

A l'occasion de la sortie de L'Asie du Sud-Est 2013, un livre collectif qu'il a dirigé, Jérémy Jammes, directeur-adjoint de l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est (Irasec) évoque les perspectives économiques et politiques de la Thaïlande et de la Birmanie pour l'année à venir.
LePetitJournal.com : Quel est l'objectif de L'Asie du Sud-Est 2013 ?
Jérémy Jammes : Il s'agit d'un ouvrage collectif, annuel, écrit par une vingtaine de chercheurs et journalistes. Pour chaque pays de l'Asean (Association des nations du sud-est asiatique), et le Timor oriental, ce livre retrace les principaux faits marquants, politiques, économiques, sociétaux, survenus en 2012. Nos contributeurs apportent leur expertise de terrain pour esquisser également le visage de l'Asie du Sud-Est 2013, en dressant les enjeux et les perspectives pour chacun des pays du sud-est asiatique.
Le chapitre consacré à la Thaïlande, co-écrit par le journaliste Arnaud Dubus et l'économiste Bruno Jetin, est titré ?L'abcès gonfle?. Pour quelle raison ?
Cet article porte un double regard, politique et économique sur le royaume. Il indique très clairement des signes d'essoufflement du pays. Il existe aujourd'hui une crispation sur le plan politique, due à des impasses internes. La Thaïlande souffre aussi de problèmes structurels sur le plan économique. Avec l'émergence de la Birmanie, et dans un contexte asiatique extrêmement changeant, la Thaïlande ne peut peut-être plus vivre sur ses acquis. Le pays, à la fois sa population et son gouvernement, doit trouver des solutions pour se renouveler.
Quels sont ces problèmes sur le plan économique soulevés dans le livre ?
Les auteurs pointent du doigt la faiblesse de l'éducation et l'absence d'innovation. Ce sont deux questions fondamentales auxquelles la Thaïlande doit répondre si elle veut poursuivre son développement. Or, nous n'avons pas l'impression que ces deux questions soient encore posées?
Pourtant dans un passé récent, émeutes de 2010, inondations record de 2011, le pays a su faire preuve d'une très forte capacité de résilience pour se relever rapidement des calamités qui peuvent la toucher?
Je ne sais pas si la Thaïlande est prémunie contre toute explosion. Mais une chose est certaine : les différents événements passés montrent combien l'unité de la nation est importante. Ce n'est pas seulement un concept, mais un moteur de ralliement. L'élément crucial de cette unité, c'est la figure charismatique du roi. Il est vraiment le père de la Nation.
Vous avez évoqué précédemment l'émergence de la Birmanie. Quel regard portez-vous sur l'ouverture démocratique et politique sans précédent de ce pays. Ouverture qui s'accompagne de conflits ethniques graves ?
Comme d'autres pays, la Birmanie doit préparer son avenir en regardant son passé. Le développement économique doit s'accompagner de réformes politiques profondes. En disant cela, je pense à la Constitution de 1947, mise en place notamment par Aung San, le père de Aung San Suu Kyi, et qui a découpé le pays selon une approche ethnicisante. Cette constitution a dressé les gens les uns contre les autres, et il s'en est suivi 50 ans de guerre civile. A cela s'ajoute la question religieuse où il est dit que pour être Birmans, il faut être bouddhiste. Or, nombre de Birmans ne sont pas de religion bouddhiste. Il est difficile de croire que les investisseurs étrangers peuvent s'impliquer sur du long terme si le pays conserve cette fragilité politique, cette instabilité. La question identitaire doit passer au premier plan des dirigeants birmans sous peine de voir les conflits ethniques leur revenir comme un boomerang.
Propos recueillis par LB (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mercredi 13 mars 2013
L'Asie du Sud-Est 2013 ? Bilans, enjeux et perspectives. Aux éditions Irasec (www.irasec.com). Le livre est en vente en France, mais aussi à la librairie Carnets d'Asie à Bangkok.
L'Irasec a été créé en 2001. Il dispose de trois antennes en Asie du Sud-Est, à Bangkok, à Kuala Lumpur et à Singapour-Vientiane. Cet Institut est une unité de recherche du CNRS. Il publie une douzaine d'études par an, majoritairement en français et bénéficiant toutes d'une évaluation scientifique. http://www.irasec.com/
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