Tandis que Varsovie s'apprête à commémorer en avril prochain le 70e anniversaire de l'insurrection du ghetto de Varsovie, les vestiges de ce lieu hors du commun pourraient être rasés à la demande des dirigeants de la communauté juive de Varsovie. Un projet difficile à comprendre pour beaucoup de juifs polonais alors que ne subsistent aujourd'hui que quelques bâtiments restés intacts après l'insurrection du printemps 1943.
Raser la "maison blanche" : une nécessité selon le grand rabbin de Pologne
Alors que la totalité du ghetto avait été rasée après l'insurrection du printemps 1943, les bâtiments de la place Grzybowska font exception. Parmi ces vestiges figure la "maison blanche", du 6, rue Twarda. Le bâtiment, proche de la synagogue No?yk, elle aussi, rescapée du nazisme, abrite aujourd'hui le siège de la communauté juive de Varsovie. Une communauté qui depuis 20 ans, ne cesse de croître et ne peut plus se contenter de locaux exigus et délabrés comme ceux de la rue Twarda. Ainsi, le grand rabbin de Pologne, Michael Schubrich propose depuis 2007 de remplacer l'actuel bâtiment par une tour de 60 étages d'environ 200 mètres de haut. Une tour dont l'avenir même de la communauté juive de Pologne dépendrait, selon le président de l'Union des Communautés Juives de Pologne, Piotr Kadl?ik.
Des souvenirs qui s'effacent
Si l'idée d'un nouveau siège pour la communauté juive de Varsovie fait l'unanimité, le projet du grand Rabbin est nettement plus discuté. Raser le bâtiment reviendrait à effacer l'une des dernières traces du ghetto de Varsovie. N'en resterait alors que la synagogue No?yk et un immeuble rue Pró?na. Encore la synagogue serait-elle probablement placée la plupart du temps dans l'ombre de la tour voulue par le Grand Rabbin? Autant d'éléments qui ont provoqué la colère des organisations d'anciens déportés et de l'association de protection de l'héritage culturel de Varsovie, qui ont lancé une pétition pour que le site soit classé monument historique et préservé de la destruction. En tout état de cause, ce sera donc au ministère de la Culture de décider de la survie ou non des derniers restes d'un symbole de la barbarie nazie.
Un musée comme nouveau symbole du judaïsme polonais ?
La communauté juive de Varsovie (environ 2.000 personnes) se divise sur le projet du Grand Rabbin Schubrich, mais devrait prochainement pouvoir célébrer l'inauguration du musée de l'histoire juive de Pologne. Un musée dont l'inauguration, sans cesse retardée jusqu'alors, et prévue en décembre prochain, devrait permettre à la Pologne de renouer avec son histoire juive, si longtemps occultée depuis la deuxième guerre mondiale. Reste à savoir si l'ouverture d'un musée, même dédié à plus d'un millénaire de présence du judaïsme en Pologne, pourra remplacer la perte probable de l'un des derniers symboles de cette présence à Varsovie.
Charles Hubert (www.lepetitjournal.com/varsovie) - jeudi 21 février 2013
Photos : Stock corbis - LPJV







