Vendredi 30 juillet 2021

TRAVAILLER EN POLOGNE – Comment s'intégrer à une culture d'entreprise bien spécifique ?

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 31/08/2012 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 11:30

(article publié le 14 mars 2011)

L'expatriation en Pologne n'est sans doute pas l'expérience professionnelle la plus exotique qui soit. L'histoire et les traditions ont quand même marqué la culture d'entreprise du pays. Lepetitjournal.com revient ici sur ces particularités et donne quelques précieux conseils pour faciliter l'intégration des futurs expatriés.

Dans toute l'Europe, les codes culturels sont aujourd'hui assez proches et le management des entreprises relativement normé. Il faut donc se garder de trop caricaturer les spécificités polonaises. Pourtant des spécificités perdurent, comme la faiblesse de la communication interne, l'importance de la hiérarchie et du formalisme.

(photo wikicommons DocentX)

D'une économie planifiée à une économie de marché
Avant 1989, l'État est propriétaire de l'entreprise. L'organisation est centralisée et bureaucratique. La formation professionnelle de l'encadrement est limitée et la connaissance managériale très faible. Il faudra plusieurs années pour rompre avec ce modèle socialiste.

Pendant la transition démocratique, le gouvernement polonais impose sa fameuse "thérapie de choc". Un nouveau management se met en place, influencé surtout par le modèle anglo-saxon. Les réformes libérales impactent radicalement le fonctionnement des compagnies polonaises, mais modifient plus lentement leur culture d'entreprise.

Selon le secteur, l'histoire et l'origine actuelle des capitaux, les cultures des entreprises polonaises sont très hétérogènes. Les spécificités subsistent surtout dans les entreprises contrôlées par l'État (transports), les secteurs très régulés (assurance, banque) ou ceux issus de la privatisation (énergie), encore partiellement protégés de la concurrence internationale.

Les anciennes entreprises d'État socialistes notamment ne se sont pas encore tout à fait remises de la perte de leur monopole. La présence des syndicats est forte. La différence est frappante avec les branches polonaises des grands groupes internationaux. Ces entreprises ont adopté la culture étrangère de leur maison mère. Le poids des organisations syndicales y est aussi généralement réduit.

Le facteur générationnel
Les Polonais qui ont découvert le monde du travail avant 1989 se sont forgé leurs références dans un environnement aujourd'hui obsolète. Des notions comme la compétitivité ou la culture du résultat leur sont alors étrangères. Il ont aussi souvent fait carrière dans une unique entreprise et acquis leur expérience sur le tas.

Pour Régis Miola, un expatrié directeur d'usine (Stoleczne Centrum Recyclingu): "Les polonais sont généralement de bons spécialistes dans leur domaine de compétences mais ils souffrent d'un vrai problème de coordination entre services. Ce sont d'ailleurs souvent les jeunes qui ont le plus de facilités à jouer ce rôle de chef d'orchestre".

Encore aujourd'hui les responsables polonais formés sous le socialisme s'intéressent plus à la production et à la recherche-développement qu'aux achats ou au marketing (un secteur quasi inexistant avant 1989).

Un renouveau prometteur
Beaucoup d'expatriés soulignent par contre la grande flexibilité et l'esprit d'entreprise des trentenaires et quadras polonais. Ambitieux, bien formés, très dynamiques, ils ont souvent une expérience internationale et remettent en cause les modèles de gestion archaïques.

Pour Magali, Directrice Administratif et Financier: "On voit se présenter sur des postes des gens qui sont qualifiés et qui cherchent à faire carrière, à évoluer, à être formés en interne. Ces jeunes qui entrent sur le marché du travail en veulent !"

Pragmatiques et toujours en manque de compétences, les entreprises polonaises n'hésitent pas à leur donner une chance. Frédérique, Directrice des projets stratégiques chez EMF group, rappelle d'ailleurs qu'on "ne retrouve pas dans les entreprises polonaises les phénomènes de corps, de grandes écoles, ce qui décloisonne grandement la flexibilité et l'évolution hiérarchique."

