Quand Mr Condom développe l’esprit critique dans les campagnes

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 30/09/2013 à 22:00 | Mis à jour le 28/09/2022 à 04:39
Photo : courtoisie - Mechai Viravaidya: pourvoyeur d'armes de protection massive et promoteur de l'esprit critique en Thaïlande
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Après avoir consacré 40 ans à réduire de manière drastique le taux de natalité et à combattre le sida en Thaïlande, Mechai Viravaidya, dont le prénom est devenu synonyme de "préservatif", a lancé en 2008 un concept d'école tout à fait particulier pour former dans les campagnes des entrepreneurs philanthropes. Il sera l'un des invités de la soirée de Gala de la FTCC, dont une partie des bénéfices ira à ce fameux projet, la "Bamboo School"

S'il existe des voies menant à la croissance qui évitent un tant soit peu de ruiner l'environnement, corrompre ou abuser d'autrui, Mechai Viravaidya fait partie de ces personnes qui ont la foi et consacrent leur vie à explorer ces chemins vertueux, pour dresser la carte d'un monde meilleur à l'écart des autoroutes de la facilité.

Après avoir sensibilisé avec succès les Thaïlandais à la contraception puis mené une remarquable campagne de prévention contre le SIDA (voir encadré), ce Thaïlandais de mère Ecossaise, connu sous le sobriquet de Mr Condom, s'attaque depuis 5 ans à l'éducation au sens le plus large qui soit, avec la Mechai Pattana School ou Bamboo School.

Cette école, créée en 2008 par la Fondation Mechai Viravaidya, permet à des enfants défavorisés d'avoir un accès à l'éducation. Elle propose un système adapté aux enfants de milieux ruraux et se concentre davantage sur leur développement personnel. L'école veut développer chez ses élèves l'esprit d'analyse et la créativité, contrairement au système éducatif thaïlandais qui est plus concentré sur les connaissances littéraires et scientifiques.

Pour Mechai, le principal problème du système éducatif en Thaïlande est la mémorisation. "Les enfants devraient apprendre à analyser et non à apprendre par c?ur sans réfléchir", dit-il. "Dans mon école, les élèves apprennent à penser hors du cadre conventionnel, pour être capable d'entrevoir des perspectives nouvelles et donc s'adapter rapidement". C'est d'ailleurs cette facilité du contrepied face aux dogmes et autres idées préconçues qui caractérise la personnalité et l'action d'ensemble de Mechai.

Le plus grand dome en bambou du monde
Le plus grand dome en bambou du monde (Photo courtoisie)

Un hub pour l'émancipation économique et sociale

La Bamboo School s'inscrit dans le projet de l'ONG Population & Community Development Association (PDA) qui oeuvre dans le but d'éradiquer la pauvreté. Cette école, construite en bambou selon les plans audacieux d'un architecte singapourien, est située à Buriram et accueille en premier lieu des adolescents, une soixantaine aujourd'hui.

Mais le complexe se veut être un vrai centre communautaire d'apprentissage ouvert à tous et destiné à donner aux habitants des zones rurales les moyens de maitriser leur destin : "c'est un hub pour l'émancipation économique et sociale", indique Mechai. Les adultes peuvent venir demander à apprendre une matière en particulier et suivre des cours particuliers.

L'esprit d'entreprise solution des pauvres

Bamboo School a pour mission de former, parmi les gens des campagnes, des entrepreneurs créatifs, autonomes intellectuellement et humainement responsables, qui devront contribuer, tout en assurant leur propre prospérité, à renforcer leur communauté. "Il n'y a qu'un chemin pour sortir de la pauvreté", nous dit Mechai. "Ce n'est pas grâce à la charité ni à la religion, mais grâce à l'esprit d'entreprise", explique-t-il, soulignant que "les pauvres sont pauvres le plus souvent parce qu'ils ne savent pas comment gérer une affaire".

Photo d'un projet de recyclage du plastique chez des enfants defavorises de Thailande

Mais il ajoute aussi qu'une bonne éducation ne saurait se limiter au seul apprentissage de matières telles que l'histoire, les mathématiques, ou la littérature. Développer l'intellect et inculquer des connaissances oui, mais pas sans une certaine dose de sens moral et d'esprit de partage. "Il s'agit de former de bons citoyens plutôt que de simples individus intelligents", dit-il, estimant "que trop souvent les gens intelligents deviennent des escrocs".

