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FRANCAIS DU MONDE – Les Salons du Vendredi: "faire reconnaître la richesse de la société civile"

Écrit par Lepetitjournal Bangkok
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 30 mars 2015

Jusqu'ici peu visible, l'antenne Thaïlande de l'association Français du Monde-ADFE organise depuis février un rendez-vous mensuel intitulé "Les Salons du vendredi". Il s'agit d'une soirée débat qui a lieu tous les derniers vendredis de chaque mois dans un bar chic de Bangkok et permet de rencontrer des personnalités de la communauté française dans une ambiance musicale. Yamine Boudemagh, le Président de l'antenne Thaïlande de Français du Monde nous en donne un avant-goût

Pouvez-vous nous présenter brièvement les soirées débat mensuelles que vous organisez depuis février au bar du restaurant Le Beaulieu?
Ces réunions mensuelles sont des triptyques :
 1-) Une présentation de l'actualité thaïlandaise par un Correspondant de la Presse Française ? Ce soir,  Arnaud Dubus se prête gentiment à l'exercice,
 2-) Une Rencontre avec la personnalité française du mois,
 3-) Un débat  sur un thème actuel avec des experts. A la fin de la soirée, le public est invité à voter pour l'une ou l'autre des approches évoquées.
Dans la programmation, nous suivons aussi le modèle du triptyque : la première soirée s'inscrivait dans le cadre de l'art et de la culture (nous avions reçu la sculptrice Val et la thématique portait sur le mouvement "Je suis Charlie"), la seconde qui a lieu aujourd'hui aura pour toile de fond l'économie et l'entreprise et enfin la troisième portera sur la politique des territoires.
Ce soir, la personnalité du mois est Arnaud Nazare-Aga, un personnage très intéressant, assez attachant. Et le débat aura pour thème "Faut-il sortir de l'euro ?" (voir aussi les infos pratiques)

Pourquoi cette question de la sortie ou non de l'euro ?
Je veux m'intéresser aux questions que les gens se posent. Et je veux montrer aussi que la manière dont les politiques en parlent n'est pas la bonne. La première question sera d'abord de savoir si on peut sortir de l'euro sans sortir de l'Europe. Ce n'est pas si évident que ça.
J'ai demandé à un économiste, spécialiste des questions de macroéconomie monétaire de participer ? comme on n'a pas les moyens de faire venir les gens, cela se fera via une connexion Skype. Il s'agit d'un professeur de Science Po Bordeaux, Edwin Le Héron, qui a écrit 2 livres sur les banques centrales.
Nous aurons aussi la chance d'avoir l'expertise de Jean Pierre Verbiest, ancien directeur de la Banque Asiatique de Développement en Thaïlande et au Vietnam. Y a-t-il une réponse de la science économique? Est-il possible de faire des compromis ? Quid d'un système bimonétaire : utiliser le Franc à l'intérieur de la France et continuer à avoir l'euro pour les échanges extérieurs? Etc.

Après une première soirée de réflexion sur "Etre ou ne pas être Charlie", en février, vous proposez vendredi de réfléchir sur la pertinence de "sortir ou non de l'euro". Voilà des thèmes certes très intéressants, pour le moins idéologiques, peut-être même un brin politique ?
Oui et non parce que justement, j'ai un agenda quand même, c'est montrer que les questions que je pose sont politiques, mais pas dans le sens où on l'entend habituellement. Par exemple celle de la première soirée, ?être ou ne pas être Charlie?, il n'y avait pas une réponse de gauche ou une réponse de droite. Sur la question de sortir ou non de l'euro, il n'y a pas une réponse de gauche, ni une réponse de droite : on a vu [l'économiste] Jacques Sapir qui, lui, veut absolument sortir de l'Euro, essayer de convaincre Mélenchon, lequel n'a pas voulu. Il est alors passé à Dupont-Aignan qui lui est carrément de l'autre côté. Il est comme moi, il suit ses idées, il se moque d'être de gauche ou de droite. Il dit : "moi mon idée c'est qu'il faut sortir de l'euro, et s'il faut le faire avec la droite, je le fais avec la droite, s'il faut le faire avec la gauche je le fais avec la gauche". Attention, je n'ai pas dit que je voulais sortir de l'Euro mais j'apprécie sa cohérence à sa juste valeur. Je m'aperçois que les vraies questions que se posent les Français sont des questions qui transcendent les partis politiques. J'en suis sûr, les questions qui se posent maintenant vont nous obliger à redessiner le paysage politique ; La politique dans le sens réel du terme, organisation de la cité. La politique droite-gauche, n'intéresse plus les Français ; la moitié d'entre eux n'ont pas voté lors des dernières élections.
Ce qui est fou, c'est que la France est un des pays au monde avec le plus d'élus - 1 électeur sur 100 est conseiller municipal ? et lorsque l'on interroge les Français, la majorité d'entre eux estiment que ses idées ne sont pas représentées politiquement.