Régis précise aussi que"les jeunes recrues ont de plus en plus une notion des démarches projets : planning, coûts, reporting. C'est beaucoup plus naturel aujourd'hui qu'en 2002." (...) "L'âge compte un peu moins aussi, il est maintenant assez clair qu'un jeune de 30-40 ans peut diriger une entreprise ou un service." Les grands groupes tirent d'ailleurs les conséquences de cette professionnalisation et leurs expatriés sont souvent remplacés par des cadres polonais.

Enfin, les femmes aussi ont leur chance. Elles représentent 35% de l'encadrement, un des taux les plus importants d'Europe. Beaucoup plus qu'en France ou en Allemagne.

Des salariés mercenaires ?
Revers de la médaille, la précarité communiste puis la loi de la jungle capitaliste ont nourri un fort individualisme. Pour Frédérique, présente en Pologne depuis 7 ans "avoir l'esprit « corporate » n'est pas encore ici quelque chose d'évident, la réussite de chacun ne passe pas d'abord par la réussite de l'entreprise mais par sa propre réussite." L'engagement des salariés n'est pas non plus un acquis. Et la motivation des équipes repose largement sur la figure du chef.

Une hiérarchie parfois asphyxiante
Héritage des années communistes et du conservatisme polonais, la hiérarchie est ici extrêmement respectée. Les organigrammes sont encore très verticaux. La prise de décision a lieu au sommet et la base exécute docilement. La chose crée bien sûr une grande distance entre le management et les équipes. Elle inhibe aussi l'esprit d'initiative et l'autonomie des employés. Ils attendent beaucoup de l'entreprise, et expriment peu leurs attentes.

Manager des employés polonais

Pour bien diriger une équipe locale, il faut prendre la mesure de ces particularités culturelles. Régis explique ainsi qu'"à poste identique entre une usine en France et une usine en Pologne, les compétences ne sont pas les mêmes. Par exemple, en France je peux demander à mon responsable d'atelier de gérer son personnel, sa performance, sa qualité de réalisation et de m'en faire un compte-rendu quotidien. En Pologne, je demande cela à mon chef de production et non au chef d'atelier qui n'a pas encore le recul nécessaire pour réaliser l'ensemble de ces tâches."

"Diriger une équipe ici est une expérience très ?responsabilisante', beaucoup plus qu'en France selon moi. Les Polonais ont beaucoup moins le sens de la contradiction que nous. Ils n'exprimeront pas forcément un désaccord. Et même si vous décidez d'aller dans le mur, ils vous laisseront y aller".

Les faiblesses de la communication interne
Pendant de cette forte hiérarchisation, et héritage de quarante années de dictature, les Polonais n'ont donc pas l'habitude de discuter la stratégie de l'entreprise que cela soit entre collaborateurs ou, encore moins, avec leurs supérieurs hiérarchiques. Ils expriment plutôt leur désaccord par de la résistance passive.
Pour Jean-Baptiste Mouton, directeur Marketing de Pernod Ricard Pologne , "il y a ici un héritage de non communication. Au sein de l'entreprise, avec les partenaires, le dialogue est historiquement compliqué. Les choses ne se disent pas de façon directe et les sujets sensibles sont souvent abordés hors des réunions."

Un formalisme très 19ième siècle
Politesse, courtoisie : les Polonais accordent beaucoup d'importance au respect de l'autre. Le protocole et l'étiquette sont encore marqués. L'âge est valorisé. Le code vestimentaire est très strict, même s'il tend à se relâcher.

Pour Régis Miola, le titre joue également une place très importante dans la culture polonaise : "Il suffit de regarder les cartes de visite où il faut montrer que l'on est ingénieur (pan inz.). J'avais essayé de faire imprimer des cartes de visites sans ces distinctions, on m'a fait comprendre que c'était comme cela en Pologne?"

Un problème de confiance ?
Une autre particularité locale : la société polonaise s'est construite historiquement autour de la famille et contre l'ingérence des puissances étrangères. Au début de son séjour, l'expatrié a plus de chances de rentrer dans la seconde catégorie.

Régis ne l'a pas vécu mais rappelle que ?dans certains cas où l'expatrié est envoyé par le siège, cela peut être difficile d'effacer l'étiquette « ?il de Moscou »?.