Impliquer les élèves pour en faire des adultes responsables

Accessible à partir du grade 7 (qui correspond à la 5ème en France), la Bamboo School contraste pour le moins avec les écoles du système d'éducation traditionnel thaïlandais. L'école commence à 8 heures et, aussitôt après la pause-déjeuner, on enfile bottes et on se retrousse les manches pour s'adonner à l'agriculture, au jardinage, et autres travaux pratiques. Les activités y sont multiples : intellectuelles, pratiques, ludiques, sociales, civiques, etc. Et elles dépassent largement le cadre de l'école traditionnelle.

Au-delà des matières classiques, les jeunes sont par exemple invités à tabler sur des problématiques de la vie qu'ils devront résoudre avec les moyens du bord. Par exemple, comment une personne en fauteuil roulant peut-elle vivre de l'agriculture à Buriram ? En créant une "wheelchair farm" ! Les adolescents développent ainsi leurs propres projets et sont récompensés par l'expérience acquise et la fierté d'avoir lancé eux-mêmes une entreprise qui ne demande qu'à fleurir.

Une élève expérimente le jardinage dans une chaise roulante à la wheelchair farm
Une élève expérimente le jardinage dans une chaise roulante à la wheelchair farm (Photo courtoisie)

De la même manière, ils sont aussi amenés à s'impliquer dans la vie de leur village, et doivent aider à résoudre certains problèmes comme le recyclage des déchets, ou l'amélioration des espaces verts.

Les élèves participent aussi à la sélection et à l'évaluation de leurs professeurs et des nouveaux élèves, et ils ont un regard sur le budget de l'école.

Il s'agit aussi de développer une véritable interaction entre tous les acteurs de l'école et même au-delà. Et surtout, on fait prendre conscience que tout le monde a un rôle à jouer chacun à son niveau pour le bien de tous et qu'il faut jouer de préférence en équipe, collectivement.

Responsabilisation, collégialité, égalité des sexes, transparence, respect des inégalités, la Bamboo School entend inculquer aux jeunes un certain nombre de notions fondamentales, en passant toujours par la pratique.

L'école ferme durant les périodes de plantation et de récolte du riz afin de permettre aux étudiants d'y participer. La semaine scolaire est du jeudi au lundi afin d'avoir des intervenants extérieurs durant les week-ends.

Tous les membres de la communauté

La Bamboo School est accessible sans avoir à débourser un satang. Mais elle n'est pas gratuite ! Une nuance importante qui s'inscrit dans l'idée de former des citoyens responsables. A la Mechai Pattana School, les élèves et leurs familles doivent donc s'acquitter de certaines tâches d'intérêt général comme planter des arbres ou consacrer un certain nombre d'heures à rendre des services à la communauté.

Bamboo School est financée en partie par la famille de Mechai, les dons et les entreprises satellites telles que les fameux Cabbage&Condoms, (Cabbage&Condoms de Bangkok, resort Birds&Bees à Pattaya, Cabbage&Condoms de Khao Yai), ou encore Business for Rural Education and Development (BREAD) qui vend les produits issus de PDA. Mechai fait appel au secteur privé pour lever des fonds, mais aussi pour mettre en place des collaborations en vue de permettre aux étudiants d'intégrer des entreprises. "Les entreprises peuvent aussi participer au projet en nous aidant à trouver des activités viables à développer, par du travail marketing, de fabrication".

Une partie des fonds récoltés lors de la soirée de gala de la Chambre de commerce qui aura lieu le 1er octobre à l'Hôtel Grand Hyatt Erawan, sera reversée à la fondation Mechai Viravaidya et plus particulièrement au projet "Bamboo school expansion". Des enfants viendront sur scène pour parler de leur école, ils joueront une chanson française au Ukulele et offriront des cadeaux aux sponsors.

Pour en savoir plus sur la Bamboo school cliquez ici 

REMERCIEMENTS: La Chambre de commerce Franco-Thai, partenaire de Lepetitjournal.com Bangkok, tient à remercier ses généreux sponsors pour leur soutien dans l'organisation de cette soirée de gala.

