

Marraine du 15ème Festival du film francophone d'Athènes, l'actrice française Nathalie Baye a répondu aux questions du petitjournal.com. Souriante et toujours très élégante, elle nous prête son regard sur la Grèce, le festival et sa vie quotidienne
Lepetitjournal.com/Athènes - Êtes-vous déjà venue au festival du film francophone d'Athènes ?
Nathalie Baye - Oui, à la première édition du festival, j'étais là. Et j'avais le souvenir d'un moment très agréable, très bien. Et je suis déjà venue à l'âge de 11 ans en Grèce avec mes grands parents, et très souvent pour les vacances.
Comment et pourquoi devient-on marraine d'un festival de cinéma?
On nous appelle. Les organisateurs se mettent en relation avec mon agent et on me demande si j'accepte de venir cette année, d'être marraine et de présenter plusieurs films. D'abord on accepte parce qu'on en a le désir et puis aussi en fonction des dates, de nos disponibilités. Là on me l'a demandé il y a six mois, j'avais dit oui sur le fond, l'idée me séduisait maisil fallait aussi que les dates correspondent. C'est une question de désir avant tout et de disponibilité.
Comment percevez-vous le FFF par rapport aux autres festivals de cinéma ? L'endroit, comme Athènes, est-il un gage de qualité ?
On perçoit un festival par rapport à l'intérêt qu'il porte, à sa qualité car il peut y avoir des villes très très séduisantes et puis le festival n'est pas génial. Ici à Athènes, je pense que c'est un festival qui a pris de l'ampleur en 15 ans ,et venir, c'est une manière de le voir de près. Vous voyez quand je suis venue il y a 15 ans c'était le tout début. Parfois, il y a des choses qui commencent comme ça et puis qui tombent à l'eau, qui sont lancées avec plein d'énergie et tout puis ça ne prend pas.
Quel est votre rapport à la Grèce ? Qu'est ce que ce pays vous évoque ?
Je suis venue plusieurs fois en Grèce mais je me demande si le premier voyage avec mes grands parents n'est pas celui qui m'a le plus marqué. Mon grand père connaissait bien la Grèce, il y a vécu deux ans dans sa jeunesse et il parlait donc le grec couramment. C'est surement le plus beau souvenir que j'ai de ce pays : découvrir ce pays avec mes grands parents que j'adorais. On est restés à Athènes un moment, on a été un peu partout. J'ai des photos avec mes grands parents, quand j'avais 11 ans à l'Acropole. Et puis on a été dans le Péloponnèse, on s'est baladé partout. C'est un souvenir très présent et je me souviens que des amis de mes grands parents avaient dit "oh vous amenez Nathalie, elle est trop jeune, elle ne s'en souviendra pas" et c'était complètement faux, les enfants sont des éponges, ils absorbent tout.
Connaissez-vous le cinéma grec ?
Oui bien sûr je connais le cinéma grec. Par exemple, je parlais juste avant d'un film que j'ai vu dernièrement. C'est Attenberg, avec cette jeune réalisateur (Athina Rachel Tsangari, ndlr) qui a beaucoup de talent, je pense.
Selon vous, peut-on surmonter la crise d'un pays à travers un art comme le cinéma ?
J'ai le sentiment que dans cette période très douloureuse pour le pays, ? et on commence d'ailleurs nous aussi à rentrer là dedans en France ? que sur le plan artistique, par rapport à il y a 15 ans, je trouve que le cinéma grec et en train de renaître un peu de ses cendres parce qu'en réalité ils n'ont plus les mêmes avantages qu'il y a quelques années. Et il y a une espèce de solidarité qui s'est faite entre les jeunes réalisateurs. Quelque part ils se débrouillent comme ça et ils sont plus solides. J'ai l'impression qu'il y a une nouvelle génération de cinéastes qui est en train de faire surface en Grèce. Il y a un phénomène qui se passe et cela peut déboucher sur de bonnes choses. C'est souvent quand il n'y a plus rien, qu'il faut se débrouiller pour que ça repousse.
