Édition internationale

DR PIERRE NICOLAU - "La fontaine de Jouvence n'existe pas"

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 17 juin 2015

Le docteur Pierre Nicolau est chirurgien plastique et esthétique. Spécialiste des mécanismes profonds du vieillissement, il alerte sur la méconnaissance au sujet des injections et de leurs conséquences. Lors d'un colloque donné à Barcelone la semaine dernière, il expliquait qu'il est possible d'aider des personnes qui ne sont pas à l'aise avec leur image sans pour autant détruire des visages comme cela a parfois été constaté. 

 

Le docteur Pierre Nicolau a pratiqué dans des hôpitaux de Londres et de Houston après ses études de médecine. Expert en chirurgie réparatrice, il a traité les cas les plus graves d'interventions esthétiques dans les services de soins aux grands brûlés et auprès de personnes atteintes de cancers du sein et de la peau. Il s'est ensuite dédié au traitement des séquelles esthétiques liées aux pertes de poids massives dans le cas d'obésité morbide. Aujourd'hui référence mondiale dans le domaine des produits injectables, il forme les médecins à ses techniques partout dans le monde. Il est également conférencier et s'investit dans des études sur les nouvelles techniques de comblement

"Le geste technique n'est qu'une partie du traitement"

Pour le docteur Nicolau, une opération de chirurgie esthétique ne se résume pas au simple fait de s'allonger sur une table d'opération. "Le geste technique n'est qu'une partie du traitement" explique-t-il. La prise en charge d'un patient nécessite un accompagnement personnalisé pré et post-opératoire. Cela débute par un dialogue avec le patient afin de comprendre ses problèmes et ses souhaits. Il est indispensable de prendre le temps de l'interroger sur son passé médical et ses éventuelles allergies, car les contre indications sont rares mais elles existent. Il déplore le résultat d'une enquête menée par l'Académie américaine des chirurgiens plastique, révélatrice du manque d'attention aux personnes traitées : 95 % des patientes déclareraient préférer les traitements de 2 ans environ, alors que 82% des médecins affirment que leurs patientes veulent un traitement de courte durée. En plus d'une profonde connaissance technique, le suivi et le respect des besoins du sujet sont la clé d'une intervention réussie. "Mes patientes reviennent parce qu'elles sont contentes et veulent faire autre chose, mais elles ne reviennent pas parce qu'elles y sont obligées suite à des problèmes", assure-t-il.

"On perd 1% par an de la graisse de notre visage"

Pour pouvoir réaliser des traitements efficaces et surtout éviter les erreurs, il faut comprendre comment fonctionne le mécanisme de vieillissement. Notre peau est constituée de plusieurs couches qui ont chacune un rôle. La cape supérieure est l'hypoderme: il s'agit d'une couche de graisse qui nourrit et hydrate la peau. En réalité la peau ne bouge pas ou très peu au cours des années. En revanche, les muscles se rétractent et la graisse du visage glisse peu à peu vers le bas. "On perd 1% par an du volume de la graisse faciale à partir de 38 ans".  Les ligaments stoppent la graisse qui tombe, ce qui explique les changements d'aspect du visage au fil du temps et l'apparition de sorte de poches. Autour de la bouche par exemple, les deux grandes marques verticales qui apparaissent ne sont pas des rides mais des tendons, il donc impossible des les effacer avec des crèmes anti-âge. 

Des interventions responsables et réfléchies

Toute opération va engendrer une réaction inflammatoire, quel que soit le produit injecté. La réponse est positive dans ce cas là, car la fibrose provoquée signifie que la cicatrisation est en cours. En revanche, l'injection d'un produit mal adapté ou dans des mauvaises proportions peut entraîner des résultats dramatiques. En glissant avec le vieillissement, les graisses emportent les produits injectés qui se seraient mal dilués et forment ainsi des boules et des amassements disgracieux. Pierre Nicolau essaie de toujours proposer une solution satisfaisante pour le patient. Néanmoins, il avertit qu'il y a "des contraintes anatomiques qu'il faut savoir respecter pour éviter les catastrophes".  Il refusera donc de réaliser des interventions qu'il considère excessives. Le corps a un équilibre esthétique et physiologique qu'il faut prendre en considération. La médecine et la technologie avancent à grands pas, mais le chirurgien affirme qu'il faut être conscient d'une réalité : "la fontaine de jouvence n'existe pas".

Autant d'interventions différentes que de femmes

Le chirurgien explique que chaque femme est unique et a besoin d'un traitement personnalisé. On ne peut pas standardiser les interventions. "Il existe par exemple 15 méthodes différentes pour une diminution mammaire" selon l'expert. C'est la même chose pour les produits. D'autant plus que certaines techniques peuvent stimuler et améliorer la qualité de la peau dans le cas de peaux réactives ou aux besoins spécifiques. Pour les injections dans les lèvres par exemple, Pierre Nicolau a vu des femmes arriver dans des états catastrophiques, les lèvres gonflées par des produits qui se sont mal dilués. "Il faut arrêter de mettre beaucoup de volume. Avec très peu de produit (<1ml) on peut avoir de très bons résultats". Chaque cas nécessite donc une intervention différente et une technique adaptée. On peut utiliser des fils tenseurs pour repositionner les graisses qui ont glissé. Il existe aussi la biostimulation par micro-injections, qui permet de stimuler la création naturelle de collagène, et efficace pour la "ride du fumeur" de la lèvre par exemple. Le docteur Nicolau reconnaît que l'acide hyaluronique est "une molécule formidable, car elle est extrêmement chargée en eau". Il explique en revanche que le bottox est une toxine qui paralyse les muscles de manière irréversible. Beaucoup moins rassurant.

Perrine LAFFON (lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 17 juin 2015

 

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Publié le 16 juin 2015, mis à jour le 17 juin 2015
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