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FIN D’EXPAT – Avec Edouard Chassaing

Par Alexandra Levy | Publié le 11/10/2018 à 00:00 | Mis à jour le 11/10/2018 à 12:43
Edouard fin expatriation

Une fois n’est pas coutume, Lepetitjournal.com/Varsovie vous livre le témoignage d’un conjoint d’expat qui a quitté la Pologne fin septembre. Après deux années intenses et enrichissantes à Varsovie, Edouard et Isaure se sont envolés vers de nouvelles aventures à Bordeaux. Edouard revient pour nous sur son expérience et ses impressions.

 

Ton âge : 33 ans

Ta profession : designer, architecte d’intérieur

Originaire de Clermont-Ferrand

Qu’est-ce que tu aimes : l’art, la peinture ancienne, l’architecture, la vie

Ce que tu n’aimes pas : les gens qui se tiennent mal à table et la radinerie

 

Le petitjournal.com/Varsovie : Qu’est ce qui t’a amené en Pologne ?

Edouard : Nous nous sommes installés ici pour saisir une opportunité professionnelle pour ma femme Isaure qui travaille pour BPI France. On avait ce projet de partir vivre à l’étranger. Mon agence à Paris m’avait proposé d’aller développer un projet à Doha au Quatar, finalement ça ne s’est pas fait pour des raisons de santé. On a gardé cette idée en tête mais on l’a réalisée via mon épouse qui a postulé pour une mobilité internationale. Au départ, elle devait être envoyée à Johannesburg et finalement ça a été Varsovie !

 

Qu’est-ce qui t’a surpris en arrivant à Varsovie ?

Comme tout le monde, on a une image de ce pays en noir, blanc et rouge avec pour capitale Cracovie plutôt que Varsovie. Les préjugés tombent vite, nous sommes arrivés à la fin de l’été et nous avons  découvert une ville très verte, agréable à vivre, à la fois douce et moderne. Ensuite ce qui m’a surpris c’est le changement brutal de saison avec le manque de lumière qui arrive très vite, il n’y a pas d’intersaison.

 

Quels conseils aurais-tu aimé recevoir avant d’arriver ?

Nous avons reçu quelques conseils de contacts avant d’arriver. Mais tout est allé très vite, fin mai nous avons appris qu’on partait à Varsovie, début septembre. Donc on n’a pas eu trop le temps de recueillir beaucoup de conseils, et ce n’est pas plus mal, nous sommes arrivés avec un œil très neuf, sur l’expatriation et la Pologne.

 

Et comment as-tu vécu le fait d’entrer dans un milieu de conjoint d’expat qui est surtout féminin ?

La communauté des expatriés est un milieu dans lequel très peu de femmes travaillent et la question qui revient sans cesse c’est « Il est venu pour quelle boite ton mari ? » C’est une situation qui nous a frappés. Alors que chez nous à la maison c’est très équilibré, la femme est l’égale de l’homme et on se partage toutes les tâches, nous nous sommes trouvé confrontés ici à un modèle familial très différent où souvent le mari bosse et la femme s’occupe des enfants et de la maison.  En venant de Paris, ça nous a perturbés. Au début, je participais à toutes les activités d’accueil et je réalisais que j’étais le seul homme, je ne rencontrais dans les squares que des femmes. Je ne m’en doutais pas du tout avant d’arriver.

 

Mais tu as rapidement trouvé du travail ?

On a emménagé en septembre et j’avais le projet de monter une entreprise dans la réalisation de mobilier et l’aménagement sur mesure. Finalement en démarchant j’ai rencontré l’agence d’architecture pour laquelle j’ai travaillé par la suite, Sud architectes et j’ai commencé le 1erjanvier.

 

Quels sont tes plus beaux souvenirs de ta vie ici en Pologne ?

Nous sommes partis dans un contexte très particulier. J’ai eu un grave accident de la route en France et avant d’arriver on a vécu trois années très compliquées à Paris. Mon plus beau souvenir a été cette sorte de renaissance, me faire des amis qui ne connaissaient pas du tout mon histoire, pouvoir vivre un espèce de nouveau départ. Mes plus beaux souvenirs, c’est aussi une vie sociale très intense, une ville où le week-end la vie est facile avec des enfants,  ce cocon très agréable où on prend soin à la fois de notre famille, de nous et de nos amis. C’est assez rare dans une vie d’avoir ce genre d’épisode et ça fait vite oublier l’hiver.

 

Est-ce qu’il y a des choses qui t’ont déplu ici ? 

Le manque de lumière est vraiment violent, et ça pèse sur le système. 

Je n’ai pas aimé non plus le repli sur soi que peut avoir la Pologne en ce moment. 

Ca se ressent dans la jeune génération qui est un peu résignée. J’ai constaté au boulot que les jeunes n’ont plus l’envie de se battre et sont déçus par leur système politique, par les gens qui les gouvernent et veulent quitter la Pologne parce qu’ils pensent qu’ils n’ont pas d’espoir ici. Et ça m’a un peu attristé parce que c’est un pays qui a beaucoup d’avenir devant lui. 

 

Pour toi les Polonais sont?

J’ai deux exemples très opposés. Quand nous nous sommes installés, j’ai cherché des fabricants pour réaliser du mobilier. Je devais trouver un marbrier et j’ai demandé des adresses à mon propriétaire qui m’a emmené un après-midi choisir le marbre dans un super endroit, il a tout négocié et quand le marbre a été prêt il a demandé à son fils et à un ami de son fils d’aller le chercher et de m’aider à porter un plateau de 150 kg ! Pourtant ce n’est pas quelqu’un de très proche mais quand il y a un service à rendre ils sont adorables. J’ai trouvé ici une profondeur humaine qu’on a peut-être perdue dans certains pays latins ? D’un autre côté, pour avoir travaillé avec des Polonais, ils font le job mais ils sont très individualistes. Et je pense que c’est le risque pour ce pays, cette génération qui a connu l’époque soviétique et a pris de plein fouet l’ouverture de marché. Ils ont pris tous les travers du capitalisme, à savoir l’égoïsme , le consumérisme sans raison, la propriété, ils sont tous très fiers de leur voiture, l’enfant unique qui devient enfant roi. C’est paradoxal d’être aussi fidèle, serviable, gentil, honnête et en même temps grand consommateur, personnel, individualiste et ne pas s’inquiéter de l’environnement.

 

Des amis viennent passer un week-end à Varsovie. Quel programme leur prépares-tu ?

Le vendredi soir en revenant de l’aéroport, je leur prépare un trajet qui permet d’avoir un petit aperçu de Varsovie de nuit. Ensuite je les emmène à Hala Koszyki boire un verre. Et on poursuit par un resto sympa comme Kraken ou Tel Aviv. Le lendemain matin, on brunche à Aïoli ou on se balade sur les bords de la Vistule ou on visite la vieille ville, un incontournable.

 Pour le déjeuner on se rend à Praga dans une rue que j’aime beaucoup, ulica Ząbkowska

 avec plein de petits restos très agréables. On profite d’une terrasse à Soho factory et on embraye par la visite de la chocolaterie Wedel. Le soir je réserve Senses s’ils ont envie de vivre une expérience culinaire polonaise ou au Gessler d’Hala Koszyki, plus contemporain ou celui de l’arsenal, plus traditionnel, ces restaurants sont parfaits pour découvrir la nourriture polonaise. Ensuite on va boire un verre sur un rooftop, The view. Et on termine la soirée dans un club, le Smolna, qui est un club d’éléctro et s’ils veulent un endroit plus posé je les emmène dans un bar speakeasy, le Welles ou le Charlie Bar par exemple.

Pour la journée, je conseille le musée Polin qui retrace l’histoire millénaire des juifs de Pologne, et ne se résume pas seulement à la Shoah mais explique que la culture polonaise est indissociable du judaïsme. Comme musée sympa il y a également le musée communiste qui peut être couplé avec un tour dans un bus de l’époque soviétique organisé par Warsaw adventure. Et j’oubliais une activité très importante, une de mes favorites, les concerts de Chopin au parc Lazienki le dimanche l’été. 

 

Qu’est-ce qui va te manquer ?

La simplicité et la douceur de vivre. Tout est facile, se déplacer, trouver quelque chose, appeler un ami pour prendre un verre, organiser une soirée, les grandes balades ; aller au resto avec les enfants. La vie de tous les jours est vraiment simple et je sais qu’en France tout sera plus compliqué. 

 

Qu’est-ce que tu as retiré de ta vie personnelle et professionnelle ?

Professionnellement ça a été une grande joie de travailler ici. Avant cela j’évoluais dans mon petit cocon en France, avec un respect de l’architecture, du patrimoine, du durable…J’ai appris une autre manière de pratiquer l’architecture ici. C’est une architecture menée par des acteurs souvent privés, promoteurs immobiliers, développeurs, qui veulent construire des centres commerciaux ou des programmes de logements à travers toute l’Europe centrale. C’est plus agressif, peut-être plus dynamique aussi. J’ai été content de participer à ces projets pour instaurer des gardes fous. 

J’ai aussi pris conscience d’une écologie dans ma pratique de l’architecture en Pologne. 

Pour le moment nous sommes encore au stade du «  green washing »  mais nous devons continuer a persévérer : développer le tri, les énergies renouvelables… c’est un manque en Pologne, nous en parlons beaucoup, mais les déchets vont souvent dans la même poubelle et le pays se chauffe au charbon. L’air de Varsovie est malheureusement plus chargé que celui de Shanghai l’hiver !

 

Personnellement ça nous a fait murir, c’est bien de prendre un peu le large, d’avoir un nouveau projet, une nouvelle vie. Nos enfants ont appris de nouvelles langues, ils réalisent qu’il existe quelque chose de différent ailleurs.

 Quand on évolue dans notre petit quartier à Paris, notre vie se déroule dans 1 km2 et on ne se rend pas compte qu’il existe autre chose. C’est une vraie expérience de reconstruire complètement une nouvelle vie. On savait que ça allait être intense, on a rencontré beaucoup de monde, on s’est fait plein d’amis très fidèles et même si on réalisait que c’était temporaire on voulait vivre cette espèce d’étincelle.

 

Quels sont tes projets après le départ ?

Avant d’apprendre qu’on parte j’avais choisi d’arrêter ma carrière pendant un an afin de me consacrer à des projets plus personnels. Cette année avant le retour allait être une année charnière. J’avais pris la décision de démissionner pour présenter un concours de résidence d’artiste à Rome, terminer le chantier d’une maison qu’on a achetée en France. Je trouve ça important en étant expatrié d’avoir un point d’attache dans son pays d’origine. Et j’en profite également pour développer une start up qui a démarré en septembre... Un retour finalement bien occupé.

 

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