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CRISE DU SUD – Cinq ans après, la disparition d’un avocat reste une affaire emblématique de la crise

Par Arnaud Dubus | Publié le 17/03/2009 à 01:00 | Mis à jour le 01/05/2019 à 06:30
Photo : Arnaud Dubus - Soldats protégeant une école de Yala
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Qui a tué Somchai Neelapaijit ? Cinq ans après la disparition mystérieuse du président de l'association des avocats musulmans de Thaïlande, la question reste sans réponse. Des policiers sont soupçonnés mais les spécialistes mettent en cause le fonctionnement du système judiciaire thaïlandais

 

Jeudi dernier, 12 mars, marquait le cinquième anniversaire de la disparition de l'avocat Somchai Neelapaijit, enlevé et assassiné par des policiers thaïlandais, parce qu'il avait dénoncé l'utilisation de la torture contre les suspects dans le sud à majorité musulmane de la Thaïlande. Un séminaire pour commémorer ce tragique anniversaire a été organisé à la Siam Society, où, universitaires, juristes et membres d'ONG se sont réunis en présence d'Angkhana Neelapaijit, veuve de Somchai et présidente d'Organisation Peace and Justice Working Group. En 2006, cinq policiers ont été jugés pour l'enlèvement et le meurtre de Somchai, lequel était le président de l'association des avocats musulmans de Thaïlande. Un seul d'entre eux, le sergent Thongsuk, a été condamné à trois ans de prison pour "enlèvement forcé". Depuis, le policier aurait "disparu dans un glissement de terrain". "Nous avons dit depuis des mois au Département des enquêtes spéciales de la police (DSI) que Thongsuk se cachait. Ce n'est que maintenant que la DSI commence à l'admettre", explique Angkhana.

 

"Cette disparition n'a pas empêché beaucoup de Thaïlandais de dormir"


Lucide, Mark Tamthai, expert des questions de sécurité basé à Chiang Mai, a dressé un constat sans ambages de la situation dans les "trois provinces"(Pattani, Yala, Narathiwat). "Il est trop tard pour apporter la justice dans le Sud. C'est comme si je disais à mon médecin que je vais arrêter de fumer après qu'il m'a diagnostiqué un cancer des poumons", a-t-il déclaré. "Vous pouvez trouver les racines du mal, mais il n'est plus suffisant de traiter les racines du mal. La confiance a disparu. Il est trop tard", a-t-il estimé devant une soixantaine de diplomates, militants des droits de l'Homme et universitaires. La juge Australienne, Elizabeth Evatt, qui a suivi l'intégralité du procès des policiers soupçonnés de meurtre, a affirmé que le cas de Somchai était devenu "un cas emblématique de l'engagement de la Thaïlande à respecter les droits de l'Homme". La magistrate, commissaire au sein de l'influente Commission Internationale des Juristes (ICJ), s'est plainte du mauvais fonctionnement du système judicaire thaïlandais, estimant que "pour protéger le droit à la vie, l'Etat doit avoir un système d'enquête et un système pénal efficaces, sinon, ce droit à la vie est violé". La Thaïlande n'a pas encore signé la Convention internationale sur les personnes disparues, laquelle obligerait le pays à respecter des critères juridiques de niveau international dans le cas de disparition. Mais, considère Mark Tamthai, les conventions, si elles ne sont pas appliquées, "ne sont que du papier". "L'une des questions cruciales est : qui a tué Somchai ?", a lancé l'universitaire. "La réponse peut être donné à différents niveaux. Ce sont les meurtriers directs, mais aussi les gens qui ont permis cela et la société qui n'a pas exercé de pressions suffisantes pour obtenir une réponse à cette question. La disparition de Somchai, quand elle a été connue, n'a pas empêché beaucoup de Thaïlandais de dormir".


Arnaud Dubus (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mardi 17 mars 2009


Cinq ans de violences dans le Sud


Les tensions dans le sud de la Thaïlande couvent depuis le début du 20ème siècle, lorsque cette région qui constituait un sultanat malais peuplé en majorité de musulmans a été annexée par le royaume bouddhiste. Les violents troubles actuels ont explosé en janvier 2004 lorsque des rebelles ont attaqué une base militaire, tuant 4 soldats. En cinq ans, entre 3.200 et 3.600 personnes ont été tuées, selon les sources. La semaine dernière, le Premier ministre a annoncé l'envoi de 4.000 soldats supplémentaires dans les provinces de Yala, Pattani et Narathiwat. Abhisit assure qu'ils ne seront pas en mission de combat mais que leur rôle sera de travailler à une "meilleure compréhension avec les habitants". Le gouvernement réévaluera le niveau des troupes le mois prochain et décidera d'une éventuelle extension de l'état d'urgence, en vigueur depuis mi-2005. Le Premier ministre a chargé une commission spéciale de mettre au point une nouvelle loi pour remplacer l'état d'urgence.

 

(http://www.lepetitjournal.com/bangkok avec AFP) mardi 17 mars 2009

 

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