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EVZONE - Un vrai métier, une fierté grecque

Par Lepetitjournal Athènes | Publié le 11/06/2018 à 00:00 | Mis à jour le 11/06/2018 à 00:00
Photo : La Garde Présidentielle : les Evzones
EVZONE (tenue militaire) Grèce

La relève de la garde est passage obligé pour tout visiteur à Athènes (place Syntagma, devant le Parlement). Mais il ne faut pas s’y tromper. Ces soldats d’élite jouent un rôle prépondérant. Et portent sur leurs épaules le poids de la fierté et de l’histoire grecque. Leur devise ? « Un jour Evzone, toujours Evzone ».

Lepetitjournal.com/Athènes a rencontré l’un d’eux. Panos Fasoulis fait partie de la garde présidentielle depuis quatorze mois. Il a vingt-neuf ans, ce qui fait de lui le plus âgé de sa garnison.

lepetitjournal.com/Athènes : Décrivez-nous le rôle du Evzone.

Panos Fasoulis : Le mot Evzone se compose en fait de deux mots. « Ev » signifie le bien, « zone » ramène à la ceinture, à l’uniforme qui doit être toujours parfait. Le Evzone doit être tiré à quatre épingles. Dès les premiers jours, on nous sépare en deux groupes. Un groupe surveille la tombe du soldat inconnu, et l’autre, la résidence du Président grec. Les officiers choisissent. Moi, je surveille la résidence du Président car je mesure 1,87m. Ce sont les plus grands qui surveillent la tombe du soldat inconnu. Les mouvements sont différents. Nous fonctionnons par duos dans chaque groupe. Nous gardons le même partenaire. Nous le connaissons parfaitement : on se comprend, on doit avoir une excellente synchronisation. C’est quelqu’un qui nous ressemble mentalement et physiquement. Qui a une taille et un poids proches. Les Evzones assurent une protection vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept.

Bien sûr, il existe des grades. Il y en a trois. Le premier grade concerne les nouveaux arrivants : ce sont eux qui assurent le nettoyage, la cuisine. Le grade supérieur, présent depuis plus longtemps, est en charge des plannings administratifs. Quant au plus haut grade, il concerne les Evzones avec le plus d'ancienneté. Ils s’occupent aussi du planning mais ont plus de temps à accorder au service. Ils supervisent les nouveaux. C’est l’ancienneté qui définit les grades, pas la qualité du service. On est comme une famille, on se respecte avant tout.

À quoi ressemble votre journée type ?

Je me réveille à six heures du matin. Je dois prendre mon petit-déjeuner, puis assurer le nettoyage en vingt minutes. C’est une discipline militaire. Ensuite, nous sortons les uniformes pour les nettoyer. Les officiers les vérifient. Puis on fait de l’exercice. On court, la plupart du temps. Sinon, une partie du groupe organise la parade du dimanche. Elle a lieu chaque semaine. Et chaque semaine, les officiers sélectionnent quatre-vingt dix Evzones qui doivent y participer. Ceux qui sont choisis répètent. Donc, un jour : on s’entraîne. Un jour : on participe à la préparation de la parade. D’autres assurent le nettoyage. Pour enfiler l’uniforme, avant de prendre son service, il faut de quarante-cinq minutes à une heure. Il faut aussi le retirer ensuite. Avant son tour de garde : on prend entre vingt et trente minutes pour s’entraîner à bouger, se coordonner avec son partenaire, se concentrer. Un observateur vient pour vérifier que notre uniforme est en ordre. Qu’il est parfaitement propre. On fait quatre tours de garde dans une journée, parfois plus. Toutes les six heures, et à toute heure du jour et de la nuit.

À quelles cérémonies officielles êtes-vous présents ?

Il y a une cérémonie très importante pour les chrétiens orthodoxes. Le Président, le Premier ministre et des Evzones se rendent à l’aéroport pour recevoir des lanternes provenant de Jérusalem, le Samedi Saint, veille de Pâques. Puis nous les distribuons dans le pays. Et le 25 mars, nous fêtons l’indépendance de la Grèce. Une cérémonie a lieu à Athènes. Mais il y en a dans le monde entier. Là où il y a des Grecs expatriés : New York, Philadelphie, Chicago. Moi, je vais me rendre à Sydney et à Adélaïde. De cette façon, on promeut les Evzones, l’histoire de la Grèce. Nous surveillons le président, c’est pour cela qu’on nous nomme la garde présidentielle. Lors des rencontres officielles entre pays, on est présent. On salue les invités. On rend aussi les honneurs lorsqu’un président décède. Il y a les parades du dimanche. Nous assistons à beaucoup de cérémonies.

« On teste notre mental »

Comment devient-on Evzone ?