Qu'est-ce qui vous a amené à organiser ce genre d'événement mensuel ?
Ce sont des choses qui m'engagent moi, qui n'engagent pas forcément l'ADFE devenue Français du monde ? que ce soit Paris ou la section Thaïlande. Ce qui m'intéresse avant tout est de faire que les gens se rencontrent ? moi aussi j'ai envie de rencontrer des Français de Bangkok. La société civile est faite de toutes sortes de gens extraordinaires : à l'école j'avais des professeurs extraordinaires, j'ai eu des médecins extraordinaires, j'ai été élevé par une mère extraordinaire, etc. Et cela, je ne le retrouve pas dans le monde politique.
La politique m'intéresse, j'aime beaucoup, mais je la trouve assez creuse, les hommes et femmes politiques sont creux. Et je trouve qu'on est trop indulgent vis à vis d'eux. A travers nos "Salons du vendredi", mon idée est de faire reconnaître la richesse et la qualité de la société civile : il y a des gens extraordinaires. Nous sommes très durs les uns envers les autres, alors que l'on est très indulgent vis-à-vis des politiciens. C'est l'inverse que l'on devrait faire : être un peu plus dur vis-à-vis des hommes et des femmes politiques et reconnaître les gens extraordinaires qu'il y a autour de nous.
Et ça c'est en général? Car si l'on prend la communauté de Thaïlande c'est encore pire car, vu de France, les Français de Bangkok sont des évadés fiscaux, des pervers sexuels, etc. J'entends montrer à la métropole toute la richesse et la qualité de la communauté française de Thaïlande.

A deux ans des élections présidentielles et dans le contexte d'impopularité de la gauche, on ne peut s'empêcher d'imaginer que ce sursaut au sein de Français du monde-ADFE peut être motivé par les perspectives électorales, comme ce fut d'ailleurs le cas pour la création de l'ADFE en 1980, qu'en dites-vous?
Les gens nous reprochent beaucoup l'aspect politique [de l'association], je voudrais essayer de montrer que Français du monde est apolitique. Comme devrait l'être toute association des Français établis hors de France. Nous mettons en avant par contre et avec fierté nos valeurs humanistes et de progrès social. Vendredi par exemple, Paul Dumont sera le modérateur, et il n'est pas spécialement classé à gauche (Paul Dumont s'était présenté lors des élections législatives de 2012 sous la bannière UDI, ndlr).
Je serai toujours ouvert à aller chercher des gens qui sont prêts à dépasser leurs clivages politiques, leurs dogmes politiques, pour venir parler d'un débat sur le fond.
Il faut être capable de dépasser ses dogmes politiques, il y en a qui sont capables, il y en a qui n ?en sont pas capables, il y en a qui veulent, il y en a qui ne veulent pas, il y en a qui ont des agendas, des objectifs, moi je n'en ai pas, je n'ai rien à vendre, c'est l'avantage, parce que moi je suis ici, mon avenir est en Thaïlande?
Ce que je veux c'est surtout faire se rencontrer les gens, discuter plutôt que de s'insulter, alors je n'ai pas d'agenda politique, ça c'est plutôt lié a ma personne : je ne suis pas naïf sur ce qui se passe derrière, sur ce que Paris risque de nous demander.

