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Reportage à Essaouira : A Dolcefreddo, des glaces et des pâtes italiennes

Il existe à Essaouira, sur la place du 11 janvier, dans le lotissement Azlef, un glacier italien incontournable : Dolcefreddo, soit en français « sucré et froid ». C’est la maman de Simona, la jeune patronne, qui a trouvé ce nom et c’est elle aussi qui est chef en cuisine. Rencontre et dialogue avec la rédaction lepetitjournal.com

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Écrit par Anaïs Pourtau
Publié le 28 août 2026

 

 

Inutile de demander où se trouve la place du 11 janvier, personne ici ne se repère avec le nom des rues. Les noms des quartiers, des magasins, l’avenue Al Aqaba nommée familièrement : l’autoroute, l’avenue Mohamed V le long de la corniche ou encore l'avenue Attaîf que l’on nomme la voie verte, ou la route de la forêt, sont dans la transmission orale, les points de repère de tous pour s’orienter, à commencer par les « petits taxis » bleu. La place s’ouvre donc sur l’autoroute, en face du tribunal et ensuite il faut se rapprocher du grand rond point.

 

Dolcefreddo : un univers coloré et accueillant

Le restaurant s’ouvre sur une longue terrasse surélevée et couverte, à l’abri des alizés, de petites tables sont disposées çà et là, les chaises orientées vers la place. Alors que notre gourmandise nous mène tout droit  vers la vitrine réfrigérée où sont disposés les bacs de glaces et que déjà on se demande quel parfum choisir, le regard se détourne pour plonger dans la salle de restaurant. Là encore il y a de quoi regarder: sur les murs des photos et des cartes de l’Italie, une collection de petites cafetières italiennes, de grandes et petites tasses désuètes, fleuries, sagement suspendues ou posées dans des cases. Les murs enchantent jusqu’à cette mini bibliothèque de livres à emprunter et à ne pas oublier de rendre, cet antique téléphone, les sachets de thé en libre service, cette ardoise sur laquelle il est écrit le nom du jus de fruits frais du jour, aujourd’hui banane pamplemousse. Il y a même un coffre à jouets, dans un coin, au fond. 

On sent bien que cette décoration a été choisie avec amour et goût, par la maman de Simona, pour une clientèle considérée « comme une famille » .

 

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Une drôle d’aventure familiale 

Simona a un peu de temps disponible, parce qu’ici ça ne désemplit pas, pour nous raconter comment sa  famille italienne a migré pour s’installer à Essaouira.

À chaque fois que je raconte l’histoire j’explique comme c’est étonnant que nous soyons arrivés ici. Mes parents n’étaient pas destinés à partir si loin de chez eux. Nous vivions à 60 kilomètres de Rome,  mes parents travaillaient beaucoup, ils étaient plutôt casaniers, même pendant les vacances ils ne se déplaçaient pas forcément. ils aimaient bien recevoir des amis à la maison le soir. Un jour un ami de mes parents installé à Essaouira, leur dit : « venez au Maroc, on va créer une société. On fera des glaces et des pizzas! ». Sur le coup, mes parents ont dit non. 

 

« Mon père a un sixième sens pour tout ce qui concerne le commerce. »

 

En 1999, il a senti venir des changements économiques en Europe, comme la crise qui a commencé  au début des années 2000.  Bien qu’il travaille au même endroit depuis 30 ans, il a pensé que c’était le moment de changer. Dans ces années là, on pouvait lire dans les magazines économiques, des articles qui parlaient du Maroc et décrivaient Essaouira comme la future Portofino du Maroc.  Mon père à réfléchi à la proposition de son ami et aux changements économiques qu’il voyait advenir et il s’est dit qu’il était temps pour lui et sa femme de prendre leurs retraites. Voilà, ce qui est le plus invraisemblable, c’est que mon père se soit dit :

 

« Pourquoi pas ouvrir un petit café au Maroc et y passer la retraite? ».


