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Apprendre à vivre au milieu des mines

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 17/10/2006 à 00:02 | Mis à jour le 11/08/2019 à 07:23
Photo : Pierre QUEFFELEC - Des victimes de mines racontent leur accident lors d'une réunion avec Handicap International
Victime-Mines-Thailande

La Thaïlande est cernée par une ceinture d'explosifs de 2.500 kilomètres carrés, où vivent plus de 500.000 Thaïlandais. Chaque année des dizaines de personnes sont blessées ou tuées pour avoir rencontré une mine ou un engin non explosé. A défaut d'un déminage efficace, les populations doivent apprendre à vivre avec ce danger

L'histoire mouvementée de la région a valu à la Thaïlande de voir ses trois principales frontières totalement minées en quelques décennies, soit 2.500 kilomètres carrés de bande terrestre le long du Cambodge, du Laos et de la Birmanie où vivent 500.000 personnes.

La Thaïlande a signé le traité d'Ottawa en 1997 (voir plus bas), mais le déminage traîne. Et en attendant, plusieurs dizaines de personnes sautent chaque année sur des mines ou des engins non explosés.

Deminage Thailande Surin
Un démineur de l'unité thaïlandaise de déminage, TMAC, fait une démonstration le 18 août 2006 (Photo Pierre QUEFFELEC)

Prises de risques par négligence ou par nécessité

La plupart des gens ont beau connaître l'existence de mines autour d'eux, ils s'aventurent malgré tout dans les zones à risque, par nécessité, par négligence ou par inconscience.

Nem vit près de Surin, dans un village où, ces dix dernières années, plus de 10% des habitants ont été tués ou estropiés, comme lui, après avoir sauté sur une mine. "Je savais qu'il y avait des mines autour de ma ferme, mais il fallait bien que je cultive ma terre, et puis je n'avais pas peur, nous confie-t-il". 

Sa voisine, Ten, a eu son accident la même année que Nem, il y a 7 ans, peu après être arrivée de la province voisine de Korat. "Les gens disaient qu'il y avait des mines dans la forêt, avoue la septuagénaire, mais je voulais voir comment elle était, au moins une fois. J'y ai vu de belles choses, mais en revenant, j'ai marché sur une mine qui m'a emporté la jambe".

Arn et Sakhun, eux, ne savaient pas qu'ils évoluaient sur un champ de mine. Arn a déclenché la première explosion, et c'est en venant lui porter secours que Sakhun a sauté à son tour. Une double négligence qui leur a coûté une jambe à chacun. 

Prevention mine thailande
Thanakan, une institutrice de la province de Surin explique les dangers des mines (Photo Pierre QUEFFELEC)

Modifier les comportements

Pour réduire le nombre d'accidents, des organisations comme Handicap International mènent des programmes de MRE (Mine Risk Education). "L'objectif du MRE est de modifier les comportements pour limiter les accidents", nous explique Yvan Thébaud, le directeur de Handicap International Thaïlande. "Pour cela nous formons au risque des mines des acteurs clé des communautés locales tels que les instituteurs".

Ainsi, au mois d'août, une trentaine d'enseignants étaient réunis à Surin, pour suivre un séminaire organisé par l'ONG française avec des militaires de l'unité thaïlandaise de déminage, le TMAC (Thailand Mine Action Center). "Nous apprenons ici à identifier les engins dangereux, et à agir pour prévenir les accidents ou lorsqu'ils se déclarent", nous explique Thanakan, une institutrice de la province. "Nous qui vivons dans des zones minées, nous nous habituons à vivre avec ce danger et nous avons tendance à l'oublier ou à l'ignorer. Il est important de sensibiliser la population afin d'éviter de nouvelles victimes", conclut-elle.

Selon les autorités, le nombre d'accidents par mine ou engin non explosé aurait ainsi baissé ces dernières années, passant à 25 cas en moyenne par an (4 fois plus selon d'autres sources). Cela dit, 35% des 27 provinces concernées ne bénéficient toujours pas de MRE. Lire aussi notre article du 3 mai.

Pierre Queffélec Mardi 17 octobre 2006

Le traitéd'Ottawa

Le traité d'Ottawa interdit l'utilisation, le stockage, la production, et le transfert de mines anti-personnel, et exige des pays signataires qu'ils effectuent un déminage total dans les dix ans. Créé en 1997 par plusieurs ONG rassemblées sous la bannière d'ICBL (International Campaign to Ban Landmines), le traité compte aujourd'hui 154 pays signataires, soit plus des trois-quarts des pays de la planète. Parmi les 20% restant, on compte le Vietnam, Singapour, la Chine, le Myanmar, la Corée du Nord et les Etats-Unis. La Thaïlande a signé la convention le 3 décembre 1997, l'a ratifiée le 27 novembre 1998, puis la faite entrer en vigueur le 1er mai 1999. La Thaïlande a depuis stoppé l'utilisation, le commerce et la production de mines et a détruit la quasi totalité de ses stocks. Toutefois, le déminage reste beaucoup moins satisfaisant avec 1% seulement de la surface totale qui a éténettoyée depuis le début des opérations en février 2000.

En savoir plus :
www.tmac.go.th
www.icbl.org
www.handicap-international.org
www.handicap-international.or.th/en/ (Handicap International Thaïlande)
www.mineaction.org

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Pierre QUEFFELEC

Originaire du sud de la France, il fait ses premières armes dans le journalisme avec la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il est en charge des opérations du bureau de Bangkok depuis janvier 2006.
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