Lundi 16 septembre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Visite du cimetière juif

Par Félix Fier | Publié le 24/06/2019 à 00:00 | Mis à jour le 01/07/2019 à 10:50
Cimetière juif varsovie

Lepetitjournal.com/Varsovie s’est rendu à la visite du cimetière juif organisée par Varsovie accueil. Une bonne occasion d’en apprendre un peu plus sur la culture juive au sein d’un lieu aussi symboliquement chargé d’histoire que l’un des plus grand cimetière juif d’Europe.

 

Cimetière juif varsovie

 

Le rendez-vous est donné devant la porte du cimetière à 9h45, le temps que tout le monde nous rejoigne, nous commençons la visite en dehors du cimetière. Notre guide, parfaitement francophone, nous parle un peu de l’histoire d’avant-guerre de la ville et ce qu’était la vie du quartier juif tout proche, durant l’empire russe. Il nous montre carte du ghetto de Varsovie en relief, disposée à l’emplacement de chaque ex-porte de ce dernier. Une entrée était en effet située dans le cimetière, où un portail est toujours présent.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est utilisé par les nazis pour l'enterrement des victimes des exécutions de masse, pourtant le cimetière est un lieu de relative tranquillité puisque les nazis n’y entrent pas par peur des épidémies. Pour cette raison, plusieurs familles s’y seraient caché durant la guerre. On estime qu'à cette époque, environ 100 000 personnes ont été enterrées dans les fosses communes du cimetière. Après l'insurrection du ghetto en 1943, les Allemands font exploser tous les bâtiments de la zone, y compris la synagogue et les maisons funéraires. Après la guerre, le cimetière est ré-ouvert et commence à être rénové dans les années 90. 

 

Nous entrons ensuite dans le cimetière après que les hommes se soient coiffés d’une kippa, car le c’est un lieu sacré au même titre qu’une synagogue. Nous nous rendons vite compte que nous ne pourrons faire le tour complet puisque le cimetière s’étend dans une forêt de 33 hectares. Fondé en 1806, il est en effet l’un des plus grand d‘Europe.

 

Première surprise, l’endroit semble en mauvais état, voir délabré, les pierres tombales et les allées ne sont pas entretenue. Nous apprenons que la religion juive considère que les morts doivent reposer en paix et doivent être dérangés le moins possible. Il n’y a donc pas lieu de venir entretenir les tombes. A l’inverse d’un cimetière chrétien, les corps peuvent pas être déplacés, le cimetière devra subsister et ne sera remplacé par d’autres constructions sous aucun prétexte. De ce fait, on note l’existence de différents paliers, c’est en effet par manque de place que les autorités ont dû ajouter des couches de terre par-dessus les tombes existantes de manière à pouvoir procéder à de nouveaux enterrement lorsque le cimetière fut saturé.

 

Lorsque le cimetière a été créé, les dépouilles, selon la tradition juive, étaient inhumées en terre dans un linceul, et non dans un cercueil. Cependant, on impose à Varsovie, depuis le milieu du XXème siècle, l'usage du cercueil, afin d'éviter les épidémies. 

Les inscriptions sur les pierres tombales sont à l'origine inscrites en hébreu, pourtant à l'époque des partages (fin XVIII-début XIX), il fut obligatoire d'y rajouter une traduction en polonais, allemand ou russe. La tradition juive impose également dans les cimetières toute comme à la synagogue, une séparation entre hommes et femmes. En effet, les tombes de chaque sexe n'étaient pas situées au même endroit, de même que les représentations des visages sont interdites, il ne doit donc avoir ni photos, ni sculpture représentant un visage. On note cependant quelques tombes d’hommes et de femmes cotes à côtes et même des photos. La plupart datent de la période communiste, durant laquelle l’intégrisme religieux fut mis de côté. Toutefois, les pierres tombales mixtes ou comportant des représentations de visages sont rejetés par les plus orthodoxes.

On note également différents symboles sur les pierres tombales, comportant toutes une signification particulière :

-Deux mains faisant un geste de bénédiction : le défunt provient de la famille des Cohen, membres du clergé hébreu

-Cruche qui remplit une vasque d'eau : le défunt est issu de la famille des Lévites, serviteurs des Cohen, auxquels ils versaient sur les mains l'eau d'ablution purificatrice.

