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Deux Françaises, animatrices d’une émission de télé thaïlandaise

Par Ghislain Poissonnier  | Publié le 24/05/2014 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2019 à 11:20
Eugenie-merieau-tv-thailande

Eugénie Mérieau et Thatsanavanh Banchong (Kai), deux Françaises résidant en Thaïlande, animent chaque mois une émission de télévision sur une chaîne thaïlandaise, Voice TV (channel 21). Cette émission entièrement en langue thaïe, Divas Café, dure 1 heure. Elle traite, sous la forme d'un débat, des sujets de société ou politiques, sous l'angle notamment de la comparaison entre l'Orient et l'Occident. Pour le Petit journal de Bangkok, Ghislain Poissonnier a interviewé ces deux Françaises sur cette aventure originale.

Lepetitjournal.com : Eugénie Mérieau et Thatsanavanh Banchong, pourriez-vous brièvement vous présenter ?
Kai : Je suis en fait laotienne française, et vis actuellement en Thaïlande depuis 2006. J'ai 31 ans et suis titulaire d'un master de sociologie de l'université de Toulouse II ainsi que d'un master de coopération et développement de l'Asie du Sud-est de l'université de Lille III. Je travaille depuis 2008 en tant que responsable de projet pour une fondation politique allemande, la  Friedrich-Ebert. Je suis en charge de projets sur l'éducation à la démocratie, la réforme des médias et l'égalité des sexes.

Eugénie : Je suis arrivée en Thaïlande en 2008, après avoir appris la langue thaïe à l'INALCO à Paris, pour travailler sur le rôle de la Cour Constitutionnelle dans la crise politique thaïlandaise - cas d'étude fascinant. Aujourd'hui, âgée de 27 ans, je termine ma thèse en sciences politiques et suis chercheur et enseignante invitée à l'université de Thammasat à Bangkok. J'ai publié un ouvrage "Les chemises rouges de Thaïlande" aux éditions IRASEC.

Quels sont la forme et le contenu de l'émission Divas Café à laquelle vous participez ?
Kai : L'émission Divas Café est un talk show dont les présentatrices parlent de sujets variés allant de la politique - y compris internationale - aux problèmes sociaux en passant par la mode et les faits divers. C'est une émission quotidienne. Nous animons, une fois par mois, notre propre show qui s'appelle Divas International.

Qui est l'animatrice principale de l'émission ?
Eugénie : Lakhana Panwichai (Kham Pakkah ou Khek) est une intellectuelle thaïlandaise, connue pour son féminisme et son regard critique sur la société thaïlandaise. Auteur de nombreux ouvrages, ses chroniques sont régulièrement publiées dans plusieurs journaux et magazines, notamment Matichon.

Quand et par qui cette émission a-t-elle été créée ?
Kai : Cette émission a été créée l'année dernière par l'équipe de Voice TV. Au départ, les deux animatrices principales autour de Kham Pakha étaient Montakan Ransibrahmanakul, rédactrice en chef de Madame Figaro, et Suwanwattana Wangruang, enseignante à l'université de Thammasat et très bonne francophone. Puis, progressivement, de nouvelles animatrices ont rejoint l'équipe de Divas Café.

Qui regarde l'émission ?
Eugénie : L'audience est très diversifiée, à la fois des hommes et des femmes, de tous âges et de toutes professions.

Sur le plateau, il n'y a que trois femmes et il semble s'agir avant tout d'une émission pour les femmes : le concept est-il courant et fonctionne-t-il bien en Thaïlande ?
Kai : Ce concept est assez courant en Thaïlande. Par exemple, la chaine numéro 3, qui est principalement axée sur le divertissement, a aussi une émission similaire qui s'appelle "les femmes parlent aux femmes" (phoo ying thung phoo ying) (lire notre article). Mais cette émission est plutôt orientée sur des sujets de divertissement, contrairement à Divas Café qui traite des sujets plus "intellectuels".

Eugénie : L'idée était de construire une émission qui contraste fortement avec les autres programmes féminins pour changer l'image de la femme dans les media. D'abord, l'émission ne s'adresse pas qu'aux femmes mais à tout le monde. Ensuite, chaque animatrice est invitée à présenter un approche critique de l'actualité et surtout d'historiciser ses propos. Enfin, l'émission se veut "glamour" pour déconstruire cette opposition discriminatoire selon laquelle il faudrait choisir entre féminité et intellect.

L'émission est diffusée sur Voice TV (chaîne 21) : quelles sont les caractéristiques de cette chaîne ?
Eugénie : Fondée en 2010, elle est souvent décrite comme d'orientation "pro-rouge", car elle est progressiste sur de nombreux sujets de société et notamment dans le domaine des droits de l'homme. Son dirigeant, Somsak Premsuk, et ses actionnaires principaux sont proches de Thaksin.

