À Bali, le niveau du salaire minimum provincial fait de nouveau débat. Fixé à un peu plus de 3,2 millions de roupies par mois en 2026, il reste nettement inférieur aux quelque 5,2 millions de roupies estimés nécessaires pour vivre décemment sur l’île. Face aux critiques, le gouvernement provincial défend son mode de calcul, tout en étudiant une rémunération minimale spécifique à certains secteurs.


Près de 2 millions de roupies d’écart avec le coût d'une vie décente
En 2026, d’après l’Upah Minimum Provinsi (UMP), le salaire minimum provincial de Bali s'élève à 3 207 459 roupies par mois. En parallèle, le Kebutuhan Hidup Layak (KHL), indicateur qui reflète les besoins nécessaires à un niveau de vie décent, atteindrait environ 5,2 millions de roupies mensuelles.
Cela représente un écart proche de 2 millions de roupies, soit environ 60 % du salaire minimum actuel. Une disparité forte qui alimente les critiques alors que le coût du logement, des transports, de l’éducation ou encore de la santé pèse sur le budget des habitants.
« Je travaille à l’accueil d’un coworking à Canggu et je suis aussi guide touristique à Ubud. En parallèle, je fais des études de communication. Je gagne à peu près le salaire minimum. Ça me permet de payer mes dépenses du quotidien, mais pas vraiment de mettre de l’argent de côté. Comme beaucoup de gens ici, je vis d’une paie à l’autre. », témoigne une jeune employée d’une vingtaine d’années.
Selon les dernières données du Bureau central des statistiques indonésien (BPS), relayées par Databoks, les dépenses moyennes des habitants de Bali ont atteint 1,96 million de roupies par personne et par mois en 2025, soit une hausse de 4,9 % sur un an. L'alimentation représente 42,1 % de ce budget, contre 57,9 % pour les dépenses non alimentaires, notamment le logement, les transports et les autres besoins du quotidien. Bali se classe ainsi en 4ème place des 37 provinces indonésiennes en matière de dépenses mensuelles par habitant.
« À Bali, les salaires restent très bas par rapport au coût de la vie, qui ne cesse d'augmenter. Avec une inflation d'environ 4 % à 5 % par an, il est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts. À Denpasar par exemple, une simple chambre non meublée dans une guesthouse locale coûte entre 1,5 et 2 millions de roupies par mois. Il faut ensuite ajouter environ 500 000 roupies pour la nourriture, sans compter l'électricité, l’essence, et autres frais du quotidien.
Avec un salaire proche des 3 millions de roupies mensuels, il ne reste pratiquement rien à la fin du mois.
De plus, le développement immobilier et touristique de l’île s'accompagne d'une forte gentrification. À Canggu, par exemple, il est impossible pour la plupart des habitants de se permettre un simple café ou un repas au restaurant. Certains quartiers semblent désormais conçus presque exclusivement pour les étrangers. », explique une experte en politiques publiques.
I Ketut Sae Tanju, l’observateur du développement de Bali et président provincial de Persadha Nusantara, estime quant à lui que la croissance du tourisme ne peut pas être évaluée uniquement à travers la fréquentation des hôtels ou le niveau des investissements. Selon lui, ses retombées doivent également se traduire par une amélioration des conditions de vie des travailleurs locaux.
Il alerte par ailleurs sur un possible départ des jeunes Balinais qualifiés si ceux-ci ne parviennent plus à construire une vie satisfaisante sur leur île. Pour lui, l’amélioration des salaires ne doit donc pas être perçue comme une mesure opposée aux entreprises ou à l’investissement, mais comme l’une des conditions d’un développement économique durable.
Le gouverneur de Bali défend le niveau actuel du salaire minimum
Le gouverneur de Bali, Wayan Koster, ne partage toutefois pas toutes les critiques formulées à l’encontre de l’UMP. Lors d’une session plénière du Parlement régional de Bali (DPRD) fin septembre, il a rappelé que le salaire minimum avait été déterminé selon une formule réglementaire et après consultation d’experts de l’université Udayana.
L’UMP (salaire minimum) a augmenté de 3,42 % en 2026. Selon le gouverneur, une hausse importante et généralisée risquerait notamment de fragiliser les petites entreprises et les micro, petites et moyennes entreprises (UMKM), qui ne disposent pas des mêmes capacités financières que les grands groupes ou les hôtels haut de gamme.
Le gouverneur a par ailleurs estimé que la polémique autour de l’UMP ne reflétait pas nécessairement la situation de l’ensemble des travailleurs sur le terrain.
Vers un salaire minimum spécifique au tourisme en
2027 ?
Plutôt qu’une augmentation uniforme de l’UMP, le gouvernement provincial privilégie aujourd’hui la piste d’un salaire minimum sectoriel (UMS). Celui-ci permettrait d’adapter le niveau minimum de rémunération aux caractéristiques et aux capacités économiques de certains secteurs.
Le tourisme apparaît naturellement au cœur des discussions. L’objectif serait notamment de distinguer les grandes entreprises et les établissements touristiques disposant de capacités financières importantes des petites structures locales, afin qu’une éventuelle revalorisation salariale ne s’applique pas indistinctement à tous les employeurs.
Wayan Koster a chargé l’Agence régionale de planification du développement (Bappeda) d’étudier cette possibilité afin d’élaborer un dispositif qu’il souhaite « précis, mesurable et approprié ».
I Ketut Sae Tanju soutient lui aussi le principe d’une rémunération sectorielle plus élevée dans le tourisme, tout en appelant à préserver les UMKM et les entreprises locales les plus fragiles. Il réclame notamment davantage de transparence sur les données utilisées pour calculer le KHL, ainsi qu’une catégorisation objective des entreprises en fonction de leurs capacités financières.
Il préconise aussi d’accompagner toute augmentation salariale d’actions destinées à renforcer les compétences et la productivité des travailleurs balinais.
Le débat devrait donc se poursuivre dans les prochains mois. Reste à savoir si ce salaire minimum sectoriel, encore à l’étude, suffira à combler un écart qui se creuse année après année.
Cette polémique remet par ailleurs sur le devant de la scène une question centrale : comment faire en sorte que la croissance économique générée par le tourisme se traduise davantage dans le niveau de vie de ceux qui travaillent sur l’île ?
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