Y a-t-il d'autres types d'événements en préparation?
Parallèlement à cela, on aimerait faire d'autres réunions sur des sujets un peu plus larges, qui peuvent toucher d'autres publics. Une chose qui me tient à c?ur, c'est faire une journée d'information de temps en temps, sur des sujets importants comme par exemple, le cancer du sein.
Aussi, je m'intéresse beaucoup à la communauté Thaïlandaise qui apprend le français, et j'aimerais faire des choses avec elle, avec les étudiants thaïlandais qui apprennent le français.
J'ai rencontré à ce sujet récemment Christian Merer, directeur de l'Alliance française de Bangkok qui a été très ouvert, qui a dit que ça l'intéressait. J'aimerais revenir au débat classique français, le débat contradictoire, c'est quand même une forme typiquement française, et je voudrais montrer ça. Donc avoir un débat plus classique avec deux intervenants pour et deux intervenant contre, et un vote aussi à la fin. Le débat serait entièrement francophone et s'adresserait aux étudiants thaïlandais francophones, ou des écoles internationales qui ont un certain niveau de français pour pouvoir suivre les conversations, on leur demanderait de réagir sur des sujets classiques. Les Français seraient évidemment libres d ?y participer.

En parlant d'étudiants, le prix d'entrée de vos soirées, qui ont lieu dans un lieu réputé très haut de gamme ? certains diront "High-So" ? est de 600 bahts pour un seul verre et trois canapés. En Euros justement, cela fait une soirée à environ 18 euros. Ne trouvez-vous pas que cela fait un peu "Gauche caviar" et n'avez-vous pas peur de manquer une partie de votre public?
On m'a fait la réflexion en effet, on m'a même parlé de la "gauche Beluga" (rire). J'ai été étudiant moi aussi, je connais. Mais je n'ai pas très bien compris la connexion entre le niveau financier et les convictions humaines et politiques. Si l'on est un peu paresseux intellectuellement, on va avoir tendance à dire que le type de droite est riche, et que le type de gauche doit être pauvre...
Ce que j'ai vu dans le Beaulieu, c'est un type qui a un parcours intéressant, Hervé Frérard? Il avait un restaurant avec un bar qu'il n'utilisait pas vraiment. Je trouvais aberrant que ce bar ne soit pas utilisé à sa juste valeur. Je lui ai donc proposé d'utiliser ce bar comme un bar.
Et puis en France, on a trop tendance à s'abaisser, je ne sais pas pourquoi. Des gens font des soirées saucisson-pinard par exemple, alors qu'ils auraient pu faire une soirée grand crus, grands vins et grande cuisine. On a du grand vin mais eux préfèrent une soirée saucisson-pinard, je ne vois pas l'intérêt. Je suis Français, et je sais pourquoi je suis Français, je ne suis pas Français pour du saucisson-pinard. Je ne bois pas d'alcool, mais j'apprécie qu'il y ait du grand vin.
Après, j'aime beaucoup cet endroit, et puis ça a été plus facile ; j'ai une bonne relation avec Hervé, il m'a fait un bon prix, je trouve. Car j'ai quand même regardé les prix ailleurs. J'ai notamment vu que la Chambre de Commerce proposait une matinée pour les chômeurs à 900 bahts pour apprendre? à chercher un emploi et le café... Moi je fais payer 600 bahts pour une soirée avec un grand vin et des tapas, c'est différent. Je sais bien que ça peut paraître cher pour certains, mais en même temps 600 bahts ce n'est pas grand-chose. J'ai regardé ce que faisait l'UFE, l'association Bangkok Accueil, ils font des soirées à 2.000 bahts. Bon c'est sûr qu'il y a un repas, j'aurais pu faire un faux buffet thaï,? ça ne coûte pas cher. Je veux qu'on soit fier d'être Français - pas dans le sens nationaliste du terme bien entendu.
En France, on ne sait pas faire le "pas cher", on ne sait pas faire des petites voitures pas chères, on sait faire des trucs sympas. On ne sait pas faire du très très haut-de-gamme, c'est vrai, mais on sait faire du haut de gamme abordable.

A propos de l'Euro, un certain nombre de nos compatriotes souffrent de cette baisse de la monnaie européenne, que pouvez-vous dire à ces Français dépendants des fluctuations de leur monnaie?
Il faut assumer le type de société dans lequel on a choisi de vivre. Lorsque l'on vit à l'étranger, on doit accepter les aléas des fluctuations des monnaies. On ne se plaint pas quand l'euro est fort. Néanmoins, je comprends parce que c'est un problème que je connais personnellement. Il y a la dévaluation de l'euro par rapport au baht, mais c'est aussi parce que le baht est très fort, trop fort par rapport au cours auquel il devrait être. Il y a étrangement énormément d'entrées d'argent dans ce pays, pour des raisons qui mériteraient d'être expliquées, mais je ne veux pas entrer dans le détail ici.

