DAMIEN SOUPART - «La majorité des entreprises françaises méconnaissent l'Algérie»

Par Lepetitjournal Alger | Publié le 26/08/2015 à 18:55 | Mis à jour le 28/08/2015 à 15:39

Damien SOUPART travaille depuis plus de neuf mois au sein de la Mission Economique « Business France », près l'Ambassade de France en Algérie. Il a notamment en charge l'organisation du « 3e Forum de Partenariats France-Algérie » qui aura lieu en début d'année 2016 à Alger.


Lepetitjournal.com- Alger : Votre agence a changé de nom en janvier dernier. Pourquoi ?

Damien Soupart : Auparavant, il y avait Ubifrance, l'agence française pour le développement international des entreprises, qui ne s'occupait que de la facette export du commerce international, c'est-à-dire qu'elle aidait les entreprises françaises à exporter dans le monde entier et notamment en Algérie. Parallèlement, il existait une autre agence, dénommée l'AFII (Agence Française pour les Investissements Internationaux) chargée pour sa part d'attirer les investisseurs étrangers sur le sol français. Ces deux entités coexistaient dans les mêmes locaux, mais avec deux directions différentes. Nos deux ministres M. Laurent Fabius (ministre des Affaires étrangères et du développement international) et M. Emmanuel Macron (ministre de l'Economie et des Finances) ont logiquement décidé de fusionner les deux.

Quels sont les objectifs et les missions de Business France?

L'objectif de Business France est de développer les exportations, notamment celles des PME françaises et de renforcer l'attractivité du territoire national pour les investisseurs internationaux. L'agence met également en œuvre également une stratégie de communication et d'influence pour développer l'image économique de la France à l'international.Business France est désormais l'un des instruments à part entière de la diplomatie économique telle que souhaitée par nos plus hautes autorités.

La création d'une telle entité part d'un constat simple : les entreprises ne peuvent pas exporter seules sur un marché, a fortiori les PME qui sont notre cœur de cible. L'objectif est bien d'aider ces entreprises moyennes à exporter sur différents marchés. L'Algérie est un bureau important chez Business France, notamment en termes de nombre d'entreprises accompagnées. Malgré l'image bigarrée qu'offre l'Algérie en France, les entreprises savent que c'est un marché d'intérêt où nous sommes encore trop peu nombreux.

Justement, pourquoi l'Algérie ?

C'est un grand marché de 40 millions d'habitants, avec une classe moyenne qui croît. Le pays continue à se développer, en construisant notamment des routes, des voies ferrées, des hôpitaux etc. Il faut dire que lorsqu'on parle du Maghreb aux entreprises françaises, elles pensent d'abord au Maroc qui a meilleure presse, puis à la Tunisie. Quant à l'Algérie, elles n'ont pas forcément d'informations claires. C'est pourquoi de nombreuses entreprises nous contactent car il y a très peu d'informations disponibles en France, encore moins d'informations économiques fiables et sérieuses sur les marchés algériens ou sur les opérateurs eux-mêmes. Il est souvent fait état dans la presse de marchés gigantesques,d'appels d'offres qui se chiffrent en milliards de dollars alors qu'il est difficile de quantifier réellement le marché.

Quels arguments faites-vous valoir pour faire venir les entreprises françaises ?

Économiquement, il y a un marché solvable qui existe. La proximité linguistique et culturelle est évidente, même si les entreprises françaises ne prennent pas toujours à sa juste valeur ce type de critères. C'est plus facile de venir ici plutôt que d'aller au Nigeria. Pourtant, nous trouvons des entreprises au Nigeria qui n'osent pas se déployer ici. Néanmoins, cet argument est à double tranchant. Souvent, les entreprises qui ne connaissent pas l'Algérie viennent une première fois et se rendent compte qu'on y parle la même langue, que la codification juridique est semblable, qu'il y a une certaine communauté de destins. Elles en concluent que c'est un marché facile qui ne nécessite que peu de moyens dédiés, en temps et en hommes. Les entreprises finissent par prendre ce marché à la légère, alors que l'Algérie est un marché où il est indispensable de passer du temps.