-Bibliothèque : le défunt est un rabbin

-Le tronc à aumône, avec une main donnant une pièce : le défunt est une personne charitable

-Chandelier : une femme est enterrée, car ce sont elles qui, pour le Sabbat, en allume les bougies. Les bougies sont généralement brisées sur les pierres tombales, afin de marquer la mort. 

 

Tombes emblématiques

 

Cimetière juif varsovie

 

Après ces explications, nous nous attardons sur différentes tombes emblématiques du cimetière.

On s’arrête premièrement sur un mausolée abritant un riche marchand issu de la famille Sonnenberg. Elle présente sur ses cotés des bas-reliefs considérés comme parmi les plus beau d’Europe. L’un représentant la ville de Varsovie et le second orné de motifs babyloniens.

  

Ensuite, nous apercevons la tombe du controversé Adam Czerniaków, connu pour avoir été à la tête du Judenrat (Corps administratifs et policier juif officiant dans le ghetto) durant la guerre. Il décidât de se suicider après avoir reçu l’ordre d’organiser les premiers convois pour les camps de la mort. Il avait en effet compris l’ampleur de la funeste machination mise en place par les nazis et se refusa à y participer.

 

Cimetière juif varsovie

 

Le nom inscrit sur cette tombe vous est sans doute inconnu, mais certainement pas son invention. Il s'agit de Ludwik Zamenhof, concepteur de l’esperanto. Ce dernier espérait pouvoir apporter la paix dans le monde grâce à un langage universel, les guerres étant selon lui, causées par le manque de compréhension entre les peuples. Comble de l’histoire, après sa mort, une querelle éclatât au sein du mouvement espérantiste, donnant lieu à diffèrent courants au sein du groupe.

 

Nous passons ensuite à côté des tombes des insurgés du ghetto de Varsovie, regroupés entre « camarades » jusque dans l'au-delà.  La dernière tombe de cet ensemble est celle de Marek Edelman, mort en 2009, un des leaders du soulèvement du ghetto de Varsovie. Bien qu’éloigné de la religion juive, sa dernière volonté fut de reposer dans ce cimetière auprès de ses frères d'armes. 

 

Cimetière juif varsovie

Comme déjà stipulé, la tradition juive interdit de représenter des visages. C'est pourquoi cette sculpture d'ange fit scandale, et même si ce n'est pas un personnage humain à part entière, les juifs orthodoxes s'y sont fermement opposés. Cette tombe a ainsi été plusieurs fois dégradée par ces derniers.

 

Cimetière juif varsovie

 

Ce monument à la lisière du cimetière est la tombe symbolique de Janusz Korczak, médecin-pédiatre et écrivain polonais. Il est célèbre pour avoir accompagné les enfants déportés du ghetto de Varsovie, dont il s'occupait dans un orphelinat. D'ailleurs, alors qu'à Treblinka, les pierres tombales n'indiquent que les noms des villes d'où proviennent les convois, il est le seul à être nommément indiqué, ainsi que les enfants qu'il accompagnait. Le film Korczak, d'Andrzej Wajda, raconte son histoire.

 

instagramFacebook

 

Cimetière juif varsovie

 

.

Félix Fier

Le petit stagiaire de la rédaction, étudiant en master de relations internationales, j'aime vagabonder pour découvrir de nouvelles places, cultures et activités inédites.
0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

Votre édition de Varsovie cherche un repreneur !

Cet été, l’équipe de Lepetitjournal.com/Varsovie va se renouveler. Suite au départ d’une de ses associées l’édition cherche à renforcer son équipe. Intéressé.e ? Contactez-nous vite. 

Vivre à Varsovie

Séoul Appercu
LEPETITJOURNAL.COM

Devenez notre correspondant en Pologne

Vous aimez écrire ? Vous voulez découvrir la Pologne autrement et faire des rencontres inoubliables ? Nous recherchons un(e) correspondant(e) pour développer notre contenu localement !

Expat Mag

Jean-Paul Demoule : les multiples facettes de l'archéologie

Jean-Paul Demoule est professeur émérite de protohistoire européenne à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France.