l'idée ne me viendrait pas de retourner en France.Lui : Nous avons essayé de vivre à Toulouse avant de vivre en Catalogne. Personnellement, j'ai toujours cru que mon espace vital allait au-delà des Pyrénées, que les Pyrénées ne devaient pas être une frontière. Finalement, nous avons réalisé que la ville la plus dynamique et celle qui nous donnait le plus de possibilités à tous les niveaux (professionnel, culturel, épanouissement, etc.) dans cette grande région d'Europe du Sud était Barcelone. Et c'est pour cela que nous avons décidé de déménager et de développer notre projet Olistis ici.

Quel est ce qui vous a le plus séduit de la culture de l'autre ?

Elle : La vivacité de la culture populaire. La facilité des rapports humains.Lui : Sans doute le fait que nous venons de deux classes sociales différentes, chose qui s'accentuait encore plus pendant la période noire du Franquisme. Nos familles sont le jour et la nuit mais nous sommes la consolidation d'un point commun européen qui est aujourd'hui mis en danger par les politiques actuelles de l'UE du démantèlement de l'Etat-providence.

Au début de votre relation, quelles étaient vos principales différences culturelles ?

Elle : Une différence qui m'a marqué est la façon de se lier aux gens. En France, on ouvre facilement sa maison à de vagues connaissances. Ici, les gens se retrouvent avant tout dans les bars, dans la rue. On peut connaître quelqu'un depuis plusieurs années sans avoir jamais mis les pieds chez lui ni savoir quel est son métier. En France, l'une des premières questions est "tu fais quoi dans la vie ?". Ça marque beaucoup l'évolution des rapports.Lui : L'espace de relation sociale en Méditerranée est dans les rues et sur les places, l'espace public en général, les marchés, boutiques et bars, d'ailleurs comme dans le sud de la France. Et à Paris, comme en Europe du Nord, l'espace privé, la maison, devient le principal lieu de rencontre et de relation sociale. Même si j'ai l'impression qu'avant Paris ressemblait plus à une ville méditerranéenne.

Et maintenant ?

Elle : Les différences restent les mêmes, mais on les vit plus intensément avec l'arrivée d'un enfant. La façon d'aborder l'éducation est profondément différente. Par exemple, chez moi, un enfant doit être maintenu au calme, à l'abri du bruit et de l'excitation extérieure. Ici c'est tout le contraire. Bien sûr, ce n'est pas toujours facile de discerner les écarts culturels et les différences sociales. En revanche, je crois que nous sommes tous les deux profondément européens et que c'est un bagage culturel commun.Lui : Peut-être l'usage du beurre et de l'huile pour cuisiner !

Comment s'appelle votre fille ? Pourquoi avez-vous choisi ce prénom ?

 

Elle : Gaia. Un prénom qui ne se traduit pas, se prononce de la même façon ici et là-bas. Un prénom pan-européen. Le Gaià est aussi un fleuve qui coule dans une région de la Catalogne qui nous tient à c?ur. Mais il a fallu enlever l'accent grave pour éviter que ça ne sonne masculin. Les Français ont tendance à lui apposer un trémat.Lui : Gaia. Nous cherchions un nom qui aurait un caractère européen et qui soit de prononciation facile pour les deux familles. Nous avons découvert que Gaia, qui veut dire terre en grec, était utilisé dans beaucoup de pays européens et que sa signification correspondait à notre philosophie de vivre sur la terre d'une manière plus respectueuse, quelque chose qui semble essentiel dans l'éducation des nouvelles générations.

En quelle langue parlez-vous à votre fille ? Quel a été son premier mot ?

Elle : Je lui parle uniquement en français, son père uniquement en catalan. Entre nous nous parlons en castillan. L'idéal dans notre situation serait que nous nous parlions en français, langue minoritaire à la maison, mais nous n'y arrivons pas. Ses premiers mots ont été "papa" puis "aigua", si je me souviens bien.Lui : Je lui parle en catalan et son premier mot a été "papa" mais je crois que c'est un peu de la triche.

Quelle éducation avez-vous choisi pour Gaia ?

Elle : Gaia est à la garderie publique et ira à l'école catalane à la rentrée prochaine. J'ai moi-même suivi ma scolarité dans du privé et je ne pense pas qu'elle ira dans une école française ici car je préfère l'éducation publique et le Lycée Français a des airs de privé. En plus, les bourses pour les français à l'étranger ont été supprimées et l'éducation française ici a un coût. Mais nous essaierons de compenser le manque de français par d'autres activités, culturelles par exemple.Lui : Nous préférons que Gaia soit à l'école publique catalane même si c'est une décision évolutive et cela dépendra de ce qu'elle voudra dans le futur mais je préfèrerai qu'elle continue à l'école publique pour éviter la sensation ?guetto? français. En plus, je pense que c'est mieux qu'elle étudie le territoire sur lequel elle se trouve plutôt que celui du pays voisin.

Votre prochain projet à trois ?

Elle : À très court terme, un voyage à Paris pour aller rendre visite à la famille pour Noël. À moyen terme, Olistis, le projet que nous souhaitons développer Leo et moi à partir de mes activités de traductrice. Je le considère comme une aventure à trois car il va falloir veiller à ne pas mélanger les rapports familiaux et professionnels !Lui : Mieux connaître l'Europe et que Gaia puisse connaître toute la diversité naturelle et culturelle qui est la meilleure richesse dont nous disposons.

Pourquoi avoir choisi ce symbole/objet pour la photo ?

Elle : Le train rappelle bien sûr le lieu de notre rencontre, mais c'est aussi une allégorie du mouvement. Géographe et traductrice, nous passons notre temps à nous déplacer entre les cultures, et pour moi, le pire qui puisse arriver dans un couple est la stagnation.Lui : Le train, parce qu'il ya toujours un train à prendre. Je pense que c'est un symbole très possibiliste et optimiste que l'image, et symbolise notre rencontre, une ode au heureux hasard.

Elise GAZENGEL  (www.lepetitjournal.com ? Espagne) Jeudi 20 décembre 2012

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Publié le 20 décembre 2012, mis à jour le 23 décembre 2012
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