Quel est votre projet pour intéresser des membres ?
Je crois qu'il y a une demande d'activités. Les gens en ont un peu marre du Beaujolais et de la pétanque. Il y a un besoin d'autres activités et pour d'autres personnes. Mon objectif c'est aussi de toucher d'autres personnes. Je discutais avec des Français assez jeunes notamment, qui viennent d'arriver et qui ne sont pas inscrits à l'ambassade, et qui n'y voient pas l'intérêt. J'ai connu aussi des RMistes qui viennent vivre ici. On sent que la misère est moins dure au soleil, sauf le jour où ils ont un accident ; alors, ils comprennent la différence. C'est sûr que tant que l'on n'a pas d'accident c'est jouable, on peut vivre ici avec 10.000-15.000 bahts, mais dès que l'on a un accident, ça devient plus compliqué. Et donc moi j'aimerais m'intéresser à toute cette clientèle là, et il y a aussi les gens qui ne s'inscrivent pas vu qu'ils viennent d'arriver, ils ont un boulot, ils vivent assez bien, ? mais ils ne se rendent pas forcément compte que demain ils peuvent perdre ce boulot et donc rentrer en France.

Qu'a-t-on à gagner à souscrire à Français du monde?
L'idée c'est d'abord que nous sommes apolitiques, je vais me battre pour ça. Je suis vraiment ouvert, j'ai eu une expérience en Chine qui m'a vraiment beaucoup marqué, j'ai eu des petits soucis et des amis américains ont fait intervenir le consul pour moi, Français ; c'était quand même assez fou, et le consul américain a fait des choses. C'était tellement évident qu'il fallait s'entraider,? Et je suis resté sur cette expérience là qui m'a marqué. Donc moi je ne veux faire venir que ceux qui veulent venir, je ne veux forcer personne. Et donc, j'estime que c'est un challenge, c'est à moi de plaire, c'est à moi de faire des activités qui plaisent.
C'est juste avoir un minimum d'humanisme et ? l'envie de se retrouver, pas uniquement entre Français.
Le but ce n'est pas de créer un fond de commerce pour le parti socialiste, où alors je ne suis pas la bonne personne pour faire ça. Mon but c'est de provoquer des rencontres, ce que fait Meet Up, ce que fait Internations, mais pour les francophones et sur un registre différent. C'est vrai qu'on est un peuple qui ne maîtrise pas bien l'anglais, les Français parlent des tas de langues, mais ont un problème avec l'anglais. ?
Moi ce que j'offre c'est ce carré-là et sortir du monde anglophone. Parce que c'est plaisant, les Français, on aime bien discuter, on aime bien refaire le monde. C'est notre culture, il ne faut pas la renier, c'est notre nature. Donc l'idée, c'est d'offrir ce carré là. Et petit à petit de l'ouvrir, au monde francophone belge, suisse, canadien, marocain pourquoi pas, libanais etc. Il y a 25 ambassadeurs francophones ici quand même. Ce soir, j'ai invité l'ambassadeur Grec qui est un parfait francophone et est diplômé de la fameuse London School of Economics en macroéconomie monétaire. Compte tenu de la situation actuelle de son gouvernement, il n'est pas sûr de pouvoir venir.

Voir aussi le site www.francais-du-monde.org/

INFOS PRATIQUES - Les Salons du vendredi: "Faut-il sortir de l'Euro"?
- Paul Dumont, Président des Conseillers du Commerce Extérieur
- Edwin Le Héron, Maître de Conférences HDR à Sciences Po Bordeaux
- Arnaud Nazare-Aga, Artiste, notre personnalité du mois
- Marine Caillat, DJ
Bar du Beaulieu
Hotel Plazza Athénée, 63 Wittayu Road, BTS Ploenchit exit 4 (entrez dans le soi Ruamrudee, c'est à 300 mètres sur la droite)
http://www.le-beaulieu.com/
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok) vendredi 27 mars 2015
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Publié le 26 mars 2015, mis à jour le 30 mars 2015
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