

Le 4 juillet 1943, W?adys?aw Sikorski, premier ministre du gouvernement polonais en exil à Londres et figure de proue de la résistance polonaise, trouvait la mort à bord de son avion au large de Gibraltar. 70 ans après, la Pologne honore la mémoire de cet homme que les 45 années de la dictature communiste n'ont pas réussi à faire oublier.
Envahie par l'Allemagne le 1er septembre 1939, puis par l'Union Soviétique 17 jours plus tard, la deuxième République Polonaise (1918-1939) s'effondrait en un mois. Le 28 septembre, malgré une résistance acharnée, Varsovie capitulait alors que le gouvernement du premier ministre Felicjan Sk?adkowski se réfugiait en Roumanie. Le 29 septembre, le président Ignacy Mo?cicki, également interné en Roumanie, remettait ses pouvoirs à W?adys?aw Raczkiewicz. Installé à Angers jusqu'en mai 1940, puis à Londres, le gouvernement polonais en exil allait cependant être avant tout dirigé par son premier ministre, le général W?adys?aw Sikorski.
Sikorski : un militaire en politique
Né en 1881 dans la région de Rzeszów en Basses-Carpates, alors en Autriche-Hongrie, W?adys?aw Sikorski est un militant de longue date pour l'indépendance polonaise. Sous-lieutenant dans la réserve, il est mobilisé dans l'armée austro-hongroise en 1914, et est intégré aux Légions Polonaises de Pi?sudski se battant contre l'armée russe. Les tensions entre les deux hommes vont cependant croître avec le temps, et ne disparaîtront jamais totalement.
Après l'indépendance de la Pologne en 1918, Sikorski participe à la guerre Russo-Polonaise (1918-20), contribuant notamment au « miracle de la Vistule » lors de la bataille de Varsovie d'Août 1920. Nommé commandant en chef de l'armée en 1921, il s'investit de plus en plus en politique, avant de devenir premier ministre en 1922-1923, puis ministre de la Défense en 1924, où il s'engagea en faveur de l'alliance franco-polonaise. Opposé au coup d'Etat de Pi?sudski en mai 1926, il est mis à l'écart deux ans plus tard, et ce jusqu'à l'orée de la seconde guerre mondiale. Il se consacre alors à l'écriture, théorisant notamment sur le retour à la guerre de mouvements.
Le chef de la Pologne libre
Toujours à l'écart pendant la campagne de Pologne, Sikorski devient premier ministre le 30 septembre 1939 à Paris, après l'intervention des alliés en sa faveur. Réussissant à réconcilier pro et anti-Pi?sudski, il deviendra le symbole de la résistance polonaise, s'unissant pour la défense de la nation. Installé à Londres après la défaite française, il participe à la mise en place de l'Armée Polonaise de l'Ouest, qui s'illustrera notamment lors de la Bataille d'Angleterre (été 1940). Au plan politique, il s'entend avec le gouvernement Tchécoslovaque en exil d'Edvard Bene?, pour mettre en place une Confédération entre les deux Etats après-guerre. Après l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, le gouvernement Sikorski rétablit des liaisons diplomatiques avec Staline le 17 Août 1941. Durant le début de la guerre, Sikorski et ses troupes polonaises sont encensées par la propagande alliée, et sont intégrées pleinement au dispositif allié.
4 juillet 1943 : la mort du général
En 1943, cependant, Sikorski apparaît affaibli et marginalisé par les alliés. La Pologne continue d'entretenir des relations difficiles avec l'URSS, désormais incontournable pour remporter la guerre sur les nazis. L'URSS refuse toute révision des frontières nées du pacte Molotov-Ribbentrop, et les alliés s'énervent des prétentions territoriales polonaises. Le 13 avril 1943, la découverte du charnier de Katy? par les allemands entraînent la rupture des relations entre les polonais de Londres et l'URSS. Soutenant Staline, les puissances alliées se distancent de Sikorski, mis en difficulté au sein du gouvernement en exil pour avoir cherché la conciliation avec l'URSS, et par l'armée du général Anders pour son opposition passée à Pi?sudski.
Le 26 mai 1943, Sikorski s'envole pour le Moyen-Orient, où il rencontre Anders et inspecte les troupes polonaises rapatriées d'URSS et qui combattront par la suite en Afrique et en Italie. A son retour le 4 juillet, le B-24 du général Sikorski s'écrase au décollage, peu après avoir fait escale à Gibraltar. 16 personnes au moins décèdent, dont le premier ministre, qui sera enterré au cimetière polonais de Newark-on-Trent le 16 juillet en présence de Winston Churchill.
L'enquête britannique sur la mort de Sikorski ne parvint pas à faire la lumière sur les circonstances de la catastrophe, mais concluait à un accident. Le gouvernement en exil a toujours refusé d'approuver le rapport en raison de l'absence de résultats concluants dans l'enquête. Depuis 70 ans, la thèse d'un attentat a donc régulièrement fait surface. Soviétiques, britanniques et opposants polonais sont régulièrement cités comme potentiels responsables. Après l'exhumation du corps du général, il apparaît aujourd'hui que Sikorski est mort lors du crash et non avant, mais l'hypothèse d'un sabotage n'est toujours pas exclue, même si elle n'est défendue que par un nombre restreint d'historiens.
1943-2013 : 70 ans de souvenir
Parce qu'il a été une figure de proue de la IIème République honnie par les communistes, et à la tête du gouvernement polonais en exil à Londres, Sikorski a longtemps été occulté par l'historiographie officielle du régime mis au pouvoir par Moscou après 1945. A l'étranger, la mémoire du premier ministre a toujours été défendue par l'Institut W?adys?aw Sikorski de Londres. Cependant, rares ont été les hommages qui lui aient été rendus du temps de la République Populaire, même si jusqu'en 1949, l'avenue Jerozolimskie de Varsovie avait été renommée du nom du général. En 1981, le centenaire de W?adys?aw Sikorski fit l'objet d'une timide reconnaissance, mais seule la chute du régime en 1989, et la disparition du gouvernement en exil l'année suivante ont permis la pleine reconnaissance de l'action du général en Pologne. Il faudra ainsi attendre le 17 septembre 1993 pour que le corps du général Sikorski soit ramené en Pologne et inhumé au château du Wawel à Cracovie.
Il y a 10 ans, le soixantenaire de sa disparition avaient été l'objet d'une « année W?adys?aw Sikorski ». Aujourd'hui, les hommages s'annoncent plus modestes, même si des cérémonies sont prévues notamment à Gibraltar où une statue du général polonais devrait être dévoilée, tandis qu'un rallye automobile de voitures anciennes reliant Olsztyn à Gibraltar et parti le 27 juin, doit s'achever en ce jour anniversaire.
Charles Hubert (www.lepetitjournal.com/varsovie) - jeudi 4 juillet 2013
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