Lundi 20 septembre 2021

Sophia Mavroudis : Romans noirs en plein soleil

Par Hélène Decaestecker | Publié le 19/01/2021 à 22:59 | Mis à jour le 20/01/2021 à 18:41
Photo : S.Mavroudis
Roman noir Grece Sophia Mavroudis

Sophia Mavroudis, autrice Franco-grecque, a récemment publié son deuxième livre, Stavros contre Goliath, aux éditions Jigal. Mêlant histoire, suspense, noirceur, analyse politique et sociale sur fond d’enquête policière, son livre nous emmène à la découverte d’une Grèce qu’elle connaît bien et qui a traversé bien des épreuves.

 

D’où venez-vous, quel a été votre parcours jusqu’ici ?

Je suis née à Casablanca, de mère grecque et de père français. J’ai la chance d’avoir une double culture. Je suis arrivée en Grèce très jeune, j’y ai grandi, et c’est là que sont mes racines, ma famille et mes amis d’enfance.

J’ai étudié les relations internationales à Science Po Paris où j’ai fait un doctorat de sciences politiques. Je me suis spécialisée sur l’espace post soviétique, les conflits en Europe et dans sa périphérie. J’étais passionnée par l’Autre, les marges et les confins, les perceptions différentes du monde et de soi. C’est très ancré dans mon univers familial et ça a sans doute été déterminant pour mes choix d’études et mes choix professionnels.

Pourquoi avez-vous commencé à écrire ?

J’ai toujours été passionnée de littérature. Je lis 4 ou 5 livres en même temps, de genres différents. Je ne fais pas partie des gens qui avaient des manuscrits cachés dans leur tiroir mais, dans ma tête, j'avais des dizaines d'idées, de situations, d’évènements, qui ne demandaient qu’à être couchés sur le papier.

L'écriture est ma troisième vie professionnelle. La première, c’était l'enseignement et la recherche que j’ai vraiment adorés pour la transmission et le contact avec les nouvelles générations. Dans ma seconde vie, je travaillais dans la défense, au sein de l’administration et des organisations internationales, toujours sur les guerres en Europe et à sa périphérie. J’ai adoré cette partie de ma vie où j’ai fait aussi beaucoup de terrain. Puis, j’ai connu une certaine fatigue et une désillusion, due à un sentiment d’impuissance et à des divergences de points de vue. J'avais besoin de retrouver une certaine liberté, et de m’exprimer sur des sujets qui me tenaient à cœur. 

L’écriture a été un véritable changement de vie, libérateur, une forme de psychanalyse. Le déclencheur a été la crise grecque.

Pourquoi avez-vous choisi de parler de la Grèce ?

Je voulais parler de mon pays et j’avais besoin de parler de la crise de 2008 qui a duré dix ans, et qui dure encore. Sous le regard de l'Europe et du monde, la Grèce s’est vue imposer des réformes d’une violence inouïe, sans possibilité de compromis. Des méthodes d’austérité uniquement basées sur le remboursement immédiat de la dette et non sur le développement d’infrastructures et d’investissements qui auraient permis une véritable relance. Le tissu économique s’est brisé, la société s’est agenouillée. Pendant ce temps, les critiques négatives fusaient qui qualifiaient les Grecs d’incapables, de voleurs du fisc, de fainéants, tout juste bons à se dorer sous le soleil de l’Egée.

On a vu la société se diviser en deux camps, d’un côté, ceux qui s’appauvrissaient à vue d’œil et n’arrivaient pas à joindre les deux bouts - tous les salariés, la fonction publique, les intellectuels, la culture - de l’autre, les grands entrepreneurs, les armateurs, aptes à survivre et même à s’enrichir parce qu'ils en avaient les moyens. Ma famille est traversée par cette ligne de fracture. Les esprits en ont été profondément meurtris.