Nous sommes sélectionnés. En Grèce, le service militaire est obligatoire. Nous le faisons dans plusieurs îles. Il y a plusieurs unités. Durant notre service militaire, un représentant de la garde présidentielle d’Athènes nous rend visite pour nous expliquer ce que signifie le fait d’être Evzone. Ils nous recrutent. On peut accepter, mais aussi refuser. Pour être Evzone : il faut être grand, fort, présentable, sympathique. Avoir un visage et un regard agréables. Si vous êtes choisis et que vous acceptez, vous passez des examens. Ils peuvent vous refuser pour le moindre défaut médical ou psychologique. Il y a aussi des participants qui craquent pendant la formation, ou qui échouent. C’est très dur. Dans mon unité, nous étions 120 au départ. Et au final, 51. L’entraînement dure six semaines. On nous enseigne la discipline et la signification de notre fonction. On fait de l’exercice physique et on apprend les mouvements. On crée les duos d’Evzones, qui apprennent à se synchroniser. Les entraîneurs sont choisis par les officiers. Une fois cette période de formation terminée, on nous décerne le chapeau bleu de l'Evzone. Vous l’êtes officiellement. Vous débutez votre service avec votre partenaire. Pendant la formation, vous êtes dans un sous-sol. Vous passez tout votre temps à vous former. Vous ne parlez ni ne voyez personne. On teste votre mental.

Vous êtes extrêmement fier d’être Evzone. Pourquoi ?

Pour être honnête, je savais que ce serait très difficile. Je ne voulais déjà pas faire mon service militaire ! Mais après avoir discuté avec mon frère qui a été Evzone, des valeurs et de l’ambiance particulière, je l’ai souhaité. Je suis très fier car nous représentons l’histoire de notre pays. L’uniforme n’est pas seulement un habit mais cette histoire. Si vous n’aimez pas être Evzone au départ, vous finirez par aimer ! Certains ne voulaient pas venir et ne veulent finalement plus partir. Nous sommes tous heureux d’être là, d’avoir été choisis.

Votre famille aussi doit être fière...

Elle n’en tire pas d’avantage particulier, mais oui. Ma mère est très fière. Ma famille et mes amis viennent me voir lors des parades, les dimanches. Les spectateurs crient des hommages à la Grèce. Mon frère a été Evzone, il y a dix ans. Mon oncle aussi, il y a peut-être vingt ans. C’est comme une tradition familiale.

Et votre quotidien, en dehors de votre fonction ?

Bien sûr, nous avons des jours off où nous pouvons retrouver une vie normale. Je vais faire du shopping, je vois mes amis, je vais au cinéma. Les gens ne me reconnaissent pas sans l’uniforme. Je suis juste une personne comme les autres. Le regard que nous portons sur notre quotidien, je pense que cela dépend des personnalités. Moi, il reste le même.

« On a un système de communication avec le regard »

Quelques soient les conditions, vous êtes immobiles durant des heures. Comment le vivez-vous ?

D’abord, nous avons du temps pour nous préparer à prendre notre service. Pour nous concentrer, travailler nos mouvements en synchronisation avec notre partenaire. On se vide la tête. Il faut être prêt ! Vous pensez uniquement à votre tour de garde et à votre binôme. On doit se suivre. Au début, les gardes sont très dures. On calcule le temps qu’on y passe ! Puis, on s’habitue.

Vous êtes constamment scruté et photographié par les touristes. Ce doit être difficile.

Parfois, je regarde en bas et je n’écoute plus rien. D’autres fois, j’ai envie de regarder autour de moi mais je ne peux pas. Les touristes essaient de vous déconcentrer, juste pour s’amuser. Ils ne savent pas forcément ce qu’est un Evzone. Vous devez être entraîné pour ne pas craquer. Des obervateurs sont là, j’en fais partie. Ce sont ceux qui ont de l’expérience. On a un système de communication avec le regard, on cligne des yeux. Si le Evzone en service est dérangé, le protecteur va le signaler aux visiteurs. On se soutient : on est à tour de rôle Evzone et protecteur.

Votre uniforme a une grande signification.

À Athènes, il y a un uniforme bleu marine pour l’hiver, qui représente le nord de la Grèce. Et un uniforme beige pour l’été. Il y a un troisième uniforme pour la Crète et les autres îles grecques. Puis le dernier pour les cérémonies. La jupe comporte quatre-cents plis qui symbolisent le nombre d’années sous l’occupation turque. Elle se compose de deux parties. Sur l’uniforme de cérémonie, le bleu représente la mer et le ciel. Le blanc représente la pureté de la Grèce. Le chapeau rouge, c’est le sang grec qui a coulé. La natte qui est reliée au chapeau et celle qui est accrochée aux genoux : ce sont la souffrance et les larmes face à la perte des nôtres. Les chaussures sont très lourdes, pour protéger les pieds des blessures. Et à l’époque, elles comportaient une lame pour tuer l’ennemi pendant les combats.

Comment envisagez-vous la suite, après votre carrière d’Evzone ?

En Grèce, avoir été Evzone est un réel avantage. C’est un point extrêmement positif sur le curriculum vitae. Cela signifie que vous avez de la discipline, du mental, une capacité de concentration importante. Moi, je veux retourner à Dubaï, où je vivais, pour travailler. Mais avant tout, je voudrais écrire un livre sur ma vie d’Evzone. Expliquer que, oui, c’est difficile, mais qu’on apprend énormément sur soi-même. 

(réédition) 

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