Enfin là je parle de cinéma mais visiblement il y a une souffrance énorme chez beaucoup de gens ici et d'après ce qu'on m'a dit il y a encore des gens qui arrivent à vivre sur leurs économies mais bientôt il n'y aura plus rien et c'est tragique. Et j'espère qu'il va y avoir une solution et qu'ils vont renaître de leurs cendres car c'est un grand pays quand même la Grèce.
Une question plus anecdotique, à quoi ressemble une journée ordinaire d'une icône du cinéma français comme vous ? Quelles sont vos petites habitudes ?
Oh là là une icône ! (rires) D'abord je ne me perçois pas du tout comme une icône? Ma journée ordinaire, et bien comme vous ! Je pense qu'une femme qui travaille dans un métier on va dire plus classique, son travail fait partie de son quotidien et puis vous avez les samedis, les vacances et puis voilà. Nous, on a des périodes où on ne travaille pas. Mais en définitif on a toujours un peu de travail comme là des déplacements, des promotions de films, on doit lire beaucoup de choses pour choisir. Parfois on est découragé, il n'y a rien d'intéressant. Mais il y a quand même toujours un fond de travail. Et puis il y a les périodes où on tourne, où on répète au théâtre, où on joue. Alors là on est en apnée, on est entre parenthèses. On est un peu coupé de la vie quotidienne, bien que si on est à Paris, on rentre quand même chez nous le soir. Mais si on est à l'étranger ou dans une ville en province, on vit vraiment pour le film. Autrement quand je ne suis pas en période de tournage, je ne suis pas quelqu'un qui va subitement ne plus rien faire, me vautrer dans la volupté et le canapé à attendre qu'on m'appelle. Je fais déjà tout ce que je ne peux pas faire quand je suis dans une période de tournage et que je suis vraiment prise du matin jusqu'au soir. Je vois ma famille, je lis beaucoup, j'essaye de faire un peu de sport, j'adore faire la cuisine, je vais au marché.
Vous regardez beaucoup de films et de tous les genres ?
Je regarde beaucoup de films, oui. Bon j'ai des périodes où j'en vois plus que d'autres. Je suis très curieuse et tout m'intéresse. C'est à dire que, je ne vais pas tout voir bien entendu, de toute façon on ne peut pas tout voir, il y a tellement de films. Mais j'en vois quand même pas mal. Et c'est pour ça que de temps en temps j'accepte de faire jury dans des pays étrangers. Par exemple, j'ai été il n'y a pas longtemps à Bombay à un festival où j'ai vu pleins de films que j'aurais sans doute pas vu si j'étais restée en France. Et je vais au théâtre aussi. Enfin je ne fais pas que des choses comme ça, j'ai aussi une vie comme les autres quoi.
Lors d'une interview télé, il y a une dizaine d'années, vous aviez dit : "je suis beaucoup moins forte que j'en ai l'air mais j'ai envie de me montrer solide, être solide c'est une forme d'élégance". Alors quel est votre secret pour être une femme solide et élégante à la fois ?
Quand je dis ça, c'est que dans toute vie il y a des moments plus ou moins lumineux et plus ou moins douloureux. Alors il y a les gens qui se répandent, qui racontent tout, qui s'abandonnent, et puis il y a les gens qui laissent pas trop paraître. J'estime que je suis quelqu'un de privilégié. Et je pense que quand on fait un métier qui est public comme le miens, je me dois d'avoir une forme d'élégance par rapport aux gens que je vois parce que la vie est dure. Il y a énormément de personnes qui sont en souffrance et que quand il voit un acteur ou une actrice, il ne faut pas les décevoir, vous voyez ce que je veux dire ? Il y a de la tenue en tout cas, je ne sais pas si c'est de l'élégance. Je trouve que c'est toujours très courageux quand le gens viennent vous voir et vous demande un autographe, il y a toujours quelque chose de très émouvant là dedans et on se doit d'être à la hauteur de ce qu'ils espèrent.
Propos recueillis par Klervi Drouglazet et Delphine Millet-Prifti (www.lepetitjournal.com/athenes) Mardi 25 mars 2014

