 

Un premier café glacier à Essaouira 

Le père de Simona est d’abord arrivé seul à Essaouira en 1999 et a ouvert un petit café où l’on vendait aussi des glaces artisanales, sa mère est restée en Italie pour fermer progressivement leurs commerces. Deux ans plus tard elle a rejoint son mari, puis Simona les a rejoint après avoir passé son diplôme, à l’origine elle n’était pas prévue dans le «package ». Mes parents ont entièrement bouleversé leur vie.

Nous avons commencé sur la grande place d’Essaouira : la place Moulay el Hassan, c’était le premier café. Il y a 25 ans on ne trouvait pas de glacier ici, les gens voulaient tous savoir comment étaient ces glaces italiennes et nous en vendions, ainsi que  des cafés, en grandes quantités. Au bout de 13 ans,  j’ai ouvert le restaurant ici à Azlef, nous avons vu que ce n’était pas un quartier touristique et qu’il fallait trouver quelque chose de spécial, en plus,  pour attirer les clients et couvrir toute la journée.

 

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Maman est un peu l’âme de Dolcefreddo

Ma maman est venue m’aider, c’est elle qui a donné son nom au restaurant. Parfois nous nous disons qu’il faudrait le changer, c’est peut être un nom un peu long pour ceux qui ne sont pas italiens. C’est elle aussi qui a commencé à faire les pâtes et petit à petit c’est comme ça que nous avons commencé. C’est incroyable parce qu’il n’y a pas eu d’études de marketing, pas de publicité, à l’époque il n’y avait pas les réseaux sociaux, mais le bouche à oreille a fait venir la clientèle  En écoutant les clients, je crois avoir compris que le secret du succès du restaurant  c’est la simplicité des plats, c’est fait comme à la maison. nous sommes toujours là et ça compte. Nos clients sont fidèles.

Pendant plusieurs années nous avons eu les deux commerces en parallèle et  mon père a fermé le café de la médina il y a deux ans. Maintenant il s’occupe ici de tout ce qui est technique et moi de la logistique. Mon père à maintenant 76 ans et ma mère 75 ans. Nous continuons à travailler en famille. 

 

Le secret d’une cuisine purement italienne au pays du tajine

Tout ce que l’on sert est fait maison. Les glaces sont faites à base de lait, de sucre, de vanille et les sorbets avec des fruits frais de saison. On fait venir d’Italie certaines préparations, comme pour la glace aux noisettes par exemple. 

Nous faisons tous les jours le marché, mais pour les truffes, le fromage et le thon, nous avons des fournisseurs au Maroc qui font aussi venir des produits italiens.

Notre cuisine est simple et c’est ce que veulent les clients, certains ne prennent que des pâtes à la sauce tomate ou un sandwich, pour eux c’est comme manger à la maison. La partie restaurant est ouverte seulement le midi et c’est maman qui prépare les gnocchis et les pâtes toujours avec beaucoup d’amour.


 

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Simona, la plus marocaine des italiennes :  «  j’ai eu un vrai coup de coeur pour Essaouira  »

Simona vit maintenant au Maroc depuis plus d’années que celles qu’elle a passées en Italie. Ici elle a tous ses repères, elle a appris à parler le français, puis l’arabe. Elle dit que ce qu’elle aime à Essaouira, c’est que la ville est petite, calme, à taille humaine. Les gens sont accueillants, l’ambiance est agréable et le climat est magnifique : ni trop chaud, ni trop froid. Il y a ici une petite communauté italienne, mais moins importante qu’à Marrakech ou dans les grandes villes. Essaouira est peut-être mieux que Portofino finalement !

 

À Essaouira, Francine Flattard érige l’écriture 

 

Un accueillant morceau d’Italie à Essaouira 

Dolce Freddo ne désemplit pas, le matin il est possible de prendre un café, un jus d’oranges, une viennoiserie ou de faire un choix parmi les brunches proposés. C’est un endroit paisible pour retrouver des amis, lire ou travailler sur un ordinateur. Puis si l’on veut absolument y déjeuner, mieux vaut réserver. Il est possible de manger une salade ou des pâtes jusqu’à 17h, mais on peut se régaler de vrais sorbets au vrai goût de fruits  ou d’une part de gâteau maison jusqu’à 22h.


 

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