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Zielona Góra accueille le FrankoFilm pour sa 15ème édition

Par Marion Dejean | Publié le 30/05/2019 à 00:00 | Mis à jour le 04/06/2019 à 19:21
zielona gora frankofilm pologne

A l’occasion de sa 15ème édition, le festival international du court-métrage FrankoFilm était de retour à Zielona Góra du 23 au 26 Mai 2019. 45 courts-métrages ont été présentés par des équipes venues de Pologne, République tchèque, France, Mexique, Allemagne, Roumanie et Congo. Le thème choisi pour cette année par le grand organisateur, Laurent Vavon et le grand « patron », Rafael Lewandowski, était « Ouverture ». J’ai eu la chance de pouvoir participer à cet événement unique au nom de Lepetitjournal.com/Varsovie en tant que membre du jury – ce fut un week-end intense, fort en émotions et en rencontres ! Retour sur le festival depuis ses coulisses, c’est parti !

 

Jeudi : départ pour Zielona Góra et hommage à Agnès Varda

Pour rejoindre Zielona Góra depuis Varsovie, il fallait prévoir un peu de temps : 6h30 en train pour être plus précise ! Le réveil jeudi matin pour aller prendre le train à 7h23 s’est révélé un peu piquant, mais une fois lancée, c’est l’excitation qui a pris le dessus pour me motiver. Ce long périple à travers la Pologne m’a cependant bien laissé le temps de m’interroger sur le déroulement des prochains jours, en quoi allait consister mon rôle exactement, et j’avoue que j’étais un peu stressée. Je vous laisse imaginer toutes les questions que l’on se pose juste avant de vivre un événement qui nous est encore inconnu. A l’arrivée, vers 15h, une personne est venue me chercher à la gare pour m’accompagner jusqu’à l’hôtel. J’ai pris le temps de m’y installer avant d’assister au coup d’envoi du festival, au Lubuski Teatr, à deux pas de l’hôtel, le soir même à 19h. En hommage à Agnès Varda, le dernier film documentaire qu’elle a réalisé en collaboration étroite avec le photographe JR,Visages, villages, a été projeté. Il nous emmène à travers la France, en voyage dans un camion transformé en atelier photographique, à la rencontre des gens et dans le partage des images que ses deux réalisateurs aiment tant. Une très belle ouverture à un festival qui met lui aussi les images et l’échange à l’honneur. 

 

Vendredi : projection des premiers films en compétition et cérémonie d’ouverture du festival

C’est le vendredi matin que j’ai enfin pu faire mieux connaissance avec l’équipe organisatrice, les intervenants et les participants. De 10h à 12h, les premiers ateliers cinéma étaient lancés ; organisés tout au long du week-end, ils permettent aux jeunes réalisateurs d’échanger chaque année avec des professionnels du monde de l’audiovisuel, leur poser des questions et en apprendre beaucoup sur la technique. 

Vers 12h30, j’ai fait la connaissance de Rafael Lewandowski, Laurent Vavon, ainsi que des membres du jury : Fabienne Ricordel, attachée de coopération éducative de l’Institut Français à Varsovie, Nicolas Lisiak, champion du monde et enseignant en lecture rapide, Céliane de Luca, étudiante en communication et jeune réalisatrice et enfin le président du jury, Philippe Tłokiński, acteur franco-polonais – la prise de contact fut très bonne et tout de suite le courant est bien passé entre nous tous. Après avoir visionné quelques courts-métrages des éditions précédentes pour nous replonger dans le passé du FrankoFilm, nous nous sommes tous retrouvés dans la salle principale du théâtre à 14h pour démarrer la projection des films en compétition. A ce stade, j’étais déjà impressionnée par le niveau des compétiteurs, à me demander comment j’allais bien pouvoir « juger » le travail de tous ces jeunes réalisateurs et réalisatrices, la plupart étant au collège ou au lycée, certains encore seulement en

primaire !

