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Carrefour Polska, interview du nouveau Président-Directeur Général

Par Alexandra Levy | Publié le 21/03/2019 à 00:00 | Mis à jour le 21/03/2019 à 10:40
Carrefour Polska - Christophe Rabatel

Carrefour Polska est dirigé depuis quelques mois par un nouveau Président-Directeur Général, Christophe Rabatel. Et qui dit nouvelle présidence, dit nouveaux objectifs et ceux-ci ne sont pas des moindres puisque M. Rabatel est chargé de mettre en place en Pologne la nouvelle stratégie de Carrefour, celle de « la transition alimentaire pour tous ».

 

lepetitjournal.com/Varsovie : Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

Christophe Rabatel : Deux entreprises ont marqué mon parcours jusqu’ici ! Diplômé d’une école de commerce française et après l’obtention d’un MBA aux Etats-Unis j’ai commencé chez Deloitte, une entreprise d’audit et de conseil où j’ai passé 9 ans entre Paris et Montréal. J’ai rejoint Carrefour fin 2004 comme directeur du contrôle financier de la zone Europe, poste que j’ai occupé pendant 18 mois. J’ai ensuite été nommé directeur financier et administrateur de Carrefour en Turquie où j’ai passé 3 ans. Après cette expérience je suis rentré en France comme directeur financier des supermarchés France (Carrefour market à l’époque) où j’étais responsable, en plus de la finance, de l’expansion des actifs, de l’organisation et de l’IT pendant 3 ans. J’ai accédé par la suite à des fonctions opérationnelles en rejoignant la proximité en France en tant que directeur régional et j’étais en charge de l’animation du réseau des magasins de proximité du groupe Carrefour, principalement en franchise, sur la région Paris Centre, avec 22 départements. J’ai ensuite eu la chance d’être nommé directeur exécutif de Carrefour proximité en avril 2015 où j’étais responsable de tout le réseau de magasins de proximité c’est à dire 4 200 magasins sur le territoire français, principalement en franchise, et à l’époque j’ai aussi géré la fusion avec Dia. J’ai occupé ce poste un peu plus de 3 ans et il y a 9 mois Alexandre Bompard m’a proposé de reprendre la direction de Carrefour Pologne.

 

Que représente pour Carrefour la transition alimentaire et quels en sont les éléments clés ?

Tout d’abord cette nouvelle stratégie de la transition alimentaire qui consiste à faire en sorte de donner accès au plus grand nombre à une alimentation de plus grande qualité à des prix toujours acceptables s’inscrit complètement dans notre temps. Elle prend sa source dans le fait que tous les enjeux de notre planète se retrouvent de manière directe ou indirecte dans cette transition alimentaire pour tous : raréfaction des ressources et surexploitation de celles-ci, une urbanisation croissante, une augmentation significative de la population, toutes les problématiques climatiques qui nous prouvent qu’on a un vrai sujet à gérer, celui de comment mieux consommer et mieux produire pour nous assurer une planète qui aura une espérance de vie plus longue que celle qu’on peut lui donner aujourd’hui si on continue à adopter les mêmes comportements. Et sur ce sujet-là notre président Alexandre Bompard a relevé le challenge de se dire « nous voulons être le leader de la transition alimentaire pour tous ». C’est lui qui a été le premier à mettre en place cette stratégie de la transition alimentaire pour tous, au sein d’une entreprise de distribution. 

 

Constatant qu’il existe un vrai déficit d’offre en Pologne, on s’est demandé ce qu’on pouvait faire pour investir dans la filière amont pour s’assurer que nos magasins, nos clients puissent profiter de produits qualitatifs et notamment de produits bio.

D’où un certain nombre d’initiatives prises cette année.  Nous avons ainsi lancé cette campagne Act for Food le 9 septembre dernier qui est une campagne de communication supportant notre stratégie. Le 11 septembre une conférence de presse a été organisée avec des journalistes et également beaucoup de nos fournisseurs pour leur expliquer en quoi consiste notre démarche. A partir du moment où on affirme cette stratégie au niveau international et qu’on la réaffirme dans chacun de nos pays on s’efforce bien évidemment d’emmener avec nous un maximum de nos fournisseurs. 

 

Nous avons pris une autre initiative au début du mois de novembre 2018 en mettant en place une Coalition pour le développement du bio en Pologne. Cette coalition se trouve sous le patronage du ministère de l’Agriculture et du Développement rural polonais ; siègent aussi autour de la table la fondation pour l’Alimentation biologique en Pologne, l’association Ekołan qui est un rassemblement de tous les producteurs bio polonais, l’Université des Sciences de la Vie de Varsovie. Le volet éducation est un gros challenge, il y a beaucoup de pédagogie à mettre en place pour expliquer à nos collaborateurs, à nos clients en quoi consiste un produit bio, pourquoi il est meilleur pour la santé et quelles sont les études scientifiques qui le prouvent. 

