Lèse-majesté: Le poisson d’avril de ThaiVietjet harponné par un inquisiteur royaliste

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 05/04/2022 à 00:36 | Mis à jour le 09/05/2022 à 04:49
Photo : LPJ Bangkok.com
Un avocat royaliste thaïlandais a porté plainte pour lèse-majesté contre un membre de la compagnie Thai Vietjet pour un poisson d’avril annonçant l’ouverture d’une ligne entre Munich et Nan

Un avocat royaliste thaïlandais a porté plainte pour lèse-majesté contre un membre de la compagnie Thai Vietjet pour un poisson d’avril annonçant l’ouverture d’une ligne entre Munich et Nan.

Un poisson d'avril tweeté par une hôtesse de l’air thaïlandaise de la compagnie aérienne Thai Vietjet pourrait faire l’objet de poursuites au pénal après qu’un avocat royaliste a porté plainte pour lèse-majesté, alléguant que le message, qui ne cite pourtant aucun membre de la famille royale, constituait une insulte envers le roi de Thaïlande Maha Vajiralongkorn.

La police doit encore décider s'il y a lieu de porter l’affaire devant la cour pénale en vertu de la très sévère de loi "lèse-majesté" qui prévoit des peines pouvant aller de 3 à 15 ans de prison pour toute forme d’insulte envers la monarchie.

Un poisson d'avril reproché à une compagnie aérienne asiatique

Thai Vietjet est la filiale thaïlandaise de la compagnie low-cost vietnamienne Vietjet Aviation JSC.

Le compte officiel de Thai Vietjet a tweeté le 1er avril que la compagnie aérienne lançait une nouvelle ligne entre la province thaïlandaise de Nan et Munich en Allemagne, suscitant la colère d’ultra-royalistes qui ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter la compagnie aérienne.

Le tweet incriminé a plus tard été supprimé et la compagnie aérienne a diffusé le lendemain un message d’excuses. Le communiqué expliquait que la haute direction n'était pas au courant du tweet annonçant "un vol entre une province de Thaïlande et une ville d'Europe, qui a suscité de nombreuses réactions du public".

Le tweet ne mentionnait pas le roi Vajiralongkorn, 69 ans, qui a une propriété en Allemagne où il passe du temps avec sa "noble concubine" Sineenat Wongvajiraphakdi qui est née dans la province de Nan.

Les archaïsmes culturels et institutionnels perpétués par l’élite au pouvoir dénoncés

Le roi a accordé à Sineenat le titre d’épouse royale peu de temps après son couronnement en 2019. Un peu plus tôt, il avait épousé une de ses gardes du corps, devenue la reine Suthida.

La Thaïlande a été secouée en 2020 et 2021 par une série de grandes manifestations menées par une partie de la jeunesse qui dénonce les archaïsmes culturels et institutionnels perpétués par l’élite au pouvoir. Certains militants sont allés jusqu’à critiquer ouvertement le roi, pointant entre autres le fait qu’il passe le plus clair de son temps à l'extérieur du pays. Au moins 183 personnes ont été accusées d'avoir insulté la monarchie depuis le début des manifestations en 2020.

La compagnie Thai Vietjet s'excuse

Le PDG de la compagnie aérienne Thai Vietjet, Woranate Laprabang, a répondu à l'indignation des internautes royalistes en déclarant que le personnel responsable avait été suspendu dans l'attente d'une enquête.

"Je voudrais une fois de plus m'excuser auprès du peuple thaïlandais pour un tel incident", a-t-il déclaré.

Mais l'avocat et militant Srisuwan Janya a déposé lundi une plainte auprès de la police pour lèse-majesté et crime informatique, affirmant dans un message sur Facebook que le tweet "montrait une intention d'offenser" et que des excuses ne suffisaient pas.

Srisuwan Janya est bien connu des services de police pour avoir la plainte facile. Il avait déclaré en 2019 au Bangkok Post avoir comptabilisé plus de 1.000 dépôts de plainte de sa part, notamment pour fraude à la consommation, corruption et problèmes environnementaux.

La police va examiner la plainte et passer en revue "tous les faits" relatifs à ce qui s'est passé pour déterminer "s'il y a eu une intention criminelle", a déclaré à Reuters Kissana Phathanacharoen, porte-parole adjoint de la police thaïlandaise.

La loi thaïlandaise sur le lèse-majesté a récemment fait l'objet de critiques de la part de certains militants et politiciens de l'opposition – une initiative audacieuse dans un pays qui considère traditionnellement le roi comme un demi-dieu et au-dessus de toutes critiques.

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