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La Suisse, victime de la propagande turque ? 

Par Adrien Filoche | Publié le 16/05/2018 à 12:06 | Mis à jour le 16/05/2018 à 12:42
Turquie, Suisse, Propagande

La scène a fait scandale en Suisse : des enfants d’origine turque scolarisés à Uttwil (Thurgovie) ont rejoué le temps d’une pièce de théâtre la célèbre bataille de Gallipoli en glorifiant l’empire ottoman. Les faits, révélés par le quotidien suisse SonntagsBlick, ont mis en alerte la Confédération, qui voit là une tentative de propagande orchestrée par le régime turc. Explications.  

Tirs avec armes factices, morts mimés sur le champ de bataille le corps recouvert d’un drapeau turc et slogans pour la patrie. La représentation théâtrale des jeunes turcs scolarisés à Uttwil (Thurgovie) n’a pas été du goût des journaux, hommes et femmes politiques suisses. Pour rappel, cette reconstitution a mis en scène l’affrontement ayant opposé en 1915 l'Empire ottoman aux troupes franco-britanniques dans la péninsule de Gallipoli durant la Première guerre mondiale. Cette bataille a notamment marqué le début de l’ascension de Mustafa Kemal, premier président de Turquie. 

 

Une représentation qui ‘’aurait dû être neutre’’

Les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir. Silvia Steiner, présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) est revenu sur « l’incident ». Donné dans le cadre des cours LCO -cours de langue et de culture d’origine ''la représentation aurait dû être politiquement et confessionnellement neutre. Nous en parlerons lors de la prochaine séance du comité de direction de la CDIP’’, a-t-elle déclaré dans le journal Le Matin. 

À noter que les cours LCO sont organisés en Suisse par l’ambassade du pays d'origine ou par des organismes privés, telles que des associations de parents. Les LCO sont proposés dès le plus jeune âge, de la 3e ou de la 4e année. Leur objectif : maintenir et élargir les connaissances et les compétences des enfants dans leur langue première et leur culture d'origine. Côté restrictions, les moyens de Silivia Steiner sont pourtant limités : les cours du week-end ne sont en effet pas du ressort des autorités de l'éducation. 

 

Une classe politique agitée 

Le spectacle donné par les enfants d’origine turque à Uttwil a aussi fait des vagues dans la classe politique, de gauche comme de droite. ‘’Ce sont des exercices contraires à l'intégration’’, réprimande le président du parti démocrate-chrétien Gerhard Pfister, interrogé par le Blick lundi. Plus critique, il poursuit : ‘’On voit bien que les cercles islamiques et l'Etat turc font tout pour combattre et empêcher l'intégration dans la culture occidentale’’. 

La conseillère nationale verte bâloise, Sibel Arslan, d'origine turque, a elle aussi été profondément choquée. Pour elle, le spectacle aux allures guerrières des enfants est ‘’un abus de confiance et de tolérance’’. Elle aussi réclame un contrôle plus poussé des LCO. ‘’Nous ne devons pas laisser ces cours aux mains des ambassades et nous devons former nous-même leurs enseignants.’’

 

Tensions entre la Suisse et la Turquie

Quelle sera la réaction de Berne ? Selon la SonntagsBlick, le ministère des Turcs de l'étranger a lancé un important programme d'enseignement turc dans 15 pays, dont la Suisse, afin « d'empêcher » l'assimilation de ses jeunes expatriés. Il s'agit d'enseigner durant le week-end l'histoire turque sous le prisme de l'islam et de l'empire ottoman. Selon certaines sources, Ankara aimerait ouvrir en Suisse une dizaine de classes. De quoi inquiéter un peu plus la confédération helvétique. 

Le conseiller national, Peter Keller, s’y est montré farouchement opposé. ‘’C'est ainsi que l'on crée des sociétés parallèles avec un islam agressif. Nous n'en voulons pas en Suisse.’’ Son collègue Matthias Aebischer voit avec inquiétude Recep Tayyip Erdogan ouvrir des établissements scolaires dans le pays. Mais pour lui, ‘’contrairement à la Turquie, la liberté d'expression doit prévaloir.’’ Affaire à suivre. 
 

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Adrien Filoche

Étudiant en Mastère de Journalisme spécialisation Internationale à Nice, je suis depuis janvier 2018 au sein de la rédaction de Paris du petitjournal.com
4 CommentairesRéagir
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Vincent jeu 17/05/2018 - 16:23

Bonjour Adrien, Allez vérifier le post mentionnant votre article sur la page fb du Petit Journal. Il y a une coquille qui fait bien rire les internautes ! Idem sur le post concernant l'entrepreneuriat syrien à Gaziantep, d'ailleurs ;-)

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Lempreur jeu 17/05/2018 - 07:28

Les politiciens parlent d'intégration mais attendent plutôt une assimilation de la part des étrangers. Les origines sont une richesse culturelle et il ne faut pas s'attendre à ce que les gens oublient leur passé culturelle. Je vous rappelle qu'avant même que les étrangers viennent en masse en Europe, ce sont d'abords les européens qui sont aller piller les ressources de ces pays! OK faut donc arrêter de se plaindre, on récolte ce qu'on sème tout bêtement!

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Ayse Ozdemir jeu 17/05/2018 - 05:33

Quel est le rapport avec l’Islam et la bataille de Gallipoli ? D’ailleurs, la bataille de Gallipoli n’est pas une propagande mais une réalité historique auxquels les Turcs ont gagné la bataille contre la France et l’Angleterre donc il est où le problème ? Et en quoi la Suisse est concernée par cet événement historique ?

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L'amateur d'aéroplanes dim 20/05/2018 - 03:00

Le fait est que la Belgique et d'autres pays européens voit les autorités du régime autocratique turque manipulés de façon éhonté les citoyens d'origine turque a des fins démagogiques alors que ces mêmes autorités hurlent contre la soit disant propagande d'un certain mouvement qui aurait selon eux organisé ce simulacre de coup d'État. Pour la Belgique, défilé sous uniformes militaire de gamins organisé par les fasciste Loup Gris !

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La Suisse, victime de la propagande turque ? 

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