INTERVIEW - Dominique A, la pop French Touch

Par Lepetitjournal Barcelone | Publié le 03/06/2005 à 00:00 | Mis à jour le 09/01/2018 à 12:00
Plus d’une dizaine de stars de la pop française se sont succédées la semaine dernière, àla Primavera Sound : Helena Noguerra, Coralie Clément, Bertrand Betsch, Don Nino et Daniel Darc entre autres. Parmi eux, Dominique A, que Lepetitjournal.com a eu la chance de rencontrer le jour du concert

"Ça fait du bien de sortir des murs de l’Hexagone". (Photo : LPJ)

Lepetitjournal.com : Bonjour Dominique A. Vous êtes un fidèle de la Primavera Sound, qu’appréciez-vous dans ce festival ?
Dominique A :
J’adore venir jouer en Espagne parce que les gens ici ont un enthousiasme et une écoute totalement différentes des oreilles françaises. En France, on me serine toujours avec les textes et les paroles. Ici, on me parle surtout de musique ! Ça fait du bien de sortir des murs de l’Hexagone.
En fait, j’ai surtout un bon souvenir de l’an dernier, au milieu du Poble Espagnol, sur les hauteurs de Barcelone. C’était assez impressionnant d’être seul face àtous ces gens. Jouer en solo, c’est plus adaptéaux petits lieux. Et là, avec tous ces gens en face de moi, c’était assez stressant mais un très bon souvenir.
LPJ : Et ce soir, vous jouez en solo ?
D.A :
Ce soir, je joue avec un groupe, ça va être différent, je suis épaulé. Un festival, n’est jamais spécifiquement un bon endroit pour faire de la musique. On est làpour être assez frontal et imposer un peu les choses. Ce n’est pas un lieu oùl’on peut être très fin, il faut que les gens adhèrent. Il faut être offensif. Le fait d’être en groupe me permet de faire un peu plus de musique qu’en solo;on peut l’habiller, lui mettre des falbalas, la maquiller. Je trouve ça plus agréable comme ça.
LPJ : Cette année, il y a une journée entière dédiée àla musique française. De quels artistes contemporains vous sentez vous le plus proche ?
D.A :
Il y a beaucoup de gens avec qui j’ai partagémes premières scènes, comme Bertrand Betsch, Experience, Françoiz Breut bien évidemment, Don Nino et j’en oublie. Ce sont des gens que je connais personnellement, des amis. Daniel Darc, c’était une influence très forte quand j’étais gamin, j’adorais Taxi Girl. Après, j’adore Bashung, Miossec, Katerine. Il y a de nombreuses personnes en France qui font une musique que j’apprécie. C’est agréable de voir qu’il y a du répondant en Espagne depuis une dizaine d’années, il y a un suivi par rapport àcette scène-là. C’est une récompense pour nous parce qu’on a vraiment l’impression que les gens sont avant tout attentifs àla proposition musicale et pas seulement textuelle. En France, on a vraiment ce truc du texte, àtel point que ça en devient lourd. Moi, je suis un mec du texte, mais bon le littéraire…
LPJ : Justement, une question littéraire : êtes-vous autant créatif quand vous écrivez pour d’autres interprètes ?
D.A :
Je n’écris pas beaucoup pour les autres, j’écris surtout pour Françoiz Breut parce qu’on a une histoire personnelle qui fait qu’on se connaît bien. Je l’ai encouragée àfaire de la musique. Comme je la connais très bien, j’avais presque des fantasmes par rapport àsa voix. J’ai cherchéce que je pouvais lui proposer pour qu’elle ait vraiment envie de chanter. Et pour que cela corresponde àce que je connais d’elle. J’avais cette impression que notre entourage voyait Françoiz comme quelqu'un d’assez léger, drôle. Et moi, je connais son côtésombre, c’est ce que j’avais envie de faire ressortir. Mais je n’écris pas souvent pour les autres. Quand on me le demande, je suis embêtési je ne connais pas bien la personne. C’est le cas avec Bashung, pour qui on m’a demandéd’écrire. Je ne l’ai rencontréqu’une fois. J’adore ce qu’il fait, mais je n’y arrive pas, je ne le connais pas assez. J’ai trop ses disques en tête. En fait, je suis en train d’essayer d’écrire comme d’autres ont écrit pour lui, en me faisant une idée préconçue de ce qu’il aimerait entendre. Bref, c’est dur !
