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RENCONTRE – Marie Darrieussecq, auteure de “Clèves“, à l'Institut Français

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Dans le cadre du cycle ?Des jeunes femmes très modernes : la princesse de Clèves et autres héroïnes d'aujourd'hui? organisé par l'Institut Français de Barcelone et Fabrice Bentot, professeur de littérature au Lycée Français, l'écrivaine Marie Darieussecq était dans la capitale catalane la semaine dernière

(Photo Lepetitjournal.com)

Déjà auteure à succès de plusieurs ouvrages dont ?Truismes?, ?Naissance des fantômes? ou ?Tom est mort?, elle présentait son huitième roman : ?Clèves? qui raconte l'histoire de Solange. Il y a de cela une trentaine d'années, Solange habite un petit village de province, Clèves. Elle vit avec sa mère très occupée par son magasin et un père peu présent qui se dit pilote de ligne. Solange passe donc la plus grande partie de son temps avec ses copains et copines ainsi que chez son voisin qui fait la nounou. A travers Solange, jeune fille encore enfant mais presque adulte, Marie Darrieussecq raconte l'initiation frontale des adolescents à la sexualité selon trois parties : ?Les avoir?, ?Le faire? et ?Le refaire?.

Une dimension autobiographique
?J'ai voulu décrire la fille immobilisée par le désir?, c'est ce qu'elle a expliqué lors d'une conférence donnée dans la médiathèque de l'Institut Français. Pour cela, elle a choisi de s'exprimer à la troisième personne en créant le personnage de Solange : ?Je décris mieux le monde avec une marge de man?uvre? avoue-t-elle. Et pour parvenir à faire de son héroïne un personnage criant de vérité, elle s'est inspirée de sa propre adolescence. Elle a passé trois semaines entières à réécouter les cassettes audio de son adolescence. A l'image d'un journal intime, elle avait enregistré sa vie de l'époque sur un magnétophone, durant trois ans. Ainsi, à travers ?Clèves? l'écrivaine livre grands secrets et vérités sexuelles qui prennent naissance dans l'esprit des jeunes filles durant la puberté.

Etroit parallèle avec Madame de La Fayette
Clèves. Tout le monde aura noté la référence à ?La Princesse de Clèves? de Madame de La Fayette. ?Je suis complètement hantée par ce livre. Je l'ai lu une trentaine de fois et je le comprends mieux à chaque relecture? a révélé Marie Darrieussecq, qui a décidé de donner le nom de Clèves, au village où Solange évolue. Un village qui vit en huit clos, où tout se sait et où il est particulièrement difficile d'avoir une vie privée, un peu à l'image de la Cour du Roi dans ?La Princesse de Clèves?. Une multitude de points communs existent entre les deux livres, mais également, et surtout, un frappant contraste : le langage très vieux français de la Princesse et celui très cru de Solange qui a d'ailleurs fait parler de lui dans de nombreuses critiques littéraires. ?J'ai parfois été étonnée de la pruderie de certains critiques littéraires. A côté d'autres comme le Marquis de Sade par exemple, je suis très sage. Solange est une adolescente, j'ai employé un vocabulaire réaliste, adéquat aux discussions qu'elle peut avoir avec ses copines?.

Ecrire, toujours de la même façon
Durant son séjour à Barcelone Marie Darrieussecq est également partie à la rencontre des élèves de Fabrice Bentot au Lycée Français. Elle leur a lu un passage du livre et l'a commenté avec le professeur de littérature. ?Les lycéens sont vraiment d'une écoute remarquable. Lire 'Clèves' à des gens qui ont quinze ans ce n'est pas facile, c'est un livre qui peut être assez choquant. On en a parlé et je crois qu'ils ont compris le projet? a t-elle confié. Elle est également revenue sur sa manière bien à elle de composer ses livres. ?Il y a d'abord la phase où je n'écris pas, je rêve éveillée et laisse venir le livre. Puis vient la première phrase : c'est la clé qui fait démarrer le moteur. Le choix de la première ou troisième personne est alors fait et j'écris au moins une page par jour. Ensuite, je laisse poser mon travail deux semaines. Puis à la relecture, c'est la dépression nerveuse, rien ne va. C'est à ce moment que je passe sur l'ordinateur, je réduis le texte, je le coupe. C'est à ce moment aussi que je me dis que je n'y arriverai jamais. Puis arrive finalement le moment où après maintes et maintes modifications, je ne peux plus rien pour lui. Je présente mon texte à l'éditeur et nous entreprenons une discussion sur le travail littéraire?.

Mathilde MALNIS (lepetitjournal.com ? Espagne) vendredi 9 mars 2012

lepetitjournal.com barcelone espagne
Publié le 9 mars 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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