

À la fois concurrentes et collaboratrices, la Catalogne et l'Ile-de-France sont toutes deux des régions importantes dans leurs pays respectifs, notamment par le poids économique qu'elles y représentent. Voici une analyse de leur situation économique avant et après la crise de 2008, qui permettra de mettre en avant leurs points communs mais aussi les avantages que l'une peut avoir sur l'autre.
(photo CC Marta A.A.) Alors que la reprise de la croissance se perçoit à la fois en Catalogne comme en Ile-de-France, la Chambre de Commerce de Paris a publié une étude sur les effets de la crise sur la situation économique des régions francilienne et catalane, pour percevoir les évolutions, les difficultés mais aussi les efforts réalisés pour revenir à un équilibre. Cette comparaison s'explique par le poids que chacune des deux régions possède au sein de son propre pays. En effet, de par leur activité économique et leur attractivité, l'Ile-de-France comme la Catalogne ont une place de leader. Elles représentent respectivement 18,2% de la population française et 16% de la population espagnole. l'Ile-de-France constitue un tiers du PIB français (30,3%), et la Catalogne un cinquième du PIB espagnol (19%). Toutefois, la région francilienne possède un poids plus fort que son homologue catalane, avec un écart significatif: le PIB s'y élève en effet à 659,8 milliards d'euros en 2015 contre 204,2 milliards d'euros en Catalogne, soit un PIB 2,7 fois supérieur.
L'avant-crise, une période favorable à la Catalogne
Bien que la création de richesses ou encore les investissements en termes de recherche et de développement soient moins importants dans la région catalane que dans la région francilienne (2,9 millions d'euros en 2014 contre 18,4 millions), la Catalogne possède, dans la période 2000-2007, une économie plus dynamique. Ceci s'explique notamment par le fait qu'elle s'appuyait sur des industries traditionnelles (agroalimentaire, automobile, électronique). En ce sens, sur la période évoquée, le PIB catalan a augmenté de 58,2% alors que le PIB dans la région francilienne n'a augmenté que 29,2%, à cause de l'éclatement de la bulle internet, contractant l'activité francilienne de 2,5% en 2003. En Catalogne, l'activité s'est juste freinée, passant de 6,5% en 2002 à 3,4% en 2003, mais la reprise y a été plus rapide. D'autre part, au début des années 2000, l'économie catalane était considérée comme un modèle de développement basé sur une forte croissance économique, et était aussi fortement créatrice d'emplois. Par comparaison, la croissance en Ile-de-France était beaucoup moins vive et la croissance de l'emploi était six fois moins importante que celle du PIB.
La Catalogne plus durablement touchée par la crise
Le modèle économique catalan, basé sur quelques secteurs particuliers, est notamment responsable des effets durables que la crise a eu sur son économie. Dès 2008, elle a en effet subi un choc récessif avec une chute de l'activité économique et un arrêt du PIB (-0,5% en 2008) alors qu'il restait positif en Ile-de-France (+4,2%). L'année suivante, le PIB francilien s'est certes dégradé de 5,2% (- 6% en Catalogne), mais il a connu un rebond dès 2010 alors que le PIB catalan a persisté dans les valeurs négatives, faisant du quasi surplace entre 2009 et 2013. Le redressement est intervenu en 2014, et le PIB a retrouvé son niveau de 2007 en 2015. Ainsi, avec la crise économique, l'Ile-de-France a effacé son déficit de croissance vis-à-vis de la Catalogne.
D'autre part, c'est aussi au niveau du marché de l'emploi que l'on perçoit l'impact différent de la crise sur les deux régions. Si avant la crise, le taux chômage était presque identique dans les deux régions (6,5% en Catalogne en 2007, 6,3% en Ile-de-France en 2008), le marché du travail s'est fortement dégradé dans la région catalane dès le début de la crise. En 2009, le taux de chômage était ainsi de 16,2% et a même atteint, suite à l'effondrement du BTP, 23,1% en 2013. Dans la région francilienne, il a aussi augmenté (8,9% en 2015) mais dans des proportions beaucoup moins importantes. De même, le repli est intervenu plus tard qu'en France. Ainsi, si en Ile-de-France, l'inflexion a été moins importante qu'en Catalogne, il faut rappeler que le taux de chômage y a toujours été moins important. Après la crise, l'écart concernant le marché du travail s'est donc agrandi entre les deux régions.
Des régions attractives
Quoi qu'il en soit, la Catalogne comme l'Ile-de-France sont des zones qui intéressent les investisseurs. Si la région francilienne reste avec le Grand Londres leurs espaces privilégiés, Barcelone et la Catalogne font figure d'outsiders. En effet, elle occupe la troisième place européenne pour les investissements "greenfield" derrière Londres et Paris mais devant Amsterdam, et a été classée neuvième par le numéro 2017 du Global cities investment monitor des métropoles mondiales pour l'implantation des investissements internationaux sur la période septembre 2015 à septembre 2016. Toutefois, concernant l'attractivité pour les entreprises suite au Brexit, elle reste largement inférieure par rapport à Paris mais aussi à Madrid.
Les deux régions sont également l'une comme l'autre des destinations touristiques de premier choix, notamment grâce a leurs infrastructures. L'aéroport de Barcelone El Prat a connu un grosse croissance de son activité, passant de moins de 20 millions de passagers en 2000 à 44 millions en 2016, dus notamment à la création d'un nouveau terminal en 2009. Il dépasse l'aéroport d'Orly (31,2 millions de passagers), mais reste bien derrière Roissy - Charles de Gaulle (65,9 millions). La crise économique a très légèrement ralenti la croissance du secteur touristique mais il a rapidement rebondi. En 2016, le nombre de nuitées dans les hôtels en Catalogne était de 55,3 millions, moins que les 61,5 millions en Ile-de-France. Toutefois, on assiste à une légère baisse ces derniers temps, notamment à cause des attentats de Paris. Cette attractivité se perçoit aussi sous l'angle du tourisme d'affaires puisque Barcelone s'est dotée, aux côtés des infrastructures de transports, d'un parc d'exposition de 240.000 mètres carrés qui vient s'ajouter à la zone près de Montjuïc de 92.000 mètres carrés lui permettant d'accueillir des événements d'envergure européenne et internationale. Petit avantage à la Catalogne pour l'accueil d'événements mondiaux, notamment les Jeux Olympiques en 1992. Gageons qu'elle pourra donner quelques conseils à la France qui souhaite accueillir les prochains Jeux d'été en 2024.
Clémentine COUZI (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 22 mai 2017
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