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La récession guette la Thaïlande

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 30/04/2014 à 22:00 | Mis à jour le 14/08/2019 à 04:54
Economie thailande

Alors que la date des nouvelles élections a été annoncée pour le 20 juillet, de nombreux indicateurs économiques pointent l'urgence de trouver une issue pacifique et surtout qu'un gouvernement soit nommé d'ici le troisième trimestre. Sans quoi la Thaïlande risque tout simplement d'entrer en récession d'ici la fin de l'année

Avec la crise politique qui s'enlise, un certain nombre d'indicateurs économiques clé ont flanché au premier trimestre. Consommation des ménages, investissement privé, production industrielle, sont en déclin, ainsi que les exportations qui constituent les deux tiers du PIB.

La Siam Commercial Bank (SCB) et le centre de recherches de la banque Kasikorn, KResearch, ont prévenu ces jours-ci que la Thaïlande pourrait entrer en récession avant la fin 2014 si un gouvernement n'est pas formé d'ici le troisième trimestre. Un constat qui rejoint ceux effectués plus tôt par la Banque de Thaïlande et le Comité national pour le développement économique et social (NESDB). Ce dernier estime que l'économie thaïlandaise a le potentiel pour atteindre une croissance de 3 à 4%, mais fait face à des facteurs de risques tels que le prolongement de la crise politique et la sécheresse qui affecte les deux-tiers du pays depuis plusieurs mois.

"En l'absence de perspectives de sortie de crise, la perte de confiance des investisseurs et des consommateurs influent négativement sur deux des moteurs de la croissance que sont  l'investissement privé et la consommation", indiquait le chef du service économique de l'ambassade de France en Thaïlande, François Petit dans une note publiée à la mi-avril sur le site du ministère français des Finances.

Selon la vice-présidente de la SCB, Sutapa Amornvivat, mercredi, si un gouvernement n'est pas formé d'ici le troisième trimestre, les décaissements au titre du budget seront reportés, entrainant une baisse de l'investissement public de 6,6%, une baisse de la consommation des ménages de 0,5% et un déclin des investissements privés de 2,8%.

La SCB a revu ses prévisions de croissance pour 2014 à la baisse à 1,6 % contre 2,4 % précédemment.

Recul des exportations, détour des investisseurs étrangers

En mars, la fréquentation touristique affichait une baisse de 9% par rapport à 2013. Le ministère du Commerce a annoncé lundi que les objectifs d'exportations devraient probablement être revus à la baisse pour passer de 5% à 3 voire 2%, en raison de la crise politique. Un affaiblissement significatif qui intervient malgré la baisse du baht et la reprise mondiale, et affectera inévitablement le taux de croissance de 2014.

Selon le centre KResearch, les promesses d'investissements émanant de l'étranger afficheraient une baisse de 43% sur les deux premiers mois de l'année. Les projets d'investissement des japonais, premiers investisseurs dans le royaume, ont chuté de 63%.

La firme de courtage Nomura observe par ailleurs que les étrangers ont beaucoup vendu d'actions thaïlandaises ces derniers mois pour se tourner vers des marchés tels que l'Indonésie ou encore les Philippines jugés plus porteurs.
Lundi, le doyen de la faculté d'économie de l'université Rangsit, Anusorn Thammajai, estimait que les turbulences politiques et l'incertitude qui en découle avaient couté à la Thaïlande plus de 500 milliards de bahts (environ 11 milliards d'euros) en termes de pertes d'opportunités d'affaires.

Moral des industriels en berne, hausse du chômage en perspective

Les ventes automobiles ont, elles, chuté de 46,7% en mars par rapport à la même période en 2013, une baisse impressionnante, même si une partie est imputable à la fin du programme d'incitation à l'achat de voitures neuves engagé en 2012 pour relancer la confiance des industriels après les inondations historiques de 2011.

De fait, sur les deux premiers mois de 2014, l'industrie automobile thaïlandaise a produit 27,7% de véhicule en moins par rapport à la même période en 2013. Une tendance pressentie pour durer sur le reste de l'année, et qui pourrait faire perdre à la Thaïlande sa neuvième place au classement mondial des constructeurs automobile.

D'une manière générale, l'indice de confiance des industries thaïlandaises est tombé en février à son plus bas niveau depuis 57 mois.

"Si au début de la crise les milieux d'affaires n'étaient pas trop affectés, aujourd'hui, l'hôtellerie n'est plus le seul secteur impacté. La consommation intérieure est en baisse, la croissance des exportations est très faible et, chose très inquiétante, on observe une nette diminution des importations en mars, -14%", nous expliquait mardi par téléphone François Petit.

Le président de la Fédération des Industries thaïlandaises (FTI), Suphan Mongkholsuthee, prévenait lundi que plus de 100.000 gérant s de PME risquaient de jeter l'éponge si la crise politique se prolongeait jusqu'à la fin de l'année.

La FTI craint de voir le chômage augmenter à 1,2 voire 1,5%, au-delà des prévisions (1%) et s'inquiète également qu'un demi-million de jeunes diplômés se trouvent sans emploi à la sortie des études si un gouvernement n'est pas formé avant six mois. Le chômage en 2013 était de 0,7%.

Le comité monétaire de la BoT a maintenu son taux directeur à 2%. Le gouverneur de la BoT, Prasarn Trairatworakul, a toutefois prévenu que si ce taux était cohérent avec l'économie thaïlandaise, le maintenir aussi bas trop longtemps présenterait des risques similaires à ceux qui ont mené à la bulle immobilière aux Etats-Unis et à la crise financière.

La Thaïlande, qui a tiré les leçons de la crise de 1997, a depuis remarquablement assaini son système bancaire et fait aujourd'hui figure de très bon élève en la matière.

Le président de la FTI se dit toutefois confiant dans les fondamentaux économiques solides du royaume, et espère voir un apaisement des tensions politiques dans les six mois suivi par une forte reprise de la confiance des consommateurs et des investisseurs, ainsi que de l'activité touristique.

P.Q. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 1er mai 2014

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Pierre QUEFFELEC

Originaire du sud de la France, il fait ses premières armes dans le journalisme avec la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il est en charge des opérations du bureau de Bangkok depuis janvier 2006.
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