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Alicja Getka, une touche de design éco-responsable

Par Maëlle Gomez | Publié le 17/06/2019 à 00:00 | Mis à jour le 26/06/2019 à 11:11
alicja Getka design varsovie sacs

Un jeudi printanier, je retrouve Alicja Getka à son studio situé à Stary Mokotow pour lui poser quelques questions sur son métier de designer qu’elle exerce en essayant de limiter son empreinte écologique. Je l’ai rencontrée durant un événement auquel elle prenait part à Powiśle et sa passion pour les couleurs qu’elle utilise m’a donné envie d’en savoir plus sur son travail. Son studio est à l’image de ce que j’imaginais, une vraie caverne d’Ali baba avec des chutes de cuirs de toutes les couleurs, des machines à coudre et des produits finis, prêts pour les prochains événements. Pour conduire l’interview, elle m’invite à aller déguster des Mezze au restaurant du même nom (que je vous recommande) situé sur la rue Puławska.

 

AliciaLepetitjournal.com/Varsovie: Bonjour Alicja, merci de m’accorder du temps pour cet entretien. J’ai une première question somme toute basique mais essentielle, qu'est-ce qui t’a donné l’envie de devenir designer? 

Alicja Getka : Eh bien, je dirais que depuis mes 16-17 ans, je savais que je voulais être designer parce que le design permet d’emprunter des voies très différentes (céramique, création mais aussi mode). J’ai une formation en art, mon père est ingénieur et ma mère est artiste. J’ai beaucoup aimé mes études qui ont été influencées par le métier de mes parents – même si peut être davantage par le côté artiste de ma mère. En effet, l’étude du design industriel, nécessite d’assimiler durant les premières années d’études des concepts d’ingénierie liés à la production et de mathématiques. 

 

Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?

J'aime la liberté de création et l'idée que l'on peut remodeler le monde et le changer à sa manière selon ce qu’on a en tête en utilisant des matériaux très différents. C'est pourquoi, si je veux toujours créer des pièces très originales et uniques, je tiens à ce qu’elles soient pratiques. Je pense qu'il est inutile de créer quelque chose qui n’est que décoratif surtout aujourd’hui avec les enjeux environnementaux auxquels on est tous confrontés. Les designers se doivent d’être responsables et de montrer l’exemple. 

 

Ta marque a commencé par la création de portefeuilles. D’où t’es venu cette idée et à quel moment ?

Après avoir obtenu mon diplôme, j'ai travaillé dans un studio de design à Stockholm ce qui était très stimulant. J’étais à la recherche d’un portefeuille mais je n’arrivais pas en trouver un qui soit à la fois original mais aussi pratique à utiliser. Un de mes amis m'a alors suggéré de créer mon propre portefeuille et je me suis dit « quelle bonne idée ! ». J’ai commencé par coudre un premier portefeuille qui deviendra par la suite mon premier produit « pocket big ». C’était fait de manière très artisanale parce que pour tout vous dire, je ne suis pas très bonne en couture ! Cependant, mes amis ont beaucoup apprécié le portefeuille et m’ont demandé « mais où l’as-tu acheté ? J’en veux un aussi ». J’ai alors commencé à créer des portefeuilles pour mes amis et leurs amis et à coopérer avec un atelier de maroquinerie dans ma ville natale Radom en Pologne pour améliorer la conception. Je dessinais et coupais le cuir et ils réalisaient la couture. Bientôt, je réalisais des portefeuilles non plus pour mes amis ou les amis de mes amis mais pour des inconnus qui venaient à moi via le bouche-à-oreille. Avec l’augmentation de la demande je me suis donc dit que je devais choisir une marque - comme tout designer et j’ai opté pour mon nom Alicja Getka et « lab. », laboratoire pour souligner le côté expérimental de ce projet. La marque "ALICJAGETKA LAB" était née. 

Face à cet engouement graduel mais croissant pour les portefeuilles, j’ai décidé de me consacrer à ma marque et de rentrer en Pologne – ce que mes collègues et mon patron en Suède n’approuvaient pas vraiment au début. Bien sûr, j’ai eu des doutes quant à cette aventure et ce n’était pas facile tous les jours, surtout au début. Mais, rapidement, j’ai pu vivre de mon activité et aujourd’hui cela fait cinq ans et demi que cette belle histoire a commencé.

 

Comment fidélises-tu ta clientèle et quels canaux de vente utilises-tu pour tes produits ? 

Je pense que mes clients deviennent fidèles à la marque quand ils la découvrent. Ce que je veux dire, c’est que beaucoup de clients vont acheter un portefeuille et plus tard un sac par exemple. Ce qui est plutôt bon signe parce que j’investis peu dans le marketing. Je préfère me concentrer sur le design et laisser le bouche à oreille fonctionner. Ma marque a une boutique en ligne et je participe régulièrement à des salons avec des designers où je rencontre de nouveaux clients. J’aime discuter avec les gens à propos de mes produits et des couleurs ou matériaux que j’utilise. 

 

Qui sont tes clients ? 

Au début, ils s’agissaient de mes amis et à présent en plus de connaissances, il y a des inconnus venus essentiellement d’Europe : de Pologne bien sûr et beaucoup d’Allemagne mais aussi d’Islande. Récemment, nous avons même reçu des commandes de Nouvelle-Zélande. 

 

Que penses-tu des concept stores ? 

Je trouve que c’est un concept intéressant, spécialement pour les jeunes designers pour tester des produits. Toutefois, comme mes modèles sont uniques, ce n'est pas facile de trouver une boutique intéressée car je n’ai pas de stock à leur proposer. En ce moment, je discute avec une agence de promotion en Allemagne qui soutient les petits créateurs parce que je pense que se faire aider pour la promotion permet de se concentrer sur l’essentiel: créer. 

 

Tes portefeuilles ont des couleurs et des matériaux très spécifiques. Comment les choisis-tu ? 

Je crée toujours quelque chose que j’aime. Si je réalise des commandes spécifiques pour des clients, je refuse de créer quelque chose que je trouve laid ou qui me déplait 

C'est pourquoi je choisis toujours avec soin les couleurs et les matériaux que j'utilise. Mes couleurs sont toujours un peu abîmées, ni entièrement rouges ou bleues, ni rigides ni pastel, peut-être quelque chose entre les deux. Néanmoins, lorsqu'on les met ensemble, elles forment une mosaïque cohérente comme si chaque portefeuille était une pièce d’un plus grand puzzle. 

 

En ce qui concerne le matériel avec lequel je travaille, je cherche toujours à limiter mon empreinte écologique et à terme je voudrais devenir une entreprise zéro déchet. 

 

portefeuilles

Donc, tu considères que la durée de vie d’un produit est importante. Penses-tu que des alternatives au cuir, végétales pourraient être possible ?

Oui, la durée de vie du produit m'importe beaucoup, car c'est un gage de qualité et de plus faible empreinte écologique. Elle est en relation avec ce que je conçois: créer quelque chose de singulier, mais dans un but spécifique. En effet, je cherche toujours à innover. C'est pourquoi j'ai commencé à travailler un nouveau matériau : les feuilles d'ananas. 

 

C’est très surprenant comme matière ! Comment te la procures-tu?

Cela peut paraître étonnant, mais c'est un matériau très résistant, imperméable et au toucher très original. Ce que j’aime particulièrement, c’est que ces feuilles sont faites à partir de chutes d'ananas et proviennent de la récolte: c’est donc un matériau naturel. On en fait aussi des chaussures. Cependant, ce n’est pas facile de se procurer ce matériel car il faut s’adresser à directement au producteur via des sites dédiés comme Pinatex en détaillant via des formulaires en ligne vos objectifs pour l'utiliser afin d’obtenir le prix – caché au public et de pouvoir commander.

 

Est-ce moins cher que le cuir ? Est-ce un matériau complexe à travailler ?

Non, c’est un produit environ deux fois plus cher que le cuir en ajoutant tous les frais d’acquisition du matériel. 

Cependant, c'est un produit très agréable à travailler et facile à façonner car c'est une matière brute et naturelle avec un format de base rectangulaire contrairement au cuir où on doit plus travailler la forme.

 

Qu’aimerais-tu faire en plus pour devenir une entreprise zéro déchet à l'avenir ? 

En ce moment, j'explore l'approche zéro déchet, en essayant de réutiliser autant que possible les restes du cuir que j’utilise. Par exemple, j'ai déjà fait un « net bag » avec des chutes de cuir que vous pouvez nouer comme bon vous semble. Par ailleurs, avec un ami ingénieur, nous pensons  essayer de recycler les restes des restes pour concevoir des lampes et d'autres objets pour la maison. Ceci me permettrait également d'élargir mes produits et d'explorer de nouveaux horizons, ce qui est important pour un designer.

 

Penses-tu que la Pologne soit un pays innovant ? 

Oui, sans hésitation. Sous le communisme, les Polonais devaient être très créatifs car on ne pouvait pas acheter ce que l'on voulait. On était rationné même si on pouvait avoir les moyens d’acheter davantage. Par conséquent, les Polonais devaient être très inventifs. En même temps, la Pologne reçoit des influences de nombreux pays et régions d'Europe: Est, Ouest mais aussi des pays nordiques. Ainsi, la création est peut-être quelque peu chaotique, mais la créativité développée par le peuple polonais dans le passé, continue très certainement d'apporter des avantages aux jeunes créateurs aujourd’hui. Il n'est pas facile d'être designer en Pologne et cela n'a rien à voir avec le fait d'être un homme ou une femme mais beaucoup plus avec la difficulté d’obtenir le statut d'entrepreneur en Pologne. En effet, il y a beaucoup de formalités administratives à remplir et de contrôles qui sont peut-être des réminiscences du régime communiste, peu customer-friendly. A titre d’exemple le Royaume-Uni est beaucoup plus accueillant dans le sens où vous recevrez un message de bienvenue lors de votre installation ! Mais j’espère que cela va changer.

 

Qu'aimerais-tu dire aux jeunes créateurs ou aux adolescents qui désirent commencer une carrière dans le design? 

Faites-le. 

Ce sera difficile car vous devrez être à la fois le bateau et le capitaine du bateau, mais grâce à la diversité offerte par l'industrie du design, vous pourrez trouver votre place et cela modifiera votre vision du monde dans son ensemble. Chaque détail comptera pour vous et je pense que le réaliser vous fera sentir que vous pouvez tout faire. 

Vous pouvez changer le monde, lancez-vous !

 

 

 

 

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Maëlle Gomez

Maëlle Gomez

Française récemment expatriée à Varsovie, consultante en nouvelles technologies et passionnée de musique.
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