

Michel Bezardin, expert en assurance, explique que les inondations de 2011 ont modifié le paysage de l'assurance en Thaïlande. Des réassureurs ont quitté le pays, remplacés par de nouveaux qui imposent aux compagnies d'assurance une hausse des taux. Les particuliers ne devraient néanmoins pas subir de grosses augmentations de prime, à l'inverse des professionnels situés dans des zones inondables
Michel Bezardin est un conseiller expert en assurance au sein de VR Brokers, société de courtage international, spécialisée dans les assurances médicales et générales (photo LPJ Bangkok)
LePetitJournal.com Bangkok : Quelles ont été les conséquences des inondations pour les assureurs en Thaïlande ?
Michel Bezardin : Parce qu'ils ont perdu trop d'argent, des réassureurs viennent de décider de se dégager de trois pays : du Japon qui a subi la catastrophe de Fukushima, de la Nouvelle-Zélande qui est frappée ces dernières années par des séismes et de la Thaïlande. Cela montre à quel point a été important l'impact des inondations thaïlandaises pour eux. Le rôle d'un réassureur doit être expliqué. Pour faire simple, lorsqu'un individu s'assure chez une compagnie d'assurance, cette dernière est ensuite assurée par un réassureur. Le réassureur est l'organisme qui assure la plus grande part du risque. Il est difficile de connaître le nombre exact de réassureurs qui se sont retirés de Thaïlande, mais il y a parmi eux de grands groupes, notamment la CCR (Compagnie centrale de réassurance), groupe français étatisé.
| _ | Le gouvernement lance un fonds d'assurance des catastrophes naturelles Le gouvernement a adopté mardi un décret mettant en place un fonds d'assurance destiné à couvrir les catastrophes naturelles à hauteur de 300 milliards de bahts. Selon le Bangkok Post, des compagnies d'assurances locales fourniront ces polices à des propriétaires particuliers qui se verront imposés un taux de 0,5% de la somme assurée. Le taux d'assurance pour les petites et moyennes entreprises sera de 1% et celui des grandes compagnies sera de 1,25%. Le marché de l'assurance en Thaïlande a augmenté ses revenus de 12,20% sur les 11 mois de l'année 2011, par rapport à la même période de l'an précédent, a indiqué début février le Bureau de la Commission de l'assurance (OIC). Selon l'OIC, les inondations ont tout de même eu un impact négatif qui pourra être chiffré plus tard dans l'année. "Tous les montants de remboursement ne sont pas encore connus, puisque l'eau laisse des dégâts qui peuvent apparaître assez tard, explique Michel Bezardin. C'est le cas de moisissures, de l'effritement des murs par exemple." | _ |
Que change ce retrait des réassureurs pour le marché de l'assurance en Thaïlande ?
Les assureurs ont dû trouver de nouveaux réassureurs. Certains ont accepté mais à deux conditions. Que des projets concrets soient enclenchés par le gouvernement pour réduire les inondations dans le futur, et que soient organisées des réunions entre eux et l'OIC (Office Insurance Commission, Bureau de la Commission de l'assurance). L'OIC a élaboré il y a longtemps un livre où des taux d'assurance sont définis pour chaque type de péril. Or, depuis que le système d'assurance existe en Thaïlande, les assureurs n'avaient jamais mis en place ces taux. Ils souhaitaient en fait fournir des pourcentages inférieurs pour attirer un maximum de clients, et ils ne pensaient pas que les catastrophes naturelles présentaient un si grand risque dans le pays. Malgré le fait que le gouvernement traîne en longueur au sujet des inondations, de nouveaux réassureurs ont décidé de se lancer en imposant les taux de l'OIC aux assureurs. Ces derniers ont dû également baisser leur commission et ils se sont vus imposer d'augmenter leurs capitaux propres. C'est rassurant car cela leur permettra d'être plus fort en cas de nouvelle catastrophe.
Les particuliers et professionnels vont-ils être impactés directement ?
Depuis la mi-janvier, les assureurs sont devenus plus sélectifs. Ils peuvent maintenant refuser de délivrer une police d'assurance spécifique. Une personne ayant eu sa maison inondée par plus de deux mètres de haut l'an dernier, aura des difficultés à se faire assurer cette année. Les assureurs imposent aussi désormais des sous-limites, c'est-à-dire que même si vous souhaitez assurer un bien pour dix millions de bahts, l'assurance ne le fera que sur deux millions de bahts. Il ne faut pas pour autant que tous les particuliers prennent peur. Si leur assurance veut augmenter leurs primes, ils peuvent négocier ou chercher une autre compagnie qui regardera la situation de leurs assurés au cas par cas, et n'augmenteront pas toutes les primes. Celles-ci ne bougeront pas pour quelqu'un habitant au quatrième étage d'un immeuble par exemple. Il faut aussi ajouter que tous les individus qui sont actuellement engagés dans une police d'assurance ne peuvent subir aucune modification de leur contrat jusqu'à son renouvellement.
Les gros changements interviendront en fait pour les usines, celles qui sont situées dans les zones inondables. Auparavant, les couvertures d'assurance pour les industriels prenaient en compte tous les types de catastrophe naturelle dans une même police. Mais aujourd'hui, ceux-ci sont séparés. Une assurance sur les inondations se fait désormais à partir d'une police spécifique, avec une augmentation de la prime, des franchises, et des sous-limites importantes.
Propos recueillis par Yann FERNANDEZ (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 8 mars 2012
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