Édition internationale

La Turquie dénonce un rapprochement franco-gréco-cypriote qui menace ses intérêts

Le ministère de la Défense turc a dans son communiqué souligné le risque d’une escalade des tensions régionales, et appelé les différents protagonistes à la raison.

Un drapeau turc situé en haut d'une colline, un villlage s'étendant sur les pentes de celle-ciUn drapeau turc situé en haut d'une colline, un villlage s'étendant sur les pentes de celle-ci
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 5 mai 2026

Depuis son arrivée au pouvoir, le Président turc Recep Tayyip Erdogan ne cache pas son volonté de faire de son pays une puissance incontournable sur le plan mondiale. Pour cela, il n’a pas hésité à multiplier les références patriotiques, allant jusqu’à invoquer le spectre de l’Empire ottoman, qui contrôlait la majeure partie de la Méditerranée orientale.

La Grèce et Chypre, ayant été sous contrôle de la Sublime Porte pendant plusieurs siècles, ont peu goûté cette rhétorique, et ont cherché depuis lors à amplifier leurs relations avec le reste de l’Europe. La France, notamment du point de vue militaire, s’est avérée être un ferme soutien pour ces deux nations, ce qui a notamment mené à la signature d’un pacte de défense stratégique franco-grec en 2021.

Une alliance qui n’a « aucune chance de succès »

Les visites faites par le président français à Nicosie puis Athènes ces deux derniers mois ont ainsi été très mal accueillies du côté turc. En particulier, une phrase prononcée par Emmanuel Macron, statuant qu’en cas de violation de la souveraineté grecque, « nous serons là pour vous », a été considérée comme néfaste à la stabilité régionale.

Le communiqué du ministère de la Défense souligne que la Turquie respecte le droit international, mais ne fera aucun compromis concernant ses intérêts nationaux ou ceux de la « République turque de Chypre du Nord », nom donné à l’entité contrôlant le tiers nord de l’île reconnue uniquement par Ankara.

Une attention renouvelée envers la mer Égée

Une source officielle a indiqué qu’une fois que le conflit dans le Golfe persique sera calmé, le gouvernement turc demandera que les mesures prises en mer Égée et à Chypre soient « reconsidérées ». Elle assure que les ministères des Affaires étrangères et de la Défense se concentreront sur ce dossier en priorité.

Parmi les principaux points de frictions, elle pointe notamment le possible déploiement de troupes françaises à Chypre, ainsi que le déploiement de missiles Patriot grecs dans la région d’Evros, à la frontière entre les deux pays. Le transfert d’avions F16 à Chypre par Athènes est également mentionné, mais il est considéré comme un problème secondaire, la source ne considérant pas la Grèce comme une menace.

« Le prochain conflit dans la région pourrait avoir lieu à Chypre »

D’autre acteurs, en revanche, inquiètent davantage la Turquie. Un responsable important de l’AKP (le parti politique du président Erdogan) a affirmé qu’« Israël veut déplacer le conflit là-bas, car il pense qu’il aurait l’avantage dans une confrontation aérienne et navale. De plus, la présence de la France sur place provoquera d’autres réactions. » Selon lui, « la Turquie ne peut pas permettre que la situation actuelle continue, [...] et réagira si nécessaire. »

Un autre diplomate a averti d’une « possibilité [...] de déclarer [le nord chypriote sécessionniste] comme la 82e province de Turquie ». Il ajoute que la situation a changé depuis 1983, ou Ankara avait évité de prendre une telle mesure, et que le pays n’acceptera pas d’être « ridiculisé » à nouveau.

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