Édition internationale

DETOURNEMENT DU RHÔNE VERS L’ESPAGNE – Le projet hydraulique controversé reprend son cours

Écrit par Lepetitjournal Barcelone
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 avril 2014

Le projet Rhône-Barcelone, au c?ur d'une politique hydraulique pensée et suspendue dans les années 90, est remis sur la table par la Generalitat en ce début d'année. Ce dessein politique lie un projet régional environnemental et des intérêts privés des deux côtés de la frontière.

(Photo tirée du domaine public)

Si le 4 avril dernier, le cabinet du ministre de l'Agriculture espagnol affirmait ne pas entretenir de relations avec le gouvernement français concernant le projet hydraulique catalan, la Generalitat rappelle son intérêt à ce propos.

Des critiques d'une politique bien indécise ...
Entreprise dans les années 90, la politique hydraulique de la Generalitat qui a pour but de subvenir aux besoins de la région et capitale catalane pourrait s'incarner par deux ouvrages bien différents : l'un serait terrestre alors que l'autre pourrait être maritime. Le premier détournement du Rhône s'illustrerait par la construction d'un immense aqueduc de 320km à partir de Montpellier, parcourant les Pyrénées pour atteindre la ville de Cardedeu, au nord de Barcelone. Tandis que le second projet devrait être un pipeline marin de 150km de long à 25 mètres de profondeur, captant l'eau du Rhône avant qu'elle ne se jette dans la Méditerranée, pour l'amener aux portes de Llançà, de l'autre côté des Pyrénées. Si l'investissement du premier projet s'élèverait à hauteur de 1,27 milliard d'euros, et celui du second couterait 800 millions, selon El Pais, la véritable problématique de cette politique environnementale est sa rentabilité.

Pour que le projet de transfert des eaux du fleuve français soit rentable, il faudrait que la métropole barcelonaise consomme le double de son débit actuel, soit 100 hectomètre cubes par an.  Alors que Madrid pensait avoir répondu aux attentes d'approvisionnement en eau de la côte méditerranéenne en lançant une vaste programme de développement à l'exemple de l'ouverture d'usines de dessalement comme celle du Prat de Llobregat en 2009, Artur Mas relançait de nouveau le sujet lors du sommet de l'Eurorégion Pyréenées-Méditerranée en février 2012. D'autant plus, qu'une étude réalisée par l'Université Polytechnique de Catalogne et l'Université de Barcelone estime que le coût de la dessalinisation est démesuré. Si le dessalement de l'eau revient à 0,40 ? le mètre cube, il reviendrait à 0,22 ? acheminé depuis le Rhône par voie maritime, et de 0,85 ? par voie terrestre.

? et des intentions financières
La gestion de l'eau a un caractère politique incarné par le conflit entre Madrid et Barcelone mais aussi économique, avec des critiques portant sur la marchandisation de l'eau. Si la Generalitat soutient ce projet hydraulique, les avis divergent, principalement au sujet des enjeux économiques que ce projet soulève. Du côté espagnol, les Ecologistas en Acción estiment le projet hydraulique extrêmement couteux, d'autant plus que les problèmes de sècheresse des années 2006 - 2009 ont, selon eux, été résolus 2 ans plus tard avec l'application du Plan hydraulique catalan. Mais surtout, pour les mêmes écologistes, la Vanguardia rapporte que "cette opération faciliterait la commercialisation par les firmes internationales d'un droit de l'homme, comme l'est l'eau".

Du côté français et dans les années 90, les critiques autour de la marchandisation de l'eau et de la présence française autour du projet catalan ont eu lieu d'être : du fait de la détention par la SAUR -filiale de Bouygues- de 49% du capital de la société française d'Aménagement Régional du Bas Rhône Languedoc (BRL) impliquée dans le projet. Pour autant et désormais son capital est principalement public ? 47,08%-, avec en 2011 le rachat de sa participation par la Région Languedoc-Roussillon. Sachant que l'entreprise de gestion hydraulique BRL est détentrice pour 75 ans d'un droit de prélèvement du Rhône en amont du Delta depuis 1956, en cas d'accord entre les deux Etats frontaliers, les deniers espagnols devraient entrer dans la poche de l'Etat français. Pour autant, Bruxelles sera toujours la dernière entité à trancher.

Léa JOURDAN (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 23 avril 2014
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Publié le 22 avril 2014, mis à jour le 23 avril 2014
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