Samedi 6 mars 2021
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Sarah, sa vie au sein du gang le plus dangereux de Nouvelle-Zélande

Par Valérie Thomas | Publié le 18/12/2020 à 03:21 | Mis à jour le 24/01/2021 à 00:35
Photo : Sarah a bien voulu nous raconter son histoire et plus particulièrement son enfance et son adolescence au sein du gang le plus important de Nouvelle Zélande.
Gang en Nouvelle Zélande

Rendu populaire à travers le monde suite au travail du photographe Jono Rotman, les Mighty Mongrel Mob (la puissante bande de bâtards) est le gang le plus connu et le plus puissant de Nouvelle-Zélande. Né dans les années 60 dans la région de Hawke’s bay, sur la côte Est de l’Île du Nord de la Nouvelle-Zélande, il est composé majoritairement de Māori et Polynésiens et compte à ce jour plus de 1000 membres dans tout le pays. 

Fille de l'un d'entre-eux, Sarah a bien voulu nous raconter son histoire, et plus particulièrement son enfance et son adolescence, rythmées par la violence et la peur. Par crainte d'éventuelles représailles, et afin de protéger sa famille, Le Petit Journal Wellington a tenu à changer son prénom et n'a pas souhaité dévoiler ni son visage, ni le nom de l'entreprise dans laquelle elle travaille. 

 

Jono Rotman
Portrait issu de la série photo de Jono Rotman

 

Bonjour Sarah, un grand merci tout d'abord pour avoir accepté notre invitation. Pouvez-vous vous présenter s'il vous plait ?

J’ai 42 ans et j’occupe un poste de direction au sein d’une grande entreprise dans la capitale néo-zélandaise. J’ai 3 enfants adorables et je vis dans la banlieue de Wellington. Mon père est Māori et membre du Mongrel Mob. Ma mère est de descendance européenne. Dans mon enfance j’ai vécu dans une famille dont la vie quotidienne était rythmée par la loi et les codes du gang.

Que faisaient vos parents ?

Ma famille vivait d’un petit trafic de drogue. Aussi loin que je fouille dans mes souvenirs d’enfant, mon père a toujours fait partie des Mongrel Mob.

À 10 ans, je surveillais les cultures de marijuana familiales et conditionnais la drogue en doses pour la vente dans la région de Porirua. À l’âge de 13 ans, mon père faisait bouillir l’huile de cannabis que j’allais ensuite vendre.

Quelle relation aviez-vous avec votre père ?

Mon père revenait souvent à la maison saoul et nous frappait ma mère, mes sœurs et moi, sans raison. Ma mère avait en permanence des contusions sur le visage. Certains membres étaient invités chez nous et posaient un regard lourd dès que je passais devant eux. Je sentais un réel danger. 

Vous avez donc décidé de vous enfuir en quittant le foyer familiale... 

Oui. À l’âge de 16 ans, je suis tombée enceinte de mon petit ami qui était également membre du gang. Je me suis enfuie du domicile familial peu de temps après car je refusais de vivre la vie de ma mère et d'imposer le poids du gang sur ma propre vie et celle de mes enfants.

Que faites-vous aujourd'hui ?

Sans diplôme, j’ai réussi à grimper les échelons d’un groupe Néo-Zélandais dont je gère actuellement le département commercial. Je suis également bénévole pour des associations caritatives et je fais des interventions pour aider les femmes à s’émanciper.

Selon vous, quel est le plus effrayant lorsqu'on grandit au sein d'un gang ? 

Le côté effrayant, c'est la violence extrême permanente qui existait au sein du gang, notamment envers les femmes.

C’est un milieu extrêmement violent entretenu par les excès d’alcool, de drogue, les activités criminelles et où les viols sont fréquents. Les femmes pouvaient être battues à coup de pieds, dans la tête et autres parties du corps ou encore frappées avec des bouteilles de bière ! Elles pouvaient aussi être traînées à terre et violées. Les enfants n’étaient pas épargnés non plus et subissaient de nombreux sévices corporels de la part de leurs parents.

 

gang nouvelle zélande
Les membres sont reconnaissables par leurs nombreux tatouages faciaux et leurs blousons noirs type « bikers ».

 

Quelles sont les relations entre les membres d'un même gang ?

Au sein du gang, les membres se voient comme une famille et ont le devoir de s’occuper des autres membres. C’est le « Kaitiakitanga » (protection, solidarité) en Māori. Il faut aussi évoquer « Whakawhanaungatanga » mot Māori qui est le procédé d’établir des liens, des connections avec des personnes de la même culture, et aussi « whakapapa » qui évoque les liens avec l’héritage passé. Par exemple, quand mon père effectuait une "mission" pour le Mighty Mongrel Mob, les autres membres nous offraient des crèmes glacées. C'est sans doute le seul côté positif du gang...

Comment sont recrutés les membres ?

De nos jours, hormis les membres issus directement des familles, les Mighty Mongrel Mob recrutent depuis peu leurs « prospects », sortes d’apprentis, via les réseaux sociaux tels que TikTok et Instagram en leur faisant miroiter une vie meilleure (belle voiture, belle maison, etc.)

Quelles sont les principales activités des gangs en Nouvelle-Zélande ?

Les gangs en Nouvelle Zélande vivent principalement du trafic de drogue (met-amphétamine), de blanchiment d’argent, de trafic d’armes et de cambriolages. Ils ont une structure très hiérarchisée avec un Président, un Vice-Président et un trésorier pour chaque région.

Comment reconnait-on un membre des Mongrel mob?

Les membres sont reconnaissables par leurs nombreux tatouages faciaux et leurs blousons noirs type « bikers ». L’emblème du gang est le bouledogue que l’on peut voir représenté sur les tatouages rituels et les écussons cousus sur les blousons. Les membres du gang s’identifient au bouledogue et poussent des aboiements pour rendre hommage à leurs pairs notamment lors de leurs funérailles. Alors que les membres sont majoritairement d’origine Māori ou des îles du Pacifiques, on voit aussi des svastika (croix gammées) apparaître parmi leurs nombreux logos. 

 

Valérie Thomas Le Petit journal Wellington

Valérie Thomas

Après avoir passé 14 ans à Hong Kong à diriger des bureaux d’achats dans le textile, je viens d’emménager à Wellington. Je m’intéresse à l’actualité, la mode, les arts et la rando et j’ai pratiqué la boxe thaï.
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