Le 24 mai prochain, aura lieu à Athènes et dans des villes du monde entier, La marche contre Monsanto. Témoignages et état des lieux de la lutte anti-OGM en Grèce
La lutte anti-OGM ne date pas d'hier. Cela fait des années que les pays membres de l'Union Européenne essayent de trouver des accords et des textes juridiques applicables concernant l'interdiction ou l'autorisation de culture d'OGM. Suivant les intérêts économiques de chacun, les propositions ne vont pas forcément dans le même sens. Pourtant les membres de l'Union Européenne doivent, tant bien que mal, avancer sur le même chemin. Dans un contexte où les géants des biotechnologies tentent toujours de contourner la législation européenne quelque peu bancale, la Grèce reste un moteur de la lutte anti-OGM.
La Grèce anti-OGM
« La majorité des consommateurs et des agriculteurs ne font pas confiance aux OGM, ni pour alimentation humaine et animale, ni pour la culture. La culture du MON810, l'OGM principal autorisé à être cultivé en Europe, est interdit en Grèce » assure Elena Danali, du mouvement écologique Greenpeace. Depuis 2005, la Grèce fait tout pour interdire la culture du seul OGM présent en Europe, le maïs MON810. L'interdiction avait été refusée une première fois par la Commission européenne en janvier 2006. La Grèce avait alors levé son interdiction et l'avait réitérée aussitôt. A la suite du moratoire, 8 pays européens ont, à l'heure actuelle, interdit les OGM sur leur territoire : la Roumanie, l'Autriche, la Grèce, l'Italie, la Pologne, la Hongrie et la France. Il existe une directive 2001/18/CE appelée « clause de sauvegarde » qui permet au états membres de l'UE d'interdire provisoirement la culture d'OGM si il y a un risque pour la santé ou l'environnement. Cette clause peut être activée et désactivée à tout moment. C'est en Espagne et au Portugal que se concentre la quasi totalité de la production de MON810 en Europe. Mais, interdire la culture d'OGM ne suffit pas, ils restent présents en Europe par le biais des importations pour nourrir le bétail. Des bêtes qui produisent des aliments de consommation courante comme le lait, les oeufs ou même directement la viande, sont la plupart du temps nourrit avec du soja à 70% génétiquement modifié.
Relance de l'agriculture grecque
Greenpeace demande donc maintenant aux producteurs d'aliments d'origine animales de nourrir leurs animaux avec des protéines végétales non génétiquement modifiées comme le lupin, les pois ou les haricots. « Ce sont des produits locaux qui n'ont pas besoin d'eau et qui aideraient la reprise de l'économie de l'agriculture grecque en ces temps difficiles » assure Elena. Elle dévoile que Greenpeace poursuit son travail pour une nourriture à destination des animaux sans OGM avec des cultures locales. Dans le cadre de la présidence grecque de l'Union Européenne, le mouvement continue de proposer « une renationalisation des interdictions au sein de l'UE » tout en préparant le prochain conseil sur l'environnement prévu en juin prochain. « D'ici là, nous avons beaucoup de travail » conclue-t-elle.
Force de proposition
Lors du Conseil de l'environnement de l'Union Européenne qui se déroulait le 3 mars dernier à Bruxelles, la Grèce a profité de son statut de présidente de l'UE pour proposer la modification de l'article 26b de la directive 2001/18 afin d'autoriser ou non la mise en culture d'un PGM (plante génétiquement modifiée). Cette proposition donne la possibilité à un État membre se s'opposer l'autorisation d'un OGM dans un autre État membre, si celui ci ne respecte pas certaines conditions de portée géographique. La France reproche à la Grèce de ne pas faire de propositions assez solides et souhaiterait des autorisations nationales sur la base d'une pré-autorisation européenne. Autrement dit, une liste européenne où seraient inscrits des OGM et la déclinaison nationale selon les critères sanitaires et environnementaux du pays concerné.
Et dans l'assiette ?
Le rapport Eurobaromètre de 2010 met en évidence "une suspicion générale du public européen à l'égard des OGM." Près de 70% des sondés sont d'accord pour dire que les aliments génétiquement modifiés ne sont pas naturels. De plus, 59% d'entre eux que les OGM "ne sont pas sans danger pour leur famille" et 58% disent "que les aliments GM ne sont pas sûrs pour les générations futures. Selon les recherches de Greenpeace sur le marché alimentaire, « les grecs peuvent encore avoir une nutrition saine car on trouve très peu de nourriture à base d'OGM dans les supermarchés » rassure Elena Danali. Cette année, la compagne anti-OGM a pris un nouveau tournant.
Dans cette lutte pour une alimentation saine et sans pesticides. Des communautés alternatives se mettent en place. L'association Peliti a pour objectif de collectionner et préserver les variétés locales de graines qu'offrent les multiples îles helleniques et ses micro-climats. Dans un esprit de partage, le but est de s'échanger des semences comme un bien ou un service sans utiliser aucun argent. Vasso Kanellopoulou de Peliti, affirme que la culture d'OGM est illégale en Grèce. Mais il déplore que « notre chaîne alimentaire contient des OGM importées par la nourriture des animaux. » C'est pourquoi, certains agriculteurs réutilisent d'années en années les mêmes semences saines et non modifiées, conscient de ce qu'ils ont dans l'assiette.
Klervi Drouglazet (www.lepetitjournal.com/athenes) Mercredi 19 mars 2014
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Aller + loin C'est qui Monsanto Ce qui provoque particulièrement la colère des militants anti-OGM, c'est l'immunité implicite du groupe Monsanto. Alors que de nombreuses lois sont votées pour interdire ou, du moins limiter la culture de biotechnologies, ce géant de l'agrochimie arrive très souvent à les contourner. Par exemple, en avril 2013, un article de loi voté par le congrès américain et surnommé « Monsanto Protection Act » estime que « dans le cas où une décision [d'autorisation de culture] est ou a été invalidée ou annulée, le ministère de l'agriculture doit (...), sur simple demande d'un cultivateur, d'un exploitant agricole ou d'un producteur, accorder immédiatement une autorisation ou une dérogation temporaire. » Les OGM en Europe et dans le monde « Tous Cobayes » |

















