

Le vernissage de l'exposition "l'Album en rebonds" a eu lieu hier soir à l'Institut français de Barcelone. Une manière de découvrir l'évolution de l'album illustré sur les 30 dernières années, pour les plus petits comme les plus grands. Mais aussi d'écouter des conférences et tables rondes autour d'un thème central l'Album jeunesse. Rencontre avec Pascal Humbert, le commissaire de cette exposition.
(Crédit image du Diptyque Xap! Philippe Corentin © Corimbo editorial, Barcelona 2000 + Photo commissaire Pascal Humbert)
Graphiste de formation et métier, ce spécialiste en album pour la jeunesse, est commissaire cette exposition itinérante qui reste à l'Institut français de Barcelone pour un mois. L'exposition "L'Album en rebonds" appelle à établir un jeu entre l'adulte et l'enfant : en effet, si l'adulte accompagne l'enfant dans la lecture des panneaux, l'enfant quant à lui peut regarder et toucher les livres. Parce que l'exposition est enrichie d'une sélection de livres en français mais aussi dans des langues du monde entier, elle tend à croiser la culture française et espagnole, voire à faire un pont vers les Amériques. Ainsi vous pouvez découvrir une sélection de livres illustrés d'éditeurs catalans, espagnols et ibéro-américains. Pour avoir plus d'informations sur les conférences et les tables rondes, lepetitjournal.com vous donne rendez-vous sur le site internet de l'Institut français de Barcelone.
Lepetitjournal.com : Quelques mots pour définir "l'Album en rebonds" ?
Pascal Humbert : "L'Album en rebonds" est une exposition qui vient de France et qui a été commanditée par l'association toulousaine "Lire et faire lire". Cette association qui a une dizaine années d'existence et qui a été créée par les écrivains Pascal Guénée et Alexandre Jardin à Paris, a la particularité de mettre en relation les personnes retraitées avec les enfants, et donc de profiter du temps libre de ces personnes, afin qu'elles se rendent dans les écoles et les bibliothèques pour lire aux enfants. Non pas lire dans un format de l'ordre du conte avec un groupe d'enfants, mais lire comme un grand-père ou une grand-mère le ferait avec un ou deux enfants autour de lui. Cette lecture est uniquement centrée sur le plaisir, c'est-à-dire que seulement les adultes lisent, et non pas les enfants, aussi il n'y a pas d'examens. C'est donc prendre du plaisir à écouter des histoires, pour les enfants qui parfois n'ont pas la possibilité d'avoir cette relation à la maison, parce que les parents travaillent, et n'ont pas le temps. Et donc cette exposition a été proposée à "Lire et faire lire" dans un premier temps pour un usage interne, afin de former les retraités avant de les envoyer sur le terrain. L'idée de l'exposition est de faire un panorama de l'album contemporain pour montrer ces différentes branches, ses évolutions, et les grands créateurs qui ont formé le genre en France comme à l'étranger. Ainsi "l'Album en rebonds" est une exposition grand public qui se divise en 10 parties thématiques et qui a été conçue comme un apéritif pour donner envie aux gens d'aller plus loin.
Comment cette formation interne est passée à l'externe ?
Elle avait été déjà conçue dans le double objectif de l'usage interne et externe, elle peut toucher le grand public mais un public spécialisé d'illustrateurs, d'auteurs et éditeurs peut aussi y trouver un intérêt. Cette exposition est présente pour la première fois à l'étranger, et à à Barcelone, il y a des livres à manipuler physiquement : ces livres présentés sont en français mais aussi en catalan ou en castillan.
De nos jours, qu'est ce qui différencie l'album jeunesse français de l'espagnol ?
La différence est plutôt dans l'aspect plastique et visuel, c'est-à-dire que certains livres ici (Barcelone) font un peu peur parce qu'ils s'éloignent trop des codes visuels de ce qu'un adulte attend pour un livre pour enfant.
"L'Album illustré" s'adresse à quelle catégorie d'âge ?
On parle justement d'album illustré pour ne pas donner une notion d'âge, même si parfois ce sont des livres jeunesses, et dans jeunesse on englobe les bébés, les enfants, les pré-adolescents, adolescents mais aussi après. L'album illustré n'est pas qu'un livre jeunesse, c'est exactement comme lorsque vous lisez "Alice au pays des merveilles" enfant, quand vous le relisez à 20, 30 ou 50 ans : vous avez un plaisir renouvelé. "Alice au pays des merveilles" n'est pas qu'un livre jeunesse, c'est un livre qu'on peut aimer en tant qu'adulte, comme on peut continuer à lire des livres sans texte en étant adulte.