Une xénophilie polonaise ?
L'intégration d'un expatrié au sein d'une entreprise polonaise reste néanmoins la norme. Les Polonais nourrissent généralement un rapport positif et une saine curiosité envers les expatriés. L'acceptation de leur autorité est aussi un acquis.

Présent depuis 7 ans en Pologne, Jean-Baptiste rappelle que "souvent, du fait de quelques étrangers, les Polonais se mettent également à travailler en anglais?(imaginez la même chose en France !?)".

Arrivé en Pologne il y a 9 ans, Régis précise : "Au début de mon expatriation, mes collègues ont été très attentionnés, ils s'assuraient que rien ne me manque, que je ne passe pas Pâques tout seul devant mon ?uf? Mon intégration a été beaucoup plus simple en Pologne que pour une collègue polonaise qui est partie travailler au siège en France à l'époque? Elle a eu l'impression que les gens étaient froids et peu ouverts car justement en France, c'est plutôt rare de vous inviter si facilement à passer noël à la maison si vous êtes seul." Un étranger en visite sera donc traité avec beaucoup d'attentions. Et pour Jean-Baptiste si "la « visite » dure plusieurs années, il est évidemment plus difficile de maintenir un même niveau d'effort. C'est alors à l'expatrié de s'intégrer".

Faire ses preuves
La chose est peut-être délicate si l'expatrié est parachuté au sommet de l'organigramme. Et comme nous le précise Frédérique, "c'est encore plus dur quand on est étranger employé en contrat local, on doit faire deux fois plus ses preuves que les autres. Après, la reconnaissance est totale, mais le démarrage est long et difficile."

Par ailleurs les Polonais sont accueillants, mais ne sont pas ?latins?. Les relations sincères mettent du temps à se développer et vos collègues ne viennent pas automatiquement au-devant de vous. D'autant que l'expatrié occupe souvent une position de management...

Le jeu en vaut pourtant la chandelle : une fois l'intégration acquise, les expatriés interrogés pour cet article soulignent la grande loyauté et la disponibilité de leurs proches collaborateurs.

CQ (www.lepetitjournal.com) lundi 14 mars 2011


Quelques conseils pour bien s'intégrer à une équipe polonaise :

- Il y a consensus sur la chose : faites l'effort d'apprendre le polonais et bien des situations difficiles seront évitées. Comparé à tous les expatriés qui n'ont jamais appris le polonais, cela fera toujours une énorme différence.

Même si de plus en plus de gens parlent anglais, cela reste la grosse difficulté de l'intégration. Car en groupe, la facilité va être de parler en polonais entre eux, et soit vous entrez dans la discussion, soit vous attendez qu'une bonne âme vous traduise une phrase sur cinq?

- Une autre évidence bonne à rappeler : c'est à vous, l'expatrié, de prendre l'initiative et d'aller sympathiser avec vos collègues. Suivez-les dans leurs lieux de sociabilisation et de communication informels (la cuisine du bureau, le café au coin de la rue...). N'hésitez pas non plus à briser la glace "hiérarchique" (la chose étant plus facile bien sûr si c'est vous le manager ou si vous appréciez de trinquer avec eux).

De passage pour peu de temps, beaucoup d' expatriés oublient que pour vivre l'expérience du pays, il faut aussi le vouloir. C'est leur responsabilité, pas celle des locaux, de s'ouvrir à l'autre, de se rapprocher, de mettre en confiance et de partager !

- Les Polonais apprécient l'humour mais quelques thèmes sont évidemment sensibles. Il faut plus généralement aborder avec prudence certains sujets de conversation : la politique, l'histoire, la sexualité ou la religion.

- Enfin oubliez vos préjugés, intéressez-vous avec patience et humilité à leur culture, leur histoire, cherchez à comprendre plutôt qu'à juger. "Vous êtes un hôte du pays et vous devez aborder celui-ci avec respect, rappelle Régis. Soit, il y a beaucoup de choses qui peuvent énerver, irriter, fatiguer mais cela fait partie de l'expatriation". D'ailleurs les employés polonais ont également sûrement beaucoup à dire (ou à redire) sur leurs collègues expatriés.

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