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ECO – La Thaïlande a de nouveau le vent en poupe malgré une certaine fragilité

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 21/09/2010 à 00:00 | Mis à jour le 23/10/2018 à 12:43

L'économie thaïlandaise est de nouveau sur la pente ascendante, quelques mois après la crise politique paralysante qui a frappé le pays, et qui a souligné la force d'un système habitué aux conflits, mais aussi considéré comme fondamentalement vulnérable

(AFP) En mai, quand le cœur de Bangkok était sous le contrôle du mouvement anti-gouvernemental Chemises rouges, il y avait une inquiétude généralisée quant aux perspectives de croissance économique et à la perte de la confiance des investisseurs. Des craintes qui se sont renforcées juste après l'opération de répression militaire sanglante qui a permis de mettre fin aux deux mois de rassemblement, qui comptabilisent 91 morts et près de 1.900 blessés, élargissant un peu plus la fracture politique qui divise le pays.

Une avalanche de chiffres optimistes
Mais les funestes prévisions économiques ne se sont jamais confirmées, et la Banque centrale thaïlandaise envisage désormais une croissance entre 6,5 et 7,5% en 2010. Le secteur clé du tourisme a rebondi plus rapidement que prévu, avec plus de 10 millions de visiteurs étrangers durant les huit premiers mois de l'année – une hausse de 13% par rapport à la même période l'an dernier – selon les chiffres officiels. Les exportations sont en plein essor, les décideurs ont relevé les taux d'intérêt par deux fois depuis juillet afin de contrôler l'inflation, et le baht est à son plus haut niveau depuis 13 ans. Depuis 1997, quand l'effondrement du baht a déstabilisé toute l'Asie, la Thaïlande a mis en place des procédures strictes afin de contrôler les risques et les investissements. Ces changements ont été utilisés par Tarisa Watanagase, la gouverneure sortante de la Banque de Thaïlande, afin d'expliquer la résistance économique aux élites financières durant la crise mondiale de 2008. "Je pense que nous sommes très résilient, et cela est probablement attribuable à tous les efforts et toutes les réformes que nous avons mis en place depuis la crise asiatique", a-t-elle récemment déclaré à l'AFP.

Un système économique habitué aux crises intérieures
Les observateurs pensent que les performances et la résistance de l'économie thaïlandaise prouve sa capacité à rebondir après des bouleversements politiques fréquents, dont 18 tentatives ou coups d'État réussis depuis 1932. "L'instabilité politique fait partie inhérente du pays", explique un businessman européen qui a refusé d'être nommé.  Les investisseurs en Thaïlande "ont la capacité de continuer à faire des affaires quelle que soit la couleur au pouvoir" ajoute-t-il, en référence aux couleurs des vêtements portés par les partisans et opposants gouvernementaux.
Aswin Kongsiri, un homme d'affaires thaïlandais membre du conseil d'administration de plusieurs entreprises et de la bourse thaïlandaise, explique qu'une situation similaire s'est produite en 1992 quand les militaires ont violemment réprimé les manifestations de masse, mais que la bourse avait rapidement rebondi. Cette année, "durant les manifestations, 90% de l'économie fonctionnait normalement", ajoute-t-il. Selon lui, une certaine compréhension entre plusieurs forces influentes a permis de ne pas paralyser l'économie en dépit de l'instabilité. "Les leaders politiques ont réussi à former une sorte de coalition entre les militaires, l'élite des milieux d'affaires et les bureaucrates".

Une réalité encore fragile
Mais ces résultats flatteurs publiés durant les récentes semaines n'ont pas empêché plusieurs analystes d'exprimer leurs inquiétudes face à la fragilité de la situation. Un baht trop fort pourrait mettre en danger le secteur crucial des exportations, rendant les produits thaïlandais plus chers sur les marchés étrangers. Les exportations ont augmenté de 48,1% durant le second trimestre, par rapport à la même période l'an dernier, mais l'industrie est très dépendante des économies chinoise et américaine, rendant la Thaïlande vulnérable à tout ralentissement d'ordre mondial.
Une autre crainte est que l'appréciation de la monnaie soit liée aux entrées de capitaux spéculatifs des États-Unis et de l'Europe – attirés par un marché boursier en hausse et des taux d'intérêts plus élevés – qui pourraient se retirer aussi rapidement qu'ils sont arrivés. "Quand il y a un problème, les investisseurs prennent juste leur argent et vont voir ailleurs. La monnaie arrive rapidement, mais s'en va vite aussi", explique Sompop Manarungsan, président de l'Institut de technologie de Panyaviwat.
Au coeur de la vulnérabilité thaïlandaise se trouve une fracture culturelle et sociale qui a créé un climat politique capable de plonger le pays dans le chaos – telle que la violence qui a frappé la capitale au début de l'année. Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva a exprimé son souhait d'établir un processus de "réconciliation", mais le pays apparaît plus divisé que jamais. "On ne voit pas de sortie et tout le monde est dans le déni", explique l'homme d'affaires européen. L'économie semble aujourd'hui être retournée à un état semblable qu'avant la récente vague d'agitation, ajoute Aswin. "Les riches deviennent plus riches, l'économie va bien, beaucoup de gens s'en sortent en termes de revenus, mais nous n'avons toujours pas abordé les inégalités de la société thaïlandaise", déplore-t-il.  Selon lui, fondamentalement, "l'économie thaïlandaise est basée sur une structure plutôt vulnérable".
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mardi 21 septembre 2010

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