Quelles évolutions a subi l'album illustré de 1945 à nos jours ?
Il y a eu plusieurs évolutions : une première évolution formelle, c'est-à-dire que petit à petit à la fois pour des raisons de culture visuelle et de technique, les textes et les images se sont de plus en plus imbriqués. A l'époque, cela posait des problèmes techniques, mais de nos jours avec l'arrivée de l'informatique ce n'en est plus un. Du coup, aujourd'hui les créateurs choisissent comment gérer texte et image. Mais aussi une évolution de la technique visuelle, c'est-à-dire que la présence des images depuis l'après guerre a complètement augmenté. L'après guerre est une période de pénurie, il n'y a pas de papier, on imprime des journaux nationaux sur des 4-8 pages, donc forcément le livre jeunesse n'est pas la priorité. Aussi les livres sont imprimés sur des mauvais papiers, les techniques d'impression sont très rudimentaires, et on utilise une seule couleur. Petit à petit avec les 30 glorieuses, on récupère une possibilité d'imprimer, du coup la qualité d'impression augmente. Il y a aussi une évolution liée aux sociétés, à l'exemple de l'énorme changement dans les années 70, après 1968 : les personnes remettent en question les fondements pédagogiques. Il faut dire que l'évolution du livre jeunesse a toujours suivi l'évolution des sociétés et de la pédagogie et lorsqu'il il y a eu des grandes révolutions pédagogiques, il y a également eu de grands tournants dans le livre jeunesse, de manière quasi systématique. Donc pendant les années 70, plein de choses ont changé les auteurs ont éliminé la morale qui restait dans le livre jeunesse et venait de l'histoire religieuse.
En général, le livre jeunesse était un livre un petit peu d'éducation morale, qui montrait aux enfants l'exemple à ne pas suivre, comme "Les malheurs de Sophie" ou encore "Pinocchio". Après 1970, les auteurs déconstruisent leurs histoires, veulent donner du protagonisme au lecteur et font plus ou moins des expériences concluantes. Plus récemment avec l'arrivée des nouveaux médias, du travail des images retouchées, les illustrateurs changent de technique, passent de la peinture à l'informatique, reviennent au photomontage. Tout devient transgenre et communique. L'arrivée du numérique et donc des tablettes est encore en devenir, parce qu'il y a des expériences qui ne sont pas très concluantes. Je ne pense pas que les nouveaux médias vont chasser les anciens, on écoute toujours la radio à l'heure de la télévision, du cinéma et d'Internet, ça sera le cas pour le livre jeunesse parce qu'il n'est pas cher, il marche sans pile, on le met dans la poche, on le retrouve dans 10 ans et il fonctionne toujours.
"L'Album en rebonds" a été inauguré ce jeudi 8 mai à l'IFB : Vous pouvez nous détailler la programmation ?
L'exposition reste un mois à Barcelone et chaque semaine est organisée une conférence suivie d'une table ronde le mercredi ou le jeudi. Le jeudi 8 mai, on reçoit Brigitte Morel, éditrice de la maison parisienne "Les Grandes personnes", pour une conférence sur l'album jeunesse, des deux côtés des Pyrénées... et au-delà, sont invités à la table ronde des libraires spécialistes jeunesse à Barcelone, la librairie Casa Anita sur Gracià et Abracadabra à Santa Caterina. La semaine suivante, le mercredi 14 sera destiné aux textes avec une double conférence à partir de 19h30, qui s'appelle "L'écrivain illustré"? et traduit par l'écrivain espagnol Carlos Grassa Toro, qui a vécu en France et en Colombie, et a l'expérience d'écrire des textes pour des illustrateurs. La seconde partie est menée par Pau Joan Hernàndez, un traducteur catalan qui traduit des livres de littérature blanche et des livres pour enfants depuis le français, le basque, le galicien vers le catalan. La troisième journée (jeudi 22 mai, 19h30) est consacrée à l'image avec un illustrateur et peintre plasticien invité, Michel Galvin sur le thème "l'illustrateur, le peintre et le diable". La dernière journée (le mercredi 28 mai, à 19h30) est un clin d'oeil à l'exposition, "un regard sur 30 ans d'évolution de l'Album illustré" avec une conférence de Sophie Van der Linden, spécialiste de l'album et rédactrice en chef de la revue bilingue "Hors Cadre".
Léa JOURDAN (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 9 mai 2014
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