LPJ : Comment composez-vous vos chansons? Qu’est-ce qui vient en premier? Le texte ou la musique ?
D.A :
Une fois que le texte est là, c’est gagné. C’est tellement délicat de trouver des histoires intéressantes àraconter. Surtout que si tout va bien, on va les chanter pendant des années. Il faut donc s’intéresser àce qu’on raconte. Une fois que le texte est là, les possibilités musicales sont multiples. En général, je pars plutôt du texte. Si je pars de la musique, il y a 90% de chances pour que cela ne génère pas une bonne chanson. Tandis qu’un bon texte va souvent générer une bonne musique.
LPJ : Que vous apporte la littérature dans votre vie personnelle et artistique ?
D.A :
En toute modestie, je pense avoir une intelligence assez moyenne et si je ne lis pas, j’ai l’impression que tout se vide. C’est une espèce de nourriture qu’il faut trouver en permanence. Ça peut être des bouquins, des bandes dessinés, des romans, n’importe quoi, mais il faut que je lise, c’est compulsif. Ça me sert aussi àécrire mais moi, je ne veux pas écrire autre chose que des chansons.
LPJ : Pourtant, vous êtes l’auteur d’une des nouvelles parues dans le recueil publiéavec votre dernier album.
D.A :
Oui, mais je l’ai fait pour une raison précise. Chaque texte correspondait àune chanson de l’album. Un auteur s’est défausséet le texte allait partir en presse avec un texte en moins. Je trouvais que le projet perdait sa cohérence, donc j’ai écrit un truc vite fait. Les gens de la maison d’édition ont insistépour que je le signe mais je persiste àcroire qu’on aurait mieux fait de prendre un pseudonyme. En tous cas, cela ne m’a pas du tout donnél’envie de m’y recoller ! Pour moi le but, c’est de l’enregistrer, de le mettre en musique, pas de raconter quelque chose àtout prix. Je n’ai pas la volontéde raconter quoi que ce soit sans la musique. S’il n’y a pas un rapport physique aux mots, ça ne m’intéresse pas.
LPJ : Justement, sur scène, vous êtes très physique...
D.A :
Oui, c’est vrai ! Je fais quelques étirements (rires). Ma réponse est un peu facile, mais bon…la véritéc’est que je bois. Je bois un petit coup et si j’ai du stress, je me laisse gagner par lui. Je ne lutte pas contre, parce que c’est la bouffée d’adrénaline qui va générer le concert. Sinon, je ne me prépare pas spécialement. Je ne vais pas m’isoler par exemple, si on me fout la paix deux minutes avant, ça va !
LPJ : Enfin, une dernière question : qu’est ce que vous évoque la musique espagnole ?
D.A :
Je n’y ai pas fait de fortes rencontres musicales. Parfois, j’entends des choses qui me plaisent, Nacho Vegas par exemple, Aroah, Migala aussi, et j’en oublie…Mais pour l’instant aucun groupe de la scène pop espagnole ne m’a directement influencé. En Espagne, ce qui m’a le plus influencé, ce sont les fanfares. C’est sans doute pour cela qu’il y a des cuivres sur ma scène maintenant. Le jour oùj’ai entendu les fanfares espagnoles aux processions de la Semaine Sainte, ça a changéma façon de voir les choses. Leur force, leur côtétrès sombre, ça m’a fait voir les cuivres autrement. En plus, ça m’a ouvert au jazz, àd’autres musiques. Et la musique espagnole a aussi sur moi une influence indirecte, dans les mélodies par exemple.
Propos recueillis par Céline GARAY. (LPJ) 3 juin 2005
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