J’ai voulu décrire une réalité sociale et politique au-delà des clichés et du manichéisme. Parler des Grecs, de leurs souffrances, de leurs doutes, des débats internes, des espoirs déçus. J’avais envie de parler de la force du lien familial, du lien social, et du caractère grec, et surtout de sa résilience, pour montrer l’énorme capacité du peuple grec à rebondir. Je doute que beaucoup d’autres peuples européens, habitués aux sacro-saints acquis sociaux, soient capables d’accepter de telles mesures d’austérité sans broncher, comme l’ont fait les Grecs. Enfin, j’ai voulu parler d’Athènes, ma ville, duale, fascinante, intarissable, jamais là où on l’attend.

Stavros, mon personnage principal, est l’incarnation de ma génération, mais aussi, par sa famille, de l’Histoire de la Grèce. Il est un ami, un cousin, un frère. Comme Ulysse, et comme la Grèce en crise, il cherche sa voie dans les méandres de sa vie et dans son pays en transformation. Il est accompagné d’une équipe, qui lui fait écho, ou s’oppose à lui, comme le chœur d’une tragédie antique.

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Pourquoi le roman noir ?

J’aurais pu faire un essai sur la crise grecque mais j'avais envie d’approfondir l’humain, de retranscrire les émotions sur le papier - les angoisses, les souhaits, les désirs, la rage au sein de la société grecque.  Et puis on écrit sur ce que l'on connaît. Je ne suis pas spécialiste des sentiments amoureux, de la tendresse, mais plutôt des enjeux sociaux et politiques, des conflits intérieurs, avec soi-même ou dans un pays, ou des conflits extérieurs.

Le roman noir se prête à cette forme d’écriture et aux sujets que je voulais aborder. Il dégage une atmosphère, il permet un langage cru et direct. Je pouvais ainsi allier une intrigue et une enquête tout en analysant le contexte politique et social. Mes personnages prennent racine dans cette réalité. Je les ai inventés en fonction des différents messages que je voulais faire passer sur la Grèce en général, et la crise en particulier.

Les aventures du Commissaire Stavros NIKOPOLIDIS feront l’objet d’un Quintet, où chaque intrigue se noue autour d’un thème différent. Mon premier livre porte sur l’identité, la mémoire, l’Histoire grecques : qui sont les Grecs en pleine crise, en perte de repères ? Le deuxième porte sur les relations avec la Turquie, les tensions bilatérales, les menaces aux frontières grecques qui sont aussi celles de l’Union européenne. De la même manière, les trois autres ont déjà un thème défini autour duquel s’articulera l’intrigue.

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Comment avez-vous appris à écrire ?

En écrivant ! Je suis allée fouiller pendant des heures les codes du roman noir et de l’écriture. Ensuite, je me les suis appropriés selon mes envies et mes besoins. C’est beaucoup de recherches, de lectures, de travail, le tout allié à mes connaissances. Par exemple, je ne savais pas écrire un dialogue, mon premier a été d’une platitude dramatique !

Dans le premier livre, je faisais des plans très complets et figés, ce qui me rassurait. Mais au fur et à mesure, ces petits verrous ont sauté. Dans le second tome, le plan n’a plus été qu’un simple squelette, et dans le troisième, en cours d’écriture, j’ai d’abord écrit un premier jet sans plan. J’avais un énorme besoin de liberté, et me suis laissée porter par mes personnages que je connais bien désormais, et qui m'ont amenée là où je ne m’attendais pas.

En ce moment, l’écriture est ma principale activité. Je m’assois tous les jours pour écrire, parfois des pages entières ou juste des réflexions, des notes, ou une accroche. Je lis beaucoup et je réfléchis à l’histoire. Même quand je n’écris pas, je suis avec mes personnages. C’est toute une aventure ! Je ne peux plus m’en passer. 

Les titres de Sophia Mavroudis sont disponible chez Lexikopoleio ( Athènes ) ou en téléchargement sur 

Amazon et Epub

Hélène Decaestecker

Hélène Decaestecker

Après une licence de sociologie-ethnologie, je me suis tournée vers le journalisme et suis actuellement étudiante en master. Je suis passionnée d'écriture et de photographie.
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