Pierre QUEFFELEC & Camille GAZEAU mardi 1er octobre 2013

Mechai Viravaidya: pourvoyeur d'armes de protection massive

Mechai Viravaidya est né en 1941 en Thaïlande, d'une mère écossaise et d'un père thaïlandais, tous deux médecins. Il est marié à Thanpuying Putrie Viravaidya, secrétaire principale adjointe du Roi Bhumibol, et père d'une fille qui lui a fait deux petits-enfants.

A son retour d'Australie en 1964 avec un diplôme d'économie en poche, Mechai Viravaidya travaille pour le compte du gouvernement au planning familial. Il démissionne pour fonder en 1974 Population and Community Development Association (PDA) qui se donne pour objectif de ralentir la croissance de la population en Thaïlande (3% de croissance par an à l'époque) qui devait selon lui contribuer à l'éradication de la pauvreté.

Il s'agissait de sensibiliser les Thaïlandais, surtout les plus défavorisés, à l'importance de contrôler la natalité tout en proposant des moyens de contraception adéquats, préservatifs et pilules en tête. Là où d'aucuns auraient désigné les médecins comme prescripteurs incontournables, Mechai, faute de docteurs en nombre suffisant, a mobilisé toutes sortes de relais de proximité tels que les infirmières, professeurs, enseignants, motosaïs, taxis, etc. Il a même obtenu de policiers qu'ils distribuent des préservatifs avec leurs contraventions, de vendeuses de nouilles qu'elles fassent passer la pilule avec leur Kwae-Tiaw le long des klongs. Il a même osé faire bénir par des moines, devant les caméras, préservatifs, boites de pilules contraceptives et autres supports de sa campagne de sensibilisation. Contre le conservatisme ambiant, Mechai a ainsi su captiver et convaincre les Thaïlandais avec beaucoup d'ingéniosité et d'humour. Faire rire, surprendre, et surtout montrer et démontrer plutôt que parler. Résultat, en dix ans le taux de natalité a été divisé par deux ! En 2003 il était descendu à 0,5%.

Puis, l'annonce en 1984 du premier décès officiel causé par le Sida en Thaïlande, relance Mechai dans une nouvelle croisade. PDA est la première organisation à tirer la sonnette d'alarme sur les risques d'une épidémie. Mais les autorités à l'époque font la sourde oreille, préférant préserver l'attractivité du pays du sourire alors que le tourisme prend son essor. Mechai se fait donc clouer le bec. Ni une ni deux, il va voir les militaires qui contrôlent alors la majorité des radios et télévisions. Ils lui donnent le feu vert, il lance alors sa campagne. Quelques années plus tard, le gouvernement d'Anand Panyarachun, arrivé à la faveur du coup d'état de 1991, nomme Mechai ministre du tourisme, de l'information,? et du Sida. Sur les starting blocks, Mechai met en place sans attendre un vaste programme en reprenant les mêmes méthodes que pour le contrôle des naissances, avec quelques adaptations. Cet important programme de prévention aboutira à un déclin de 90% des nouvelles infections selon ONUSIDA. La Banque Mondiale estimera à environ 7,7 millions le nombre de vies sauvées en 12 ans grâce à ce programme qui est érigé en modèle à l'échelle internationale.

Ces deux croisades menées à disséminer ce qu'il appelle "des armes de protection massive" ont valu à Mechai d'être surnommé Mr Condom. Les Thaïlandais appellent même parfois les préservatifs "mechais".

PDA est aujourd'hui l'ONG la plus importante de Thaïlande avec des antennes un peu partout dans le pays, 600 employés et 12.000 bénévoles. L'ONG oeuvre également pour le développement de systèmes de santé dans les zones rurales et développe des programmes de microcrédit. Mechai a notamment été récompensé en 2007 par la "Bill and Melinda Gates Foundation" pour son travail pionnier en matière de planning familial et sa lutte pour la prévention du SIDA. Ce prix a rapporté 1 millions de dollars à PDA. Il a été également nommé par le Times comme faisant partie des 60 personnalités asiatiques les plus influents dans leur région.

Voir aussi Mechai Viravaidya sur TED

 

1 Commentaire (s) Réagir
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Nick dim 06/05/2018 - 03:59

Un grand monsieur !

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