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L’éveil de l’art grec du VIIe siècle jusqu’à l’époque hellénistique

L’art grec de l’époque archaïque puis classique et hellénique a fortement évolué dans sa conception et sa technique. D’abord nourris des influences égyptiennes, les Grecs se sont libérés des carcans anciens, sans les renier, afin d’introduire un caractère nouveau. L’abstraction a été rejoint par l’impression directe transmise par la vue, le mouvement a remplacé la rigidité, les motifs ont évolués, les styles se sont variés. L’art est de plus en plus loué moins pour sa dimension religieuse que pour sa Beauté.

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Écrit par Rafaël Pera
Publié le 8 juin 2026

     C’est durant cette période que s’est façonné ce qui a inspiré le modèle artistique en Occident des siècles plus tard. Dans ses Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et sculpture, l’historien de l’art allemand Winckelmann appelle ses contemporains (XVIIIe siècle) à imiter l’art grec, art éternellement reproductible comme modèle anhistorique, seul à avoir atteint la Beauté.

Du VIIe au Ve siècle av. J.-C., un vent de liberté

L’art grec a fortement évolué, depuis ses débuts au VIIe siècle jusqu’à l’époque hellénistique, d’abord influencé par l’art égyptien, dans lequel il prit l’application à l’imiter avec la plus grande fidélité. Les Grecs ont sculpté des statues, notamment de kouroi, à l’ère archaïque, suivant les codes : rigidité, jambe légèrement avancée, montrer la structure du corps etc... Les Frères Cléobis et Biton (590 av. J.-C.) démontrent bien cela. Mais la particularité de l’art grec réside dans le dépassement des prédécesseurs, sans pour autant les renier. La formule ancienne était toujours le point de départ, mais ne la considérait plus comme sacrée. Il ne s’agissait plus de représenter le corps selon une formule établie, mais petit à petit à apporter sa propre impression sur l’œuvre créée. De cela résulte des innovations (expression du visage, ciselage du torse etc..). Il en va de même pour la peinture. Les motifs sur les vases étaient de prime-abord selon les normes égyptiennes, c’est-à-dire montrant des figures strictement de profil, avec les yeux dessinés de face. Et petit à petit, les motifs deviennent moins rigides, présentés parfois de côté, parfois absents s’il n’est pas nécessaire pour la compréhension.

L’art grec est, au Ve, à son apogée, en même temps que la démocratie athénienne. Après la destruction de l’Acropole engendrée par les guerres médiques, sa reconstruction est l’occasion de mettre en avant la grandeur athénienne au travers de son art. Avec cela, sa fonction évolue : une sculpture ou un bâtiment perd (en partie) la dimension religieuse au profit de la mise en avant de la technique, de la beauté de l’œuvre. Dans la continuité, le Ve siècle symbolise cet équilibre entre attachement aux règles passées et liberté dans l’application de celles-ci. En peinture par exemple, la représentation du mouvement se développe, reflétant la vie intérieure des personnages. Socrate invitait d’ailleurs les artistes à représenter les « effets de l’âme ». Retenons par exemple la pierre tombale d’Hégéso (vers 400 av. J.-C.): courbes, draperies, et la main au centre, évoquent un cadre naturellement calme, non rigide, moins géométrique.

 

Du IVe au Ier siècle, la consécration

La fin du Ve siècle et le début IVe siècle marquent le renforcement des libertés prises par les Grecs dans l’Art. Plusieurs styles architecturaux se développent : en plus du style dorique du Parthénon, le style ionique s’impose, comme le symbolise la construction de l’Érechthéion. Les sculptures se veulent plus délicates, témoignant de la maîtrise acquise des artistes grecs de l’époque, entre abstraction et individualisation. Les corps ne sont plus vraiment représentés comme ceux qu’on voit dans la nature, mais sont repensés pour atteindre l’idéal. On pense notamment à l’Apollon du Belvédère (vers 350 av. J.-C.) ou la Vénus de Milo (vers 200 av. J.-C.).

La période hellénistique a introduit la multiplication d’influences dans l’art grec, notamment celles venues d’Orient. Cette évolution modifie son caractère. De nouveaux styles architecturaux se développent, comme le style corinthien, plus garni d’ornements que l’ionique. Les œuvres véhiculent une dimension plus dramatique, plus expressive, brutale témoignant des prouesses techniques que les artistes sont dorénavant capables d’assurer. Le Laocoon et ses fils (vers 175-50 av. J.-C.), par la violence de la scène, les corps tordus aux muscles saillants, souligne l’habilité de l’artiste. Par ailleurs, à l’époque hellénistique, les peintres essayent d'évoquer plus fréquemment la vie champêtre des campagnards, s’éloignant du sujet individuel de l’époque classique.

"La Grèce domptée subjugua ses farouches vainqueurs / Et fit entrer ses arts dans le Latium sauvage" écrivait Horace dans ses Épitres . Les réalisations artistiques grecques ont fortement influencé l'art romain. Les Romains ont intégré, copié et adapté les modèles grecs dès leurs conquêtes en Méditerranée, tout en apportant des innovations.

 

En somme, l’art grec, développé dans un contexte unique, a su grandir et atteindre une forme qui a inspiré et influencé la pensée occidentale pendant des siècles. Pétris du modèle égyptien, les Grecs ont pu se libérer et se singulariser par une conception plus libre de l’œuvre, suggérée par un équilibre entre abstraction et impression, le tout commandité par l’intellect.  

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