Édition internationale

SOCIETE – La fécondation in vitro en question

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

 

 

 

Après 6 tentatives de fécondation in vitro, Céline Dion a enfin donné naissance samedi à des jumeaux. Début octobre, le prix Nobel de médecine récompensait Robert Edwards pour ses travaux pionniers qui ont abouti en 1978 à la naissance du premier bébé éprouvette. En Pologne aussi,  la fécondation in vitro est d'actualité. Ici cette méthode de procréation n'est pas contrôlée mais subit la vive opposition de la puissante Eglise polonaise. C'est dans une atmosphère tendue que les députés examinent actuellement six projets de loi pour finalement encadrer l'usage de la fécondation in vitro.


(Embryons humains - Wikimedia -J Rockley)
La fécondation in vitro est une technique de procréation médicalement assistée : la rencontre entre le spermatozoïde et l'ovule a lieu en dehors du corps de la femme, où est ensuite réintroduit l'embryon. 4 millions de personnes ont vu le jour dans le monde grâce à cette technique de fertilité et plus de 2% des bébés des pays riches sont issus de la fécondation in vitro. 15 % environ des couples ont en effet des difficultés à faire des enfants.

 

Un problème éthique
Mais pour ses opposants catholiques, cette technique est un acte contre nature qui dissocie la procréation de l'acte sexuel entre époux. Plus grave le sort réservé aux nombreux embryons nécessaires à une fécondation s'apparentent pour l'Eglise à un "avortement raffiné". Même pour ceux qui considèrent la fécondation in vitro comme un progrès majeur dans le traitement de l'infertilité, cette technique soulève de nombreux problèmes éthiques  : risque accru d'anomalies génétiques ou de naissances multiples et donc de prématurité, possibilité pour une femme très âgée de mettre au monde, confusion autour de la parentalité des donneurs de sperme ou d'ovules,  tentation d'eugénisme, problème du statut juridique et moral de l'embryon, de son devenir une fois congelé, notamment en cas de décès du père...


6 projets de loi concurrents
Devant la complexité du dossier, des lignes de faille apparaissent au sein même des groupes parlementaires. Les deux principaux partis politiques polonais ont même présenté chacun plusieurs propositions de lois. Ces projets font le grand écart allant du remboursement des frais voulu par la gauche, à l'emprisonnement des docteurs et patients souhaité par le PiS de  Jaroslaw Kaczynski.
Les frais d'une fécondation in vitro sont pour l'instant entièrement à la charge du couple et ne sont pas remboursés comme c'est le cas dans la majorité des pays européens, dont la France. Or en Pologne, le coût d'une fécondation est de 8.000 zlotys (2.000 euros), soit plus de deux salaires moyens. Une somme considérable quand on sait que seulement 20% de ces fécondations donneront à terme naissance à un enfant.


L'offensive controversée de l'Eglise polonaise
En 2007 déjà, le gouvernement avait envisagé de rembourser la fécondation in vitro, mais l'Eglise polonaise s'y était fermement opposée. Aujourd'hui encore elle a lancé une vaste offensive médiatique contre ces procréations médicalement assistées. Selon Henryk Hoser, l'archevêque polonais chargé des questions bioéthiques, les députés en faveur de la fécondation in vitro "se retrouvent automatiquement en dehors de la communauté ecclésiale". Ce que certains ont perçu  comme une menace voilée d'excommunication. Dans une lettre adressée aux dirigeants du pays, l'Eglise s'est aussi vivement opposée à cette technique qu'elle qualifie de "petite s?ur de l'eugénisme".
Le porte-parole du gouvernement a dénoncé la semaine dernière ce "chantage" de l'Eglise. Donald Tusk a lui aussi souhaité que "les hommes politiques, du moment où ils sont élus par les citoyens, répondent devant ces derniers et non devant la hiérarchie de l'Eglise". Après bien des hésitations, le Premier Ministre s'est finalement risqué à fâcher la frange la plus catholique de son parti, certes très libéral sur le plan économique mais tout autant conservateur sur les sujets de société. Il défend aujourd'hui une position volontariste : l'autorisation de la fécondation in vitro et du gel des embryons, ainsi que son remboursement même pour les couples hétérosexuels non mariés.

Le pari du Premier Ministre
Ce faisant Donald Tusk espère réaliser une des promesses de sa campagne 2006 : démocratiser l'accès à la fécondation in vitro, jusqu'alors réservé aux plus riches. Ce virement du PO au pouvoir devrait trouver un écho favorable dans l'opinion du pays. Si les Polonais se déclarent à 90% catholiques, ils ne suivent pas l'intransigeance de l'Eglise.
Selon une étude du centre CBOS, 73% de la population serait favorable au recours à la fécondation in vitro dans le cas de couples mariés, 58% dans le cas de couples non mariés et 43% pour les femmes célibataires.? Selon l'Homo Homini Institute prés de 60% des Polonais se disent même personnellement prêts à recourir à la fécondation in vitro en cas de stérilité.

 

CQ (www.lepetitjournal.com/Varsovie.html) Mardi 26 octobre 2010

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Publié le 26 octobre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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