La mauvaise image de l'Algérie en France ne vous gêne-t-elle pas dans votre approche?

La mauvaise image de l'Algérie est un paramètre que nous prenons en compte et que nous rencontrons parfois mais qui ne nous gêne qu'à de très rares occasions. Cela étant dit, je pense que les entreprises n'ont pas de représentation particulière de l'Algérie. Il y a une minorité de chefs d'entreprises qui a une mauvaise expérience pour des raisons diverses. Une autre minorité qui est présente voire installée sur ce marché depuis des décennies et qui a une relation affective avec ce pays. Enfin, la grande majorité des entreprises n'a pas de représentation particulière de l'Algérie, ne s'y s'intéresse pas et n'a donc pas d'idée précise, hormis les images et informations uniformes véhiculées par les médias généralistes.

Sur les 7000 entreprises françaises exportatrices vers l'Algérie, il n'y en a que 450 implantées. N'est-ce pas peu ?

Si l'on s'arrête à une considération purement statistique, ce chiffre peut apparaître comme faible, eu égard à notre proximité rappelée ci-dessus. Il faut toutefois comprendre la vision qu'a l'entreprise française du Maghreb. Souvent, elle va ouvrir une filiale dans un des trois pays pour couvrir l'ensemble de la zone Maghreb. Il y a 450 entreprises implantées en Algérie, mais il y a beaucoup plus d'entreprises françaises qui s'occupent du marché algérien, mais en-dehors de l'Algérie. Cette situation devrait évoluer dans les prochaines années.

Qu'attendent les entreprises françaises ?

Elles attendent de connaître le marché, de pouvoir l'apprécier et de trouver un ou plusieurs partenaires algériens solides qui sachent les rassurer et leur expliquer le fonctionnement parfois complexe du marché algérien.
Ces mêmes entreprises pourraient également compter sur la réapparition, sous un format différent, des Volontaires Internationaux en Entreprise (VIE). Il y a des négociations en cours qui devraient aboutir dans les prochains mois.


Vous échangez avec les chefs d'entreprises françaises. Qu'est-ce qui les empêchent de venir investir ?

Rappelons tout de même que la France est le premier investisseur étranger en Algérie, hors hydrocarbures. Il faut également remettre les choses dans leur contexte : pendant de nombreuses années, l'entrepreneur français n'a pas eu besoin d'exporter. Le marché national lui suffisait. L'export est une nécessité récente  pour une majorité d'entreprises  françaises qui vont donc, selon des réflexes classiques, vers leurs voisins européens (Allemagne, Espagne, Italie...). Les statistiques du commerce extérieur le montrent encore aujourd'hui. Une fois qu'elles ont intégré le fait qu'il fallait exporter ailleurs qu'en Europe, elles se disent que le Maghreb est une bonne opportunité. Ce qui les retient, c'est la mauvaise presse et les considérations sécuritaires. Les contraintes administratives peuvent également les détourner.
Enfin, le rapport au temps est important et parfois sous-estimé. Lorsque vous dites à une entreprise française que la durée moyenne d'une signature du premier contrat en Algérie est environ d'une année, cela pose question. Beaucoup d'entreprises françaises ne peuvent pas attendre autant de temps car la conjoncture y est également maussade.

Un capitaine d'industrie algérien, Issad Rebrab, a investi le marché français en rachetant deux entreprises. Encouragez-vous ce genre d'acquisitions ? Y a-t-il d'autres chefs d'entreprises qui sont sur le point d'emboîter le pas à Cevital?

Cela fait partie de nos attributions. Il est évident que nous l'encourageons. D'autant plus qu'il y a une réelle cohérence économique à ce que fait Monsieur Rebrab. Qui plus est, il sauve des emplois en France et nous pouvons y être que favorable. Il y a d'autres chefs d'entreprises qui s'intéressent à ce type d'acquisitions, de façon visible mais qui cherche également à investir. Nous sommes à leur entière disposition.

Mehdi Sefraoui et Arab Chih (www.lepetitjournal.com/alger) mercredi 26 août 2015 

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