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DOSSIER: Les tatouages maoris (1/2)

Par Maé Castellet | Publié le 17/05/2018 à 07:50 | Mis à jour le 17/05/2018 à 09:41
Photo : à l’époque, il était créé en sculptant littéralement la peau avec un ciseau
tatouages maoris

Première partie: Histoire et pratique 

 

Tout le monde connait les tatouages maoris et leurs graphismes bien à eux. En Nouvelle-Zélande, on en croise un peu partout dans la rue et pas seulement chez les Maoris. Cet art a une signification et une culture qui lui est propre. Nous vous proposons donc aujourd’hui d’en découvrir plus sur ce tatouage ancestral en vous présentant son histoire et la manière dont il est pratiqué. 


Entre le XVIIIe et le XIXe siècles, les Maoris de Nouvelle-Zélande ont créé l'une des cultures les plus impressionnantes de toute la Polynésie. Ils étaient reconnus pour leur connaissance de la sculpture, ce qui se voit d’ailleurs dans les ornements de leurs bâtiments, leurs instruments de guerre, totems et bijoux. On retrouve également cette pratique dans le tatouage puisqu’à l’époque, il était créé en sculptant littéralement la peau avec un ciseau. Même si cela ne fait pas très envie, pour les Maoris il s’agit d’un réel symbole culturel et social. Leur tatouage reflétait leur art raffiné, leurs liens avec leur terre et leur rang parmi leurs pairs. Il a rappelé les exploits de leur porteur à la guerre et d'autres grands événements de leur vie et permettait de marquer leur affiliation tribale. 


La méthode de tatouage de l'ouest et de l'est du Pacifique est basée sur l'utilisation de larges dents de différentes tailles appelées uhi, trempées dans un pigment foncé et frappées dans la peau avec de petits maillets appelés . Les dents du peigne percent la peau et déposent le pigment. Le visage se retrouvait donc rapidement couvert de sang. Il s’agissait donc, comme on peut l’imaginer, d’un travail pénible et dangereux. Des pigments naturels ont été ajoutés à la peau pour accentuer les motifs. Après l'arrivée des Européens, la poudre à canon était aussi largement utilisée comme pigment, et les burins de fer importés permettaient aux sculpteurs de fabriquer des tatouages plus détaillés mais moins traditionnels. Dès 1840, les métaux ont commencé à remplacer les dents dans la fabrication d'uhi, c’est-à-dire les ciseaux de tatouage. On pourrait alors les décrire comme un ensemble gradué d'outils de fer, munis de poignée. 

 

moko tatouage maori


Dans les années 1850, le moko (ou tā moko), qui est le tatouage sur le visage, est méprisé par les colons qui le décrivent comme « l’art du diable ». La pratique a repris brièvement pendant les guerres des années 1860 représentant une sorte de déclaration de défi contre la colonisation britannique. Puis cet art a fini par s’estomper les décennies suivantes. Tā moko a subi des changements importants depuis que sa pratique a été perturbée par la colonisation et l'adoption du christianisme au milieu du XIXe siècle.


Ce contexte qui rejetait l’outil culturel du tatouage maori a touché une jeune génération, dont des femmes. Elles ont alors commencé à porter du moko, habituellement sous la bouche, pour marquer leur passage à l'âge adulte, commémorer une occasion spéciale et s'embellir. Le plus grand changement dans la pratique a été l'adoption du tatouage à l'aiguille à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. L'utilisation d'aiguilles est devenue la forme de tatouage la plus répandue dans le monde durant cette période, et elle était la forme la plus couramment appliquée au pūkauae, le tatouage du menton féminin. C'est toujours la technique la plus pratiquée dans le monde aujourd'hui.

 

femme tatouage maori

 

La réémergence récente de l'art du tatouage maori traditionnel est une marque que le peuple n'a pas perdu ses liens avec son passé ancien malgré la domination de la culture et des valeurs européennes en Nouvelle-Zélande au cours des deux derniers siècles. 


Un peu plus tard, en 1970, de nombreuses personnes réclament le moko comme expression de l’identité maorie et lui redonnent une symbolique forte. Certains universitaires tels que Michael King, ou des peintres dont Gottfried Lindauer et Charles Frederick Goldie s’intéressent à cet art particulier. Ainsi, ils participent à éveiller l'intérêt d'une nouvelle génération pour ce tatouage qui est devenu vulnérable au fil des décennies.  A partir de 1980, on observe alors la renaissance de moko, mais ce n'est que dans les années 1990 qu'il a fondamentalement commencé à acquérir une réelle valeur en tant que forme artistique authentique et pratique culturelle contemporaine. Le moko a vraiment atteint son apogée dans les années 2000. Au cours d'une seule génération, un groupe de pratiquants déterminés a récupéré et revitalisé la pratique culturelle du tā moko. Une demande sans cesse croissante de jeunes Maoris a fait en sorte que moko soit maintenant un art de plus en plus reconnu et accepté de la Nouvelle-Zélande. 

Le tatouage maori, et plus principalement le moko, a connu de nombreuses évolutions au court des derniers siècles. Nous verrons dans la suite de ce dossier que cet art a une signification particulière qui s'adapte à son porteur. En plus de l'esthétisme, il véhicule des valeurs fortes ce qui contribue à son succès dans le Pacifique et ailleurs dans le monde. 

 

Maé Castellet Le Petit Journal Auckland

Maé Castellet

Étudiante en Journalisme à Lyon 2 et stagiaire au sein de la rédaction Lepetitjournal.com. Je suis passionnée de voyages avec un vif intérêt pour les questions de société.
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