

Mars 2014 a marqué le cinquantième anniversaire de l'expulsion des Grecs d'Istanbul. En l'espace de quelques mois de l'année 1964, quelque 45.000 Rums (citoyens hellénophones et orthodoxes) furent contraints d'abandonner leur maison, leurs biens, la ville où ils étaient nés pour un pays inconnu de la plupart d'entre eux. Ces expulsions intervenaient dans un contexte de tensions entre la Grèce et la Turquie à propos de Chypre. Elles succédaient, entre autres, aux grands échanges de populations des années 1920 et aux pogroms de 1955 contre les Rums d'Istanbul.
Pour commémorer cette tragédie, Depo Istanbul a accueilli, tout au long du mois de mars, une exposition intitulée "20 Dolar 20 Kilo". Nous avons rencontré Salih Erturan, le coordinateur du projet.
Lepetitjournal.com d'Istanbul : Qui, précisément, était concerné par les expulsions de 1964 ?
Salih Erturan (photo AA): Il s'est passé en 1964 un événement particulièrement cruel et douloureux du point de vue de la minorité Rum d'Istanbul. Jusqu'à cette date, la communauté Rum était composée de deux groupes : ceux de nationalité turque et ceux de nationalité grecque. Ces derniers étaient environ 13.000?
Pour quelle raison y avait-il deux groupes ?
En 1930, Atatürk et le Premier ministre grec Venizelos avaient signé un accord qui donnait un passeport grec aux Rums originaires de Grèce installés à Istanbul ? beaucoup étaient arrivés après l'indépendance de la Grèce. Cet accord dit Seyr-ü Sefain est donc signé en 1930, et les citoyens concernés se voient remettre un passeport grec et le droit de s'établir à Istanbul. Tous les deux ou trois ans, pendant des décennies, ils font renouveler leur permis de séjour. Mais au début des années 60, au moment où les tensions avec la Grèce autour de l'île de Chypre commencent à s'intensifier, les Rums de nationalité grecque deviennent des boucs émissaires aux yeux des autorités turques. Le 16 mars 1964, le gouvernement d'Ankara décide de dénoncer unilatéralement l'accord de 1930 et d'expulser les quelque 13.000 Rums de nationalité grecque qui vivaient alors à Istanbul. En fait, ce sont des familles entières qui ont pris la route de l'exil, puisque les mariages entre Rums grecs et turcs étaient fréquents. Près de 45.000 personnes ont donc quitté Istanbul de force en l'espace de quelques mois, en direction de la Grèce.
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(www.lepetitjournal.com/athenes) Mardi 1er avril 2014

