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Kai : Mais si on y regarde de plus près, c'est certes une chaîne pro-gouvernementale mais qui laisse s'exprimer en son sein de nombreuses critiques à l'égard du gouvernement.

Quel est le public de Voice TV et celui de l'émission en particulier ?
Eugénie : C'est une chaîne qui attire - pour l'instant - surtout une audience de Bangkokiens.

Kai : Avec l'entrée dans l'ère de la télévision numérique gratuite depuis le 1er avril 2014, Voice TV est désormais une des 24 chaînes de télévision gratuites en Thaïlande. La chaîne n'est donc plus exclusivement diffusée sur le câble et est maintenant accessible à tous. Son audience devrait en être considérablement augmentée.

Comment votre arrivée sur l'émission s'est-elle faite : vous cherchiez à faire de la télévision ou c'est plutôt la chaîne qui a pensé à vous contacter ?
Kai : L'animatrice principale m'a contactée d'abord au sujet de mon travail sur l'éducation civique. Elle m'a demandé d'intervenir sur ce sujet dans l'une des émissions. Ensuite, nous avons invité Eugénie et créé le concept "Divas International".

Qui décide du thème des émissions et comment ce thème est-il choisi ?
Kai : Nous choisissons nous-mêmes le thème des émissions en fonction de l'actualité et des sujets qui nous paraissent intéressants.

Comment préparez-vous vos émissions ?
Kai : Beaucoup de recherches ...

Eugénie : et de discussions !

Quelles sont les réactions du public à vos émissions ? Avez-vous eu un retour ?
Kai : Apparemment le public en redemande. Surtout parce qu'Eugénie est belle et parle bien la langue thaïe (rires).

Eugénie : Je pense que certaines de nos idées sont très "exotiques" pour le public thaïlandais. Cet exotisme fournit une matière intéressante pour nourrir les débats politiques actuels en Thaïlande. C'est pour ça que le public en redemande. Par exemple, la première émission à laquelle nous avons participé, sur la redéfinition du concept de citoyenneté, a été reprise la semaine suivante par Nithi Eawsawong, l'un des plus grands historiens et intellectuels thaïlandais.

Est-ce possible de parler de sujets intellectuels à la télévision thaïlandaise ? Si oui, comment ?
Kai : Oui c'est possible, et le public Thaï de nos jours est de plus en plus demandeur. Hélas les émissions sous forme de débats, reflets d'une société de discussion, d'une société démocratique, sont rares.

Eugénie : Il faut encourager ce genre d'émission.

Avez-vous une entière liberté d'expression sur le contenu de vos remarques s'agissant de sujets de société ?
Kai : Plus ou moins. Mais la vigilance est de rigueur. Il y a certains sujets sur lesquels je ne me prononce pas en public. J'utilise d'autres techniques pour suggérer mon avis, je pose des questions.

Eugénie : Nous évitons de parler de politique thaïlandaise - du moins pas directement. Nos sujets sont en général liés à l'actualité politique thaïlandaise, mais nous laissons aux téléspectateurs le soin d'opérer eux-mêmes ce lien. Par exemple, au moment des élections, alors qu'un débat avait émergé en Thaïlande sur le principe démocratique du "une personne une voix" nous avons parlé du droit de vote des étrangers aux élections locales dans plusieurs pays, y compris tous les Etats de l'Union Européenne en ce qui concerne les étrangers citoyens de l'Union. Le sujet a joui d'une résonance particulière - en raison des termes du débat politique interne, bien sûr.

Quelle a été votre émission préférée et selon vous la mieux réussie ?
Kai : Mon émission préférée est celle sur l'éducation à la démocratie. C'est un sujet sur lequel je peux parler sans interruption. En effet, la démocratie ne peut s'épanouir sans démocrates. C'est pourquoi, il est impératif de promouvoir un système d'apprentissage à la citoyenneté démocratique et aux droits de l'homme dès le jeune âge et tout au long de la vie, qui vise à offrir à tous les citoyens les connaissances, la compréhension, le savoir-faire et les attitudes qui leur permettront de jouer un rôle dans la société, que ce soit à l'échelon local, national ou international.

Eugénie : L'émission sur les goûts culturels et la distinction sociale. J'adore ce livre de Bourdieu, "La distinction" et les Thaïlandais n'en ont malheureusement pas de traduction complète disponible. Ce fut un plaisir (peut-être teinté d'une pincée de patriotisme) d'avoir ainsi pu partager ma passion pour l'un de nos meilleurs sociologues français.

Quand peut-on vous regarder ?
Kai : Un vendredi par mois, à 17h 30 sur Voice TV, chaîne 21  (qui devient 31 si vous êtes abonné au câble).
Eugénie : Il y a des rediffusions les jours suivants, et sinon, sur le site http://www.voicetv.co.th

Propos recueillis par Ghislain POISSONNIER () 13 mai 2014

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