Les courts-métrages étaient projetés par blocs de 9 films. Au sein du jury, nous avons choisi de nous réunir après avoir regardé chaque bloc afin de discuter de ce que nous avions aimé ou moins aimé à chaud. Voir autant de films, aux univers radicalement différents, en si peu de temps, s’est révélé être un exercice délicat : il faut se rappeler de chaque histoire, ses points forts et les petites choses à améliorer, et très vite nous sommes obligés de les comparer les uns aux autres, même si nous n’en avions pas nécessairement envie. Le débat était très constructif et la parole circulait facilement.

Durant la seconde session des ateliers cinéma à 16h, nous en avons profité pour visiter un peu la ville et prendre l’air. C’est ainsi que j’ai appris que la traduction du nom de Zielona Góra, donnait « Montagne Verte » en français.  Cette petite ville porte en effet bien son nom, puisqu’elle est très verdoyante et se trouve dans la vallée des vignes polonaises, d’où les nombreuses statues de petits Bacchus, dieu du vin, qui ponctuent ses jolies rues.

zielona gora

Le soir, retour au théâtre pour assister à 19h à la projection de Kurier, le dernier film de Władysław Pasikowski dans lequel jouent Philippe Tłokiński et Patrycja Volny. Le film relate l’histoire de Jan Nowak-Jezioranski, légendaire « courrier de Varsovie » qui doit retourner à Varsovie depuis Londres, alors que la Pologne est occupée. La table ronde avec les deux acteurs juste après la projection a permis un échange très enrichissant : ils ont notamment pu raconter comment s’était passé le casting, comment ils avaient vécu le tournage, quel attachement ils ressentaient pour leur personnage. Ils ont mis en avant le fait qu’il ne s’agissait pas d’un récit du soulèvement de Varsovie, mais que le film portait sur sa mise en place, sur le moment juste avant ce déclenchement, un moment assez méconnu finalement. 

A 22h, un cocktail dînatoire était organisé dans la salle Stańczyk. Cela a été l’occasion pour moi de discuter avec Rafael Lewandowski et Laurent Vavon à propos du festival et sa signification pour eux. Pour Rafael, il s’agit avant tout d’un grand plaisir : il aime beaucoup partager sa passion avec les plus jeunes, le « futur » du métier ! Laurent commence à préparer cet événement environ 6 mois au préalable chaque année avec un groupe d’étudiants de l’université ; l’énergie qu’ils mettent tous dans l’organisation du festival ainsi que leur investissement pour les jeunes qui participent sont admirables.

 

Samedi : suite et fin des projections, délibérations et grande soirée de clôture du festival

Le lendemain, la projection des films en compétition reprenait dès 10h. Les courts-métrages démontraient beaucoup de talent, et énormément d’imagination autour du thème proposé « Ouverture ». Certains candidats ont confié ne pas avoir vraiment sauté de joie en apprenant ce thème et pourtant tous ont fait l’effort de bien le respecter. Certaines thématiques revenaient souvent et plusieurs équipes ont choisi de prendre le contrepied du thème en composant sur la fermeture d’esprit, en dénonçant l’intolérance, et en abordant des sujets de société tels que l’exclusion sociale, le harcèlement scolaire, l’homophobie, allant jusqu’au thème du suicide pour certains ; révélant par là une véritable sensibilité parmi le jeune public pour ces questions-là. D’autres ont opté pour une lecture plus littérale du thème, le court-métrage tournant alors autour de l’ouverture d’un objet ; l’évasion par le rêve, le voyage était aussi un thème apprécié.

Au moment du déjeuner vers 14h, nous avions vu l’intégralité des courts-métrages en compétition. C’est alors qu’est venue l’heure des grandes délibérations. Le jury s’est isolé et a mis en commun ses impressions. Nous avons eu la bonne surprise de nous retrouver sur les mêmes films – quelques-uns s’étaient clairement distingués à nos yeux, certains ont même fait l’unanimité. Ce fut un débat extrêmement riche, chacun dans le jury portant un regard différent sur les films, nous avions notre manière propre d’analyser et d’argumenter. La principale difficulté a été pour moi de déterminer quel(s) critère(s) faire primer. Était-ce le respect du thème ? Sa lecture originale ? La réalisation technique ? Le récit scénaristique ? La sensibilité artistique et la créativité ? Le niveau de français ? Tout cela faisait beaucoup et parfois se mélangeait. Nous avions pour objectif de remettre des prix à des courts-métrages qui soient représentatifs du festival FrankoFilm, ainsi nous avons essayé de retenir des réalisations très diversifiées, à l’image de la production pour cette édition. Pendant ce temps de délibération, les ateliers cinéma se poursuivaient.