 

Comment s’est fait le choix des producteurs avec lesquels vous avez signé les contrats fermiers ? Leur avez-vous imposé certaines règles de culture, de qualité ? 

Avec chacun de nos fournisseurs nous avons un cahier des charges plutôt précis et l’approche ne sera pas différente avec les agriculteurs de bio. En revanche leur accompagnement sera plus conséquent puisqu’on souhaite une augmentation du développement du bio en Pologne. 

 

Aujourd’hui, la culture biologique représente moins de 0,5% des terres cultivées avec en plus, en 2018 un recul du nombre de produits bio disponibles sur le marché. Pour aider les agriculteurs dans leur démarche vers le bio, nous donnons notre appui à 50 fermes pour une conversion à l’agriculture biologique d’ici 2022. En outre, nous signons les contrats fermiers avec les fournisseurs polonais. Par ces contrats, on s’engage à leur acheter toute leur production pour qu’ils puissent investir. 

 

La Fondation Carrefour a apporté un soutien aux agriculteurs polonais en accordant une subvention pour la réalisation des projets des associations Społeczny Instytut Ekologiczny et Fundacja AgriNatura. L’objectif du premier projet est l’amélioration de la qualité et de la diversité de fruits écologiques sur le marché ; le deuxième projet a pour but de soutenir 5 fermiers lors de leur transition de l’exploitation conventionnelle vers l’agriculture écologique. La subvention de la Fondation Carrefour s’élève à 184 800 EUR et soutiendra au total 25 fermes. C’est la première fois qu’une entreprise privée montre un engagement aussi fort pour les accompagner. 

 

Quel est votre objectif en terme d’offre bio ?

Aujourd’hui la part des produits bio vendus dans nos magasins en Pologne représente 0,5% du chiffre d’affaire global versus 8 à 12% dans des marchés matures. Nous souhaitons augmenter cette part de manière significative et de belles progressions sur le bio sont déjà réalisées. Le marché existe, la demande aussi mais il faut qu’on lui propose une offre digne de ce nom, de qualité dans un maximum de nos magasins et c’est là notre challenge. C’est un long périple qu’on entame mais on est convaincu que dans cette nouvelle ère, si les entreprises privées ne prennent pas leurs responsabilités sur ces sujets importants, la mise en place prendra encore plus de temps.

 

L’objectif est également de démocratiser ce bio et de devenir le leader tant dans nos magasins que dans le e-commerce, le faire dans un univers omnicanal, en remettant le client au centre du dispositif. Nous sommes multi format c’est à dire que nous avons des hypermarchés, des supermarchés, des magasins de proximité, du e-commerce c’est notre force, et notre objectif est que l’on puisse servir le client n’importe où et selon ses besoins. Le client doit pouvoir retrouver une homogénéité de service et de produits où qu’il aille. 

 

Notre prochaine initiative c’est également l’ouverture prochaine d’un magasin Carrefour bio et ce sera le premier magasin sous enseigne Carrefour bio en Pologne. Il proposera des produits tels que des fruits, légumes, du vin, de la bière et des produits de la marque Carrefour bio France. 75 à 80% des produits vendus seront bio. Notre objectif est d’introduire plus de 100 nouveaux produits bio d’origine polonaise d’ici 2020. Nous devons aussi développer l’offre bio en fruits et légumes parce qu’elle n’est pas suffisante aujourd’hui tout en restant autant que possible en phase avec les saisons en s’adaptant évidemment aux demandes des consommateurs. On s’engage à référencer au minimum 30 fruits et légumes de saison bio dans nos magasins. Notre travail consiste aussi à améliorer la manière dont ces produits seront mis en valeur. 

 

Quels changements la transition alimentaire dans laquelle Carrefour s’engage implique-t-elle dans le modèle de fonctionnement de l’entreprise ? Est-ce que les prix vont augmenter ? Va-t-elle engendrer des coûts supplémentaires et comment vont-ils être supportés ?

Nous avons décidé de travailler sur le projet Carrefour bio de manière transversale en définissant un responsable de projet et un groupe de travail dont les membres viennent des différents départements, ils réfléchissent sur cette nouvelle stratégie afin de la rendre la plus optimale possible. Ainsi, on développe une approche transversale qu’on n'avait pas beaucoup l’habitude d’adopter dans notre monde Carrefour qui était historiquement très cloisonné entre hypers, supers, proximité, e-commerce. 

 

Notre intention n’est pas de dégager plus de marge sur les produits bio que sur les autres produits, nos marges sont globalement très petites et c’est la masse qui permet de dégager une certaine rentabilité. Nous voulons le juste prix, un prix accessible au plus grand nombre et qui permet à l’ensemble de la filière de se développer et susciter des vocations auprès des agriculteurs polonais sans cela l’équation est insoluble.

 

Cela fait quelques mois que vous êtes installé à Varsovie. Quelles sont vos impressions ?

Très bonnes. J’ai été épaté par le dynamisme et le modernisme de la Pologne en général et Varsovie en particulier. Je pense que j’avais une image un peu erronée de la Pologne et là c’était une belle surprise pour moi que de découvrir cette dynamique économique, culturelle. Des gens qui sont plein d’énergie, qui prennent beaucoup d’initiative, un tissu de start up assez incroyable. Et puis des choses toutes simples par exemple la facilité du système bancaire qui est très impressionnante. Je trouve que Varsovie est une ville agréable à vivre, très verte, avec beaucoup d’espaces. Le bémol c’est la qualité de l’air, la pollution et ça me permet de faire la boucle avec cette stratégie de transition alimentaire dont le but est de contribuer à ce que notre planète reprenne un chemin sain.

1 Commentaire (s)Réagir
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Kriss mar 26/03/2019 - 15:14

La prépondérance des grandes théories fumeuses face aux réalités simples des choses qui vont de soi, voilà le mal de notre époque ! Non, ce n’est pas vouloir un retour naïf impossible à « ce qui était mieux avant » mais simplement oser déjà s’avouer pourquoi « c’était mieux avant »pour ensuite pouvoir comprendre que l'on a pas obtenu un « c’est mieux après ! » Or tout le bonheur apporté par une civilisation est le fait d'une simple sage continuité qui se positionne d’elle-même par son acceptation et son adaptation à nous mêmes et pas un brutal chamboulement, Darwin est là pour le dire ! Dans le domaine alimentaire et en France particulièrement c’est un désastre! On a désarticulé la logique des choses par une prétention intellectuelle de positivisme sans borne qui en matière de distribution par Grandes surfaces est devenue une mafieuse arnaque! Qui peut contester que nous avions »naturellement » du bio il y a 50 ans et nous ne l’avons plus ? Ce directeur ne le dit-il lui-même? Ainsi de nombreux gugus bardés de titre, après avoir fait en sorte de rejeter le normal, le naturel le bio pour raison de profits exclusivement pour ceux qui le paient, veulent le remettre en place pour encore raison de profits et encore pour eux, pas pour notre santé ! Inchangé tintouin technocratique au lieu de la simplicité des choses, pire, du haut de leur puissance ils ne respectent même plus un marché concurrentiel soit application du vrai capitalisme dont ils se prétendent acteurs? Eh oui tout est là aujourd'hui : laisser faire laisser passer mais toujours pour les mêmes voilà la question, le bio une fumisterie rémunératrice de plus ! Ainsi il est drôle tout de même qu’avec tant et tant d’aides nos paysans français se suicident et évidemment je gage que les Polonais suivront ! Ils ont subi le communisme mais le capitalisme Carrefour expliqué ici fera-t-il mieux ou pire! Car dites nous où la misère a reculé, la santé est revenue, le bonheur s’est retrouvé, la guerre a disparu là où les grands distributeurs dominent le marché du pays ! Ainsi pour dire plus simple que ce monsieur, si on veut du bio pourquoi ne pas permettre aux agriculteurs traditionnels de produire ce qu’ils ont produit de génération en génération depuis des lustres ? Dites! S’ils ont quitté le bio ancestral c’est la faute à qui ? C'est drôle cela correspond exactement aux dates d'implantation de la grande distribution en France? Je propose la simple expérience suivante? Laissons les paysans avec leurs savoirs et leur courage nous démontrer que vous avez tord ! Oui mais avec leurs seules marges à eux sur leurs peu de revenus, pas les milles et une obstruction des foutaises réglementaires de Bruxelles et pas en passant par des intermédiaires véreux justement mais en prise directe du vrai laisser faire laisser passer du capitalisme ! Comment ? Très simple et résultats immédiatement : autoriser gratuitement aux agriculteurs la vente de leurs produits par eux-mêmes sur la moitié de la surface de parking des Carrefours et on verra qui prendra plaisir à faire du bio pour la santé de ses clients et qui ……se suicidera après avoir été virés par ses actionnaires ! Ben oui mais justement faut surtout pas avoir un MBA pour comprendre ça!

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