A 19h, nous étions tous réunis pour la grande cérémonie de remise des prix. Une très belle soirée, pleine de projections – notamment le premier court-métrage de l’actrice Elisabeth Duda, sur l’anniversaire de l’indépendance de la Pologne vu par des élèves franco-polonais en France, ou encore Naphtaline, le premier court-métrage de Céliane De Luca. Un groupe de jazz de l’université de Zielona Góra nous accompagnait.

Le Prix Junior était décerné pour la première fois cette année et ce sont les élèves de l’école élémentaire du Lycée Français de Varsovie qui l’ont reçu pour leur touchant court-métrage Le Regard, sur un voyage entre les cultures à l’école. Le Prix de l’Institut Français de Pologne a été décerné au court-métrage Entre ciel et Grammaire des élèves de la Katolicki Uniwersytet Lubelski Jana Pawła II pour sa réalisation impeccable et son évasion par le rêve ; ce film a également reçu le Prix du Public. Le Prix spécial du jury a été attribué à Ferme-là, réalisé par une équipe du Gymnázium Jana Nerudy. Help Kit des élèves de la Zespół Szkół i Placówek Kształcenia Zawodowego w Zielonej Górze se sont vu remettre une distinction du jury pour leur grand travail technique, et en particulier leur décor de ciel impressionnant. Et sur le podium nous retrouvons : 

-          Le Bronze, Ouverture d’un pot par l’équipe du Jakub Niewiarowski pour son humour et son interprétation décalée du thème, 

-          L’Argent, Frontière, un court-métrage en noir et blanc tout en émotion réalisé par le III Liceum Ogólnokształcące im. Unii Lubelskiej w Lublinie ; 

-          Le FrankoFilm d’Or a été décerné aux étudiants de Gymnázium Jana Nerudy, pour leur film Évasion, un animé au design incroyable et au scénario captivant !

La fête s’est poursuivie gaiement – jusqu’au moment du karaoké, devenu depuis quelques années une véritable tradition incontournable du FrankoFilm !

J’aurais aimé que nous puissions tous les primer pour leur travail incroyable ; bien sûr nous restons dans le cadre d’un concours et ce n’était pas possible… Mais tous les courts-métrages qui ont été présentés au FrankoFilm 2019 méritaient d’être sélectionnés et partagés avec un public et tous leurs réalisateurs peuvent en être fiers. Je profite de cet article pour leur dire un grand bravo et surtout, continuez !

A partir du moment où j’ai rencontré l’équipe organisatrice, les autres membres du jury, les intervenants sur les ateliers et tous les festivaliers, tout s’est déroulé avec une simplicité déconcertante. J’ai beaucoup aimé l’ambiance chaleureuse et conviviale, le cadre du théâtre Lubuski et, plus largement de la ville de Zielona Góra. L’équilibre qui a été trouvé entre la structure solennelle du festival et sa capacité à encourager l’échange entre les professionnels et les étudiants est excellent – à conserver absolument ! Tous les adeptes de cinéma devraient aller y faire un tour. Et si vous êtes un jeune réalisateur francophile, n’hésitez plus, vous ne serez pas déçu. 

Un grand merci pour avoir rendu cette belle expérience possible et à bientôt je l’espère ! 

 

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photo LPJV

Marion Dejean

Etudiante en troisième année à Sciences Po, je suis très intéressée par le journalisme et les relations internationales. J’aime écrire sur des sujets variés et le voyage, le sport et la culture comptent parmi les thématiques